Ecrire au fil rouge

Numéro 14: Éditorial

Le droit syndical : une conquête permanente

 Serge Laloyer et Pierre Largesse livrent dans ce 14ème numéro du « Fil rouge » une passionnante étude sur « les premiers pas du syndicalisme en Seine-Inférieure ». S’il est bien difficile de se rendre compte des conditions réelles de l’exercice de l’activité syndicale à l’époque, il apparaît que les organisations syndicales se créent dans un climat de répression ouvrière féroce (répression à Fourmies en 1891) et de fort courant d’adhésion (les effectifs doublent en 2 ans de 1891 à 1893) .

La Fédération des Associations ouvrières tient son congrès les 15 et 16 mai 1891, soit 7 ans après que la loi dite « Waldeck Rousseau » du 21 mars 1884 eût légalisé l’existence des organisations syndicales. Légaliser est bien le terme qui convient car malgré la loi Le Chapelier du 21 juin 1791 qui interdisait toute organisation ouvrière et toute action collective, la classe ouvrière au cours du 19ème siècle se dota d’embryons d’organisations plus ou moins légales, sous la forme de « sociétés de secours mutuels », de mutuelles ouvrières qui se transformèrent peu ou prou en « résistances », ébauches des syndicats.

La loi Waldeck Rousseau entérine l’existant : malgré la répression, malgré la loi Le Chapelier, les organisations ouvrières existaient . La loi va en favoriser leur développement et celles-ci, dès le début des années 1890, seront confrontées à l’impérieuse nécessité de se coordonner pour conduire aux mieux le combat de classe. C’est ainsi que la Fédération des associations ouvrières tient son congrès les dimanche 15 et lundi 16 mai 1891 à Rouen, soit 15 jours après les évènements de Fourmies.

Le combat d’aujourd’hui se déroule dans des conditions différentes : les luttes de 1968 ont abouti, entre autres, à la reconnaissance des syndicats d’entreprise et à l’exercice de l’activité syndicale sur le lieu de travail. Mais, force est de constater que celui-ci est de plus en plus contesté, que les désignations de délégué syndical sont de plus en plus remises en cause par le patronat, que le harcèlement contre les candidat(e)s aux élections professionnelles prend de l’ampleur. L’organisation des élections prud’homales de 2002 — ou plutôt leur « désorganisation organisée » — a écarté systématiquement les salariés de leur droit de vote : les patrons et le gouvernement cherchent à prouver  la « non légitimité » des organisations syndicales et leur peu de représentativité, ceci afin, bien sûr, de les écarter des nécessaires négociations et des décisions.

En 2002, la décision des maires de droite du Havre et de Rouen, du président du Conseil général de Seine-Maritime de remettre en cause les subventions aux organisations syndicales, les poursuites organisées en 2000 par le juge de Dieppe contre le maire communiste de l’époque, « coupable » d’avoir accordé des subventions à la CGT, montrent s’il en était besoin que le droit syndical — c’est-à-dire le droit des salariés de se défendre contre l’arbitraire patronal —  est de plus en plus systématiquement remis en cause soit directement (répression envers les élus et mandatés, arrêt des subventions), soit indirectement par la contestation de la légitimité des organisations syndicales.

La défense du droit syndical fait partie du combat de classe d’hier et d’aujourd’hui, certes dans des conditions différentes, mais toujours aussi âpre.

Néanmoins, nous ne pouvons nous contenter de l’existant : nous revendiquons des droits élargis des salariés de façon à intervenir dans la gestion même des entreprises, dans les choix stratégiques, dans la recherche d’autres solutions que les plans de licenciements : Or aujourd’hui, les avancées certes timides de la loi de modernisation sociale sont mises au panier par le gouvernement de droite.

Aujourd’hui comme hier, le droit syndical est un combat de classe permanent.

En 2001, nous avons franchi en Seine-Maritime la barre symbolique des 20000 syndiqués, 20637 exactement. La CGT est en situation de reconquête et je suis certain que l’année qui s’annonce sera, après les élections prud’homales, une nouvelle étape pour, sur la trace de nos aînés, développer encore davantage notre syndicalisme CGT.

Marceau Burette

Président de l’Institut CGT

d’Histoire sociale de Seine-Maritime

 

Ecrire au fil rouge