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Fil Rouge N°2 (1998)

Réduction du temps de travail:

Aux Chèques Postaux de Rouen, 25 années de luttes pour la réduction du temps de travail!

Par Janine Ponthieu

C’est aux Chèques Postaux de Rouen que le premier ordinateur pour le traitement automatique des chèques a été installé aux PTT.

La section syndicale CGT a donc eu à assumer la responsabilité du passage à l’automatisation, responsabilité importante, tant vis à vis de l'avenir du personnel de Rouen Chèques lui-même que vis à vis de celui de tous les autres Centres de Chèques de France. Il fallait réussir cette automatisation qui se passait dans l’un des plus grands services féminins de la région rouennaise.

D'autant plus que le seul souci de l'administration était avant tout la rentabilité et non l'intérêt du personnel.

C’est en 1960 que le Centre de Chèques Postaux quitte la Direction Régionale de Rouen, près de la gare SNCF, pour s’installer “Rive Gauche” en vue de l'automatisation.

De 1960 à 1968 de nombreuses et importantes luttes vont se dérouler et empêcher de sérieux reculs dans les conditions de travail. Elles vont permettre d'obtenir la satisfaction de nombreuses revendications, grandes et petites.

Avec la mise en place de l'électronique, l'administration entendait, par exemple, faire travailler le personnel le samedi après-midi, alors qu'en exploitation manuelle la semaine se terminait le samedi à 13 heures.

En 1964 cette tentative est repoussée par l’action massive et unitaire du personnel qui n'admet pas cette aggravation de ses conditions de travail. A l'époque, l'amplitude de la journée de

travail était de plus de 10 h 30, “sortie non fixée”. Il n’y avait pas de pause, ni aucune facilité pour garder les enfants malades! ... Il n’y avait ni crèche, ni centre aéré, etc...

Dans ces luttes massives notre section syndicale CGT se renforce de manière importante en syndiquées si bien qu’en 1968, il y aura près de 25% du personnel syndiqué à la CGT. Ce renforcement va permettre d’obtenir localement des succès revendicatifs.

Ce sont bientôt des horaires fixes, et l’attribution de pauses. C’est la nomination d’une infirmière au sein du Centre de Chèques.

C’est la suppression de la mention “très grave” sur les certificats médicaux pour soigner un enfant malade, qui seul permettait d’obtenir des congés pour enfants malades. Jusque là les mères de famille devaient prendre sur leurs vacances, pour pouvoir rester auprès de leurs enfants malades. Or à l'époque les congés étaient de 3 semaines auxquels s’ajoutaient 3 jours appelés les “3 jours du chef”. On mesure là toute l’importance de cet acquis.

Ce sont aussi des améliorations au niveau des locaux et notamment la création d’une infirmerie, l’installation d’un escalier de secours, etc...

En 1965 une première grande et décisive brèche est ouverte à Rouen Chèques vers la semaine de 35 heures en 5 jours avec 2 repos consécutifs.

Grâce une mobilisation importante, le personnel obtient un samedi sur deux de repos dans l’un des plus grands services du centre, et la réduction du temps de travail à 36 heures pour l'atelier des perforatrices, en compensation de la pénibilité du travail.

Jusqu'en 1968, de multiples actions se suivent tant sur le plan local qu’au plan national dans tous les Centres de Chèques, la CGT ayant lancé une importante bataille nationale revendicative sur le thème “Avoir le temps et les moyens de vivre”.

En 1968, la lutte aboutit à l’obtention des 35 heures pour les ateliers de perforation et 37 h 15 pour les autres services, ainsi qu’un samedi libre sur deux, pour tous les services des Centres de Chèques de France.

Bien évidemment, le personnel obtient, comme tous les agents des PTT, une augmentation importante du pouvoir d'achat, des reclassements indiciaires, des libertés syndicales, etc...

Avec l'ensemble des autres Centres de Chèques en France il faudra lutter encore plus de 15 ans avant d'obtenir tous les samedis libres.

En 1975, quelques temps après la grande grève des PTT (1974), ce sont 2 samedis sur 3, puis 3 samedis sur 4 en 1980. Enfin, en 1983, ce sont tous les samedis qui sont libérés.

Cette réduction du temps de travail s’est réalisée sans baisse de salaire. Dans un contexte de mutation technologique profond, elle a permis, non seulement de sauver des emplois, mais d’en créer.

C’est bien la preuve que la Révolution Technologique n’est pas synonyme de chômage, pour peu que les salariés s’organisent dans la CGT, revendiquent et luttent.

site de l'IHS CGT 76e