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Fil Rouge N°2 (1998)

RENAULT- CLÉON 68

L’usine de Renault de Cléon va jouer un rôle clé dans l'extension de la grève et des occupations d’entreprises en Mai-Juin 68.

Alors qu’un mouvement étudiant exclusivement parisien se développe depuis le mois de mars, les événements se précipitent au début du mois de mai. Le vendredi 3 mai, la Sorbonne est évacuée par la police: 7 arrestations. Le lundi 6 ont lieu les premières barricades au quartier Latin.

Le même jour , à l’université de Rouen, l’AGER-UNEF, le SNESUP et le SGEN-SUP appellent à la grève pour le 8; le 6 et le 7, étudiants et enseignants manifestent en ville.

Ces événements ont lieu dans un contexte de luttes diverses et nombreuses, notamment en Seine-Maritime.

Depuis 8 semaines, le lancement du “Sabinia” est régulièrement bloqué aux Chantiers Navals du Trait, par des arrêts de travail à répétition.

Le 8 mai est marqué par une grève dans les Centres de Tri et les Bureaux Gares des PTT, ainsi qu’un puissant mouvement de grève marqué par de fortes manifestations dans les 9 départements de l’Ouest, Bretagne et Pays de la Loire.

L’Université de Rouen est en grève et ce mercredi 8 mai voit la première grande manifestation commune des étudiants, lycéens, enseignants et trav ailleurs: à l’appale de la CGT, de l’AGER-UNEF, du SNESUP et du SGEN-SUP, 4000 rouennais tiennent meeting place Cauchoise, puis défilent..

Le vendredi 10 mai, le quartier Latin est de nouveau le théâtre d’émeutes sanglantes. Au lendemain de cette journée, après plusieurs rencontres, la CGT, la CFDT et l’UNEF se mettent d’accord sur une journée de protestation contre la répression, à laquelle se rallie FO.

Le lundi 13 mai est alors une puissante journée de grève marquée par de grandes manifestations dans le calme et la dignité.

Le 14 mai, l’usine “Sud-Aviation” de Nantes décide la grève avec occupation. Le 15 c’est au tour de Renault -Cléon d’entrer dans la danse.

L'usine de Cléon a dix ans d'existence en 1968 et emploie près de 4000 salariés. Elle est considérée comme une des plus modernes usines automobiles d'Europe pour la fabrication des moteurs et des boîtes de vitesses.

Mais c'est aussi une usine où les cadences de travail sont très élevées et pénibles, l'horaire hebdomadaire est de 48 heures, la plus grande partie du personnel travaille en deux ou trois équipes pour des salaires inférieurs à ceux pratiqués à Renault-Billancourt.

A l'exception de l'encadrement et des techniciens qui venaient des usines du Mans ou de Billancourt, les ouvriers spécialisés venaient des usines textiles ou de la construction.

Les débrayages et pétitions étaient nombreux pour s'opposer à l'augmentation des cadences de travail, et pour arracher des augmentations des salaires. Depuis plusieurs mois avant le mois de mai 1968, les négociations avec la direction sont bloquées, alors que la hausse des prix est nettement supérieure aux hausses des salaires.

Le mécontentement est profond et le congrès du syndicat CGT, qui se tient le 11 mai, décide de proposer aux travailleurs de nouveaux arrêts de travail pour obliger la direction à négocier.

Lorsque s'ouvrent les travaux du congrès, à Paris, la nuit a été mouvementée dans le quartier latin.

La police a durement réprimé une manifestation d'étudiants, il y a de nombreux blessés. Immédiatement la CGT, la CFDT, la FEN et l'UNEF appellent à une grève de 24 heures avec manifestation dans tout le pays contre la répression et pour la satisfaction des revendications.

Le syndicat CGT Cléon se joint immédiatement à cet appel. Les autres syndicats de l'usine, à l’exception de la CGC, font de même.

Le 13 mai, la grève est suivie à 50 %.

Le 14 mai, la CGT appelle les travailleurs à poursuivre sous les formes les plus diverses et à préparer des débrayages pour le 15 mai.

Les débrayages d'une heure sont peu suivis dans l'équipe du matin, mais l'équipe de l'après-midi répond plus massivement. La CGT et la CFDT appellent les grévistes à se rassembler devant les bureaux de la direction.

Après une brève entrevue avec le directeur qui se refuse à négocier. Une partie des grévistes décide de ne pas reprendre le travail.

La grogne monte, les bureaux sont envahis, très vite les membres de la direction sont bloqués dans leurs bureaux.

Rapidement l'idée d'occuper toute l'usine fait son chemin. A 20 heures, l'usine est occupée, plus de 1500 travailleurs de l'équipe de l'après-midi sont en grève. A 23 heures, l'usine est complètement occupée.

Une motion est adressée au Préfet de Seine-Maritime rappelant les revendications et lui faisant savoir que les grévistes sont déterminés à poursuivre leur lutte jusqu'à satisfaction.

Le mécontentement est général, l'exemple va être suivi.

L’occupation de l'usine de Cléon va très vite trouver un prolongement à Renault Billancourt, dans tous le groupe RNUR et dans l'ensemble de la métallurgie.

Le temps d’un Week-End et le mouvement s’étend comme une traînée de poudre dans tout le département.

En une semaine toutes les entreprises de Seine-Maritime et dans le pays sont en grève. Il y a près de 10 millions de grévistes. Le pays est paralysé. Il n'y a plus de trains, de courrier...

Cependant, pour ce qui concerne Renault, il faudra attendre le milieu du mois de juin pour aboutir à un accord supérieur au “Constat de Grenelle” (Négociation Syndicats - CNPF-Gouvernement).

L’accord Renault prévoit une augmentation des salaires, des droits syndicaux nouveaux, l'horaire de travail est ramené à 42 heures par semaine sans perte de salaire, des primes, des moyens pour le Comité d'entreprise...

site de l'IHS CGT 76e