Numéro 31 (printemps 2008)
Éditorial
Oui, Mai-juin 68 a changé la vie
Il y a un an, la campagne électorale des élections présidentielles de 2007 a été marquée, entre autres ambitions, par la volonté de Nicolas Sarkozy d’éradiquer Mai Juin 68. Pourquoi, 40 ans après ces événements, un prétendant à la magistrature suprême, devenu président de la République depuis, a-t-il trouvé important et utile d’en faire l’un de ces chevaux de bataille ?
Sans doute l’usure du temps, le vieillissement ou la disparition de ses acteurs, et l’effet des campagnes médiatiques sur le sujet, a-t-il rendu l’image de Mai Juin 68 un peu floue. Plus sûrement sans doute est-ce parce que les avancées acquises à cette époque, et particulièrement en matière de libertés syndicales et de libertés "tout court", continuent de freiner les appétits de surexploitation du grand patronat et de la finance.
Comme le déclarait, en 2007, Georges Séguy, président d’honneur de l’IHS CGT et secrétaire général de la CGT en 1968, « cette condamnation haineuse, assimilant voyous et acteurs des luttes, militants, syndicalistes, cherche à discréditer un mouvement où justement la fameuse valeur travail que brandit Sarkozy s’imposa spectaculairement à ceux qui ne pensent qu’à le surexploiter à leur profit. Ce mouvement profond reste et restera, très au-delà des prétentions d’un politicien, comme l’un des exemples les plus significatifs de l’attachement des travailleurs français au modèle social issu du programme du Conseil national de la Résistance. ».(1)
Car le fameux « Travailler plus pour gagner plus », avancé parallèlement à cette attaque, est un slogan qui apparaît en complète contradiction à celui qui s’intéresse au mouvement de Mai Juin 68 et à ses acquis. C’est, en effet, tout le contraire qui frappe le curieux !
Avant la grève, les salariés travaillaient en général 48 heures, rarement moins, et gagnaient peu. En Mai Juin 68, ils se sont syndiqués en masse, et ont lutté. Et ils ont gagné plus en travaillant moins : augmentation du Smic de 35%, augmentations des salaires moyens entre 12 et 17%, réduction du temps de travail de 2 à 4 heures, généralisation de la 4ème semaine de congés, etc. Ce faisant ils ont gagné des libertés nouvelles, le respect, la dignité, et souvent l’admiration de leurs concitoyens.
Oui, Mai Juin 68 a bien été un tournant de notre société. Il a changé la vie, et nous pouvons être fiers que la CGT en ait été un élément prépondérant. Et que les salariés de la Seine-Maritime en aient été des acteurs incontournables.
Ses enseignements sont multiples et toujours féconds : syndicalisation, expression des revendications et maîtrise du mouvement par les acteurs eux-mêmes, démocratie, liberté de parole, etc. Autant d’éléments qui continuent à faire les succès revendicatifs.
Voilà pourquoi l'ouvrage que nous avons intitulé « Mai Juin 68 en Seine-Maritime, un printemps de luttes sociales qui ont changé la vie » auquel tout le collectif de notre Institut CGT d’Histoire sociale de Seine-Maritime a participé, et qui paraît en cette fin avril fait œuvre utile.
Gilles Pichavant
(1) Georges Séguy, interviewé dans l’Humanité le 6 mai 2007.