Numéro 31
Initiative CGT de Renault Sandouville
Histoire du
syndicat CGT de l'usine Renault Sandouville
Par Pierre Michel
Pour célébrer conjointement la quarantième anniversaire du syndicat CGT, et les vingt années d’existence de la section de retraités, une exposition très documentée retraçant les luttes des « Renault » a été le centre d’intérêt des syndiqués de la zone industrielle, les samedi 2 et dimanche 3 juin 2007 à l’Union Locale CGT d’Harfleur.
Intelligemment construite, sur plus de 30 panneaux, cette exposition retrace chronologiquement, à partir des faits réels, tous les conflits qui ont opposé les travailleurs à la direction de l’usine ces quarante dernières années.
Le fruit de ce patient travail est dû à la ténacité et à la rigueur de Maurice Harel, secrétaire général de la section des retraités, qui pendant des années a collationné des archives sur son entreprise.
Il a, pendant 38 ans, assumé les mandats de délégué du personnel et d’élu au comité d’entreprise.
Mémoire vivante de l’usine Renault Sandouville, il a su, à travers cette exposition, dépeindre les principaux conflits, avec de nombreuses coupures de presse de l’époque et des clichés venant illustrer les articles de journaux.
Nombreuses ont été les manifestations ouvrières dans cette usine où la CGT a tenu un rôle essentiel pour mener les luttes sur les salaires, les conditions de travail, les diminutions d’effectifs (passés de 12 000 à 5 000 salariés), les licenciements, la robotisation, etc….
Dans cette exposition, une large place est faite aux événements de Mai 68 dont le syndicat CGT de Renault Sandouville fut le fer de lance dans l’entreprise.
Maurice Harel a vécu cette période fertile en événements : « On ne savait même pas ce que c’était que d’occuper une usine ! »
Cette exposition a été l’occasion pour les militants du syndicat CGT et de la section des retraités (militants de la première heure) de se retrouver autour de cette initiative retraçant les luttes auxquelles ils ont été étroitement mêlés.
Souvent venus de loin pour participer à ces retrouvailles, quelques vieux militants, blanchis sous le harnais, ont été mis à l’honneur.
Cela a été le cas pour Louis Gehin, venu tout spécialement de Rennes. Il a, dès 1966, travaillé à Renault comme prêtre ouvrier et s’est trouvé plongé dans les événements de Mai 68. Ses qualités de détermination et d’humanisme ont été reconnues par son élection à la tête du syndicat CGT de 1969 à 1981.
Dans son livre « des voitures et des hommes » publié en 1984 et écrit conjointement avec Jean Claude Poitou, ancien ouvrier fraiseur de l’industrie automobile et rédacteur en chef adjoint à la « Vie Ouvrière », Louis Gehin décrit le vécu quotidien de ces dix mille hommes et femmes, qui ont pour profession de fabriquer cet objet quelque peu mythique de notre monde moderne : la voiture.
Enfin, cette galerie de photos et de reportages évoque aussi la vie
de l’entreprise et de ses travailleurs ; à travers les modèles (18
au total depuis 1964) fabriqués à Renault Sandouville, depuis la R16
jusqu’à la Laguna et l’Espace. A ce propos, il faut aussi mettre en
évidence l’importante baisse de production (de l’ordre de 40 % en 2006)
des véhicules haut de gamme, se traduisant par des jours de chômage
technique à Sandouville.
Louis Géhin,
ancien secrétaire du syndicat CGT de Renault Sandouville, de 1969 à
1981, ancien prêtre ouvrier, prend la parole lors du vernissage de
l’exposition.
Le but principal de cette exposition était de nous faire revivre tous les grands conflits et les luttes ouvrières à l’usine de Sandouville depuis l’origine de l’entreprise. Objectif atteint, car cette rétrospective rappelle qu’une usine, ce n’est pas seulement un problème de rendement, de technologies de pointe et de profits, mais aussi l’histoire des hommes, qui ont permis à Renault Sandouville de grandir et de prospérer.
L’exposition visait à éviter que tous ces grands moments de l’histoire ouvrière ne tombent dans l’oubli !
1922, grève des métallurgistes au Havre
Le premier tableau de l’exposition plonge dans les racines des métallurgistes Havrais bien avant la création de l’usine de Sandouville. Il donne un rapide éclairage sur le grève des ouvriers de la métallurgie. Cette grève, qui rassemblait 13 000 métallos, allait durer 111 jours ! La cause de ce conflit est la décision de la chambre syndicale patronale de diminuer tous les salaires des ouvriers de 10%.
Au cours de cette grève très dure, le 26 août 1922, les gendarmes à cheval chargèrent les manifestants, pour dégager le cours de la République de ses barricades. Résultat : 3 morts et une quarantaine de blessés.
« En faisant diminuer les salaires par les patrons du Havre, le Comité des Forges testait en réalité la résistance ouvrière » déclare Louis Eudier, secrétaire de l’UL CGT du Havre dans une édition de la Vie Ouvrière.
1964, Renault Sandouville ouvre ses portes – Premier conflit.
C’est en tôlerie que commence la première lutte, au montage de la caisse de la R16. Les travailleurs de l’assemblage général décident de « mettre bas les marteaux » (jargon en tôlerie !) et demandent 10 minutes de pause pour avaler le casse-croûte et se rendre aux toilettes. L’usine venait de démarrer, il n’y avait pas de syndicat et cette grève soudaine jette la pagaille dans l’encadrement. Bref, après de longues discussions, les camarades de la tôlerie décrochent les 10 minutes de pause à condition d’accélérer la chaîne, pour récupérer cette perte de temps.
Premier acte, première lutte, première victoire ouvrière !
1965, création du syndicat CGT à Renault Sandouville
L’entrée en production de l’usine en Mars 1964 (R16) fit surgir des problèmes, liés aux salaires et aux conditions de travail de cette main d’œuvre ouvrière, non organisée dont la seule fonction tolérée était de produire. « Les hommes au losange » étaient soumis au commandement général : « travaille et tais-toi ! ».
En octobre 1965, la Direction décide d’organiser des élections professionnelles (poussée par l’obligation légale !) . Trouver des candidats dans une jeune usine ne sera pas chose facile (deux listes, CGT et CFDT seront formées).
Comme le rappelle M. Harel : « Tout est venu de l’extérieur par le biais de l’Union Locale CGT du Havre, et c’est avec l’aide de Bernard Isaac secrétaire du syndicat des métaux du Havre, puis de l’UD de Seine-Maritime, que se fit le recrutement CGT à Sandouville. »
La CGT était née à Sandouville. Il faudra aller très vite pour organiser toutes les structures du syndicat devant la montée en puissance de la production et des effectifs. A cette époque, Jean Hervieu est permanent du comité d’établissement chargé des sports.
Avec l’assise de la CGT, de nouveaux camarades volontaires viennent s’intégrer et grossir les rangs des militants, tant au CE, au CHS que dans les diverses représentativités des ateliers.
A partir de ce moment, les personnels peuvent formuler leurs revendications sans crainte de représailles de la hiérarchie (enfin presque !…).
Il faut aussi mesurer l’immensité des difficultés que représente un tel gigantisme industriel (45 fois la superficie de l’Ile Seguin à Boulogne Billancourt). Une flotte de cars (195 lignes) empruntée par 80% du personnel et parcourant 17 000 km par jour, va chercher les ouvriers au fin fond du Pays de Caux pour les conduire à l’usine. Il faut donc une CGT bien organisée pour répondre aux besoins des travailleurs et faire face à la complexité de l’organisation du travail.
A travers ses photos et textes, l’exposition dépeint bien l’atmosphère qui régnait à Sandouville pendant ce printemps explosif.
1967, une étape importante dans les revendications des travailleurs de Renault Sandouville.
Dans l’usine tout a changé: travail en équipe; ouverture du restaurant; trois infirmeries ouvertes dans les départements. Car les chaînes ne s’arrêtent plus et les cadences pèsent sur le personnel. Les passages au service médical se multiplient.
Les conditions de travail s’aggravent dans l’usine et malgré les embauches, les remplacements sur les postes de travail deviennent très difficiles.
1967 est un grand moment d’action revendicative à Sandouville. Dans tous les secteurs, des débrayages massifs sont la conséquence de cette accélération du travail. Soutenues par la CGT, des grèves éclatent (jusqu’à 80 % de participants) pour obtenir des pauses de 10 minutes avec des aménagements ou des arrêts de chaînes avec des remplacements adéquats.
Le 13 octobre 1967 sera l’occasion d’une manifestation importante
contre les ordonnances de la Sécurité Sociale au Havre, avec les
travailleurs des autres usines. Il témoigne du ras-le-bol général
et sera certainement l’annonce des mouvements de grande ampleur de Mai
68.
L'un des panneaux d'exposition traitant du
mouvement de Mai-juin 1968
Mai 1968 : Extension foudroyante des grèves
Par un ensemble de tableaux très représentatifs de ce « mois de Mai très occupé », l’exposition nous fait revivre les événements dans l’usine.
Le 16 Mai, l’usine de Renault Sandouville est occupée. C’est la première d’une longue série sur le Havre. 8500 métallos occupent une dizaine d’usines. Le 17 Mai, c’est l’arrêt des chaînes de fabrication de la R16 où le mouvement a démarré au département de la tôlerie. Le directeur de l’usine est retenu dans son bureau par les grévistes ; ce dernier refusant de recevoir les représentants du personnel qui exigeaient la suppression de l’abattement sur la prime trimestrielle pour absence de fait de grève, la suppression des cadences infernales sur les chaînes, parité de salaires avec Billancourt, transports gratuits et pas de salaires inférieurs à 1000 francs.
Les travailleurs s’organisant dans la grève, un comité est constitué, chargé d’organiser la rotation des piquets, l’approvisionnement en nourriture pour les repas et les gardes de nuit. Des tentes sont montées sur l’un des parkings pour assurer les permanences des militants de la CGT.
Pendant ces grèves qui ont paralysé toute la France (+ de 10 millions de travailleurs dans l’action), la solidarité n’a pas été un vain mot.
Le comité de grève de Renault Sandouville avait reçu des aides des salariés des autres entreprises, des collectes publiques, des fournisseurs de restaurants, etc…
Enfin, pendant toute cette période d’occupation de l’usine, les travailleurs en grève ont participé massivement à toutes les manifestations qui se sont déroulées au Havre, manifestations d’une très grande ampleur, dans une ville complètement paralysée, où la pénurie s’installe dans tous les domaines.
Le 27 mai, sous un soleil ardent, ce sont 30 000 personnes qui se réunissaient dans les rues du Havre.
1968 dans la presse du Havre. Les salariés de
l'usine Renault Sandouville en étaient.
Arrive la 5ème semaine de grève: une rencontre eut lieu avec tous les syndicats de la RNUR au siège social afin de sortir de ce conflit.
A noter: c’est pendant le mois de Mai, que le syndicat Force Ouvrière se crée ; Leur secrétariat se limite à une tente de camping !
Sur le plan national, les discussions avec le gouvernement de Pompidou s’ouvrent le samedi 25 mai 1968 à 15 H 00 au ministère des affaires sociales et aboutit le 27 mai au constat de Grenelle. Consultés par la CGT, les travailleurs de l’usine refusent ce protocole. La grève se poursuit.
La direction Renault doit faire d’importantes concessions, notamment sur les salaires, les libertés syndicales, les primes, le temps de travail, la mensualisation, les transports, etc…. Des acquis, de nombreuses retombées sont toujours vivaces aujourd’hui, grâce à une combativité extraordinaire et une CGT lucide de bout en bout.
Ce sera par un vote de l’ensemble du personnel, que l’usine Renault Sandouville sortira du conflit le mardi 18 juin. La grève aura duré 33 jours !
1978 : Plus de mille manifestants de la Régie Renault devant le palais de justice du Havre
Pour marquer leur solidarité avec Jean Claude Blondel, délégué CGT du Comité d’Entreprise de Renault Sandouville, qui comparaissait devant le tribunal correctionnel du Havre « pour voies de faits », les travailleurs quittent le travail, et viennent manifester leur soutien à l’appel de la CGT et de la CFDT.
Au cours de cette manifestation, Daniel Grancher, secrétaire du syndicat CGT prononce une allocution dont le contenu et les propos sont sans ambiguïté à l’encontre du patronat de la RNUR.
Il déclare notamment, et à juste raison, que l’autoritarisme et la
répression passent mal dans le personnel et que la tactique de la
direction de tenter d’affaiblir les organisations syndicales en s’en
prenant à leurs militants, comme c’était le cas avec le camarade
Blondel, ferait l’objet d’une réplique immédiate des travailleurs de la
RNUR. La procédure de licenciement est refusée par l’inspection du
travail et le tribunal statue pour sa réintégration.
Plus de 1000 salariés de sandouville se
pressent devant le Palais de ¨Justice du Havre
L’exposition donne à voir sur cette bassesse de la direction. Une
quantité importante de documents venant étayer ce complot contre le
syndicat CGT de Renault Sandouville, est présentée.
1981 : Manif des « chômeurs » de Renault Sandouville
Au mois d’avril, un nombre important de chômeurs techniques de l’entreprise défilent à bord d’une vingtaine de véhicules dans le centre ville du Havre, pour aller déposer une motion à la sous préfecture. Ils entendent protester contre la politique économique et sociale de la Régie. L’exposition rappelle que cette manifestation, organisée par la CGT, dénonçait d’une part, le transfert d’une partie de la fabrication des R30 et R18 vers l’Espagne, et d’autre part, la suppression envisagée de 2670 emplois.
1984 : Avec Douai et Cléon, Sandouville en pointe dans le conflit.
Suivant la chronologie de l’exposition, nous abordons le conflit important opposant les organisations syndicales des principales usines de la RNUR et la direction générale de Billancourt.
Les causes de ces mouvements résultant d’un refus de négocier du patronat, sont largement explicitées à Sandouville par l’intersyndicale CGT-FO-CFDT : Blocage du pouvoir d’achat à 2,5%; Réduction de 20 % de la prime de fin d’année ;Menaces réelles sur l’emploi.
Comme les autres sites de la RNUR, Sandouville, dès le 26 septembre,
avait décidé d’un arrêt de travail reconductible avec des barrages
filtrants sur toute la zone industrielle.
Barrages filtrants, des salariés de Renault Sandouville, sur la route industrielle depuis le Pont rouge jusqu’au Pont du Hode
Les coupures de journaux décrivent les embouteillages sur la route industrielle depuis le Pont rouge jusqu’au Pont du Hode.
Les ouvriers sont déterminés à contraindre la direction à négocier, étant donnée la perte sèche de 7 milliards de centimes par jour annoncée dans la presse. Au 6e jour de grève, la direction de Sandouville consent à s’asseoir à la table des négociations, à condition que les barrages soient levés.
Le 2 octobre, enfin, après un vote du personnel, les barrages peuvent être suspendus. Des négociations spécifiques à Sandouville sont engagées. Les travailleurs restent vigilants, leur première préoccupation restant l’emploi, le danger s’aggravant avec le ralentissement de la production.
Le 3 octobre, le travail reprend à Sandouville, la direction s’étant engagée à garantir l’emploi pour les cinq années à venir.
Les panneaux de l’exposition font bien ressortir la combativité des travailleurs, déterminés à faire plier le patron, mais aussi la conduite scandaleuse de la chambre patronale, des pouvoirs publics et des cadres briseurs de grève qui ont mis tout en œuvre pour faire « capoter » l’action des 10.000 salariés de Renault Sandouville.
1985 : Duel juridique et robotique
L’exposition nous rappelle une affaire burlesque, dans laquelle le secrétaire du CE (FO) déclara avoir été agressé par un « commando CGT » à propos d’une affaire d’équipe sportive. Une enquête avait été diligentée par le parquet du Havre, suite à la plainte de la « victime » pour coups et blessures.
Car depuis fin 1983, le secrétariat du CE a basculé des mains de la CGT dans celles de FO. Depuis, les divergences entre les deux syndicats se sont envenimées. La CGT se déclare étrangère à cette rocambolesque histoire, et qu’il s’agit d’une provocation de FO. La presse locale relate les faits d’une manière très partiale. La CGT ne tient pas à entrer dans ce duel juridique qui risque d’occulter les vrais problèmes qui pèsent sur les salariés de Sandouville, notamment la désastreuse stratégie des responsables de la RNUR privilégiant « le tout USA ».
Les documents de l’exposition très fournis, relatent bien les faits et les salariés de Renault Sandouville, en faisant confiance à la CGT lors des élections des délégués du Personnel (+8%, soit 69% des votants en février 1985) montrent qu’ils ne se laissent pas abuser par ce mauvais complot.
Puis, en août 1985 les documents de l’exposition nous rappellent « l’affaire des robots », véritable feuilleton à rebondissements.
Avant d’arriver à Sandouville, les deux robots, destinés à construire la R19, étaient partis de Douai pour rejoindre Billancourt avant d’arriver à l’usine normande. Mais la direction, ayant annoncé un plan de baisse de la production, tente de faire passer la frontière belge à ce convoi transportant les deux robots, pourtant indispensables pour l’usine de Sandouville. Mais la direction a sous-estimé la CGT, qui de bout en bout suit le convoi (on est pourtant pendant les congés d’été) et s’oppose au franchissement de la frontière (manifestations et journalistes).
Les robots, tant attendus et tant protégés, arrivent tout de même à Sandouville, la Direction ayant plié.
C’est aussi pendant la période d’été que la CGT tente de mobiliser les travailleurs et militants en vacances pour répondre aux mauvais coups de la direction: attaques contre les salaires; tentatives les licenciements de salariés pour maladie; les mises à pied; ainsi que l’acharnement contre les délégués CGT.
C’est ainsi que la direction de la Régie accuse Daniel Grancher, alors secrétaire général de la CGT Sandouville, d’avoir divulgué aux journalistes des informations confidentielles, notamment le nom de la nouvelle voiture (la R19) qui sera construite et sur l’emploi des robots. En fin de compte, les informations étaient des secrets de Polichinelle, mais les attaques de la direction étaient bien une chasse aux sorcières !
1988 : L’épineux problème des salaires à Renault Sandouville
En octobre 1988, le problème des salaires est la principale source de mécontentement des travailleurs de Sandouville, mais aussi au Mans.
Les débrayages et arrêts de la production, dont témoigne l’exposition, paralysent l’usine pendant plusieurs jours.
Des manifestations ont lieu devant la Sous-préfecture du Havre pour protester surtout contre l’arrêt technique de Sandouville, provoqué par la grève de l’atelier des trains arrières de l’usine du Mans (R21 et R25) qui approvisionnait la chaîne de Sandouville.
L’exposition décrit bien l’ambiance qui régnait à Sandouville, émaillée des prises de paroles dans les ateliers par la CGT et qui expliquait la cause de cet arrêt total à l’usine du Mans.
La direction ayant pris la décision de fermer l’usine de Sandouville, pénalise 6500 salariés en les transformant en chômeurs temporaires.
C’est au total 17000 travailleurs (Billancourt, Flins, Maubeuge, Haren – Belgique) qui se retrouvent en chômage technique.
Le 11 octobre 1988, l’usine de Renault Sandouville redémarre.
1988, les salariés de l'usine Renault Sandouville luttent pour les salaires
1988, c’est aussi le 10ème congrès CGT de Renault Sandouville, orienté sous le signe des revendications, qui décide de lancer un appel à tous les salariés de l’usine pour une grève de 2 heures minimum afin de protester contre la politique d’emploi d’intérimaires (1500 ouvriers) et le manque d’effectifs nécessaires à la production (7900 ouvriers à Sandouville).
1989, c’est le soulèvement de toutes les usines de la RNUR ; Tous les travailleurs sont mobilisés sur des actions de grande ampleur, contre les licenciements des « 10 de Billancourt » et pour leur réintégration.
La lettre d’Henri Krasucki à Michel Rocard, alors Premier ministre, sur l’attitude de la direction de la RNUR dans cette affaire est une véritable plaidoirie contre la délinquance patronale de l’époque. Les Prud’hommes ordonnent la réintégration des dix militants CGT avec application immédiate sous peine d’astreinte de 500F/jour.
Le succès des travailleurs est un camouflet pour M. Levy, PDG de la
Régie.
1989, c'est la lutte pour la réintégration de
10 de Billancourt
1990, l’exposition rappelle
les manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays pour
défendre « une Sécu pour tous » le lundi 2 avril, ainsi que
la montée de la vague de fond du mécontentement, où le 24 octobre 1991
près de 10.000 manifestants ont répondu présents au Havre, à la grande
journée interprofessionnelle d’action pour crier leur vif
mécontentement sur la politique sociale du gouvernement (action commune
CGT – CFDT – FO).
1991 : Cinquième mouvement de grève pour l’ouverture de négociations.
Le 4 octobre, les ouvriers de Renault Sandouville, tous syndicats confondus, débrayent suite à un mouvement de mécontentement général pour obtenir des négociations salariales devant le dérapage des salaires par rapport aux prix.
L’exposition fait mention d’une lettre que le député Maire du Havre, André Duroméa, adresse au Ministre du Travail, lui faisant part de l’attitude anti-syndicale et anti-ouvrière de la Direction de l’usine.
La même année, mais en mars, les panneaux de l’exposition rappellent
la grève à Sandouville à l’appel de la CGT pour protester contre le
licenciement sans motif d’un ouvrier de l’usine, malade, ne supportant
plus les produits chimiques et certains caoutchoucs employés à
Sandouville. Son inaptitude avait été reconnue par la Sécurité Sociale.
Grèves et débrayages provoquent des défilés pour exiger la
réintégration de cet ouvrier.
Toujours en 1991, un tableau spécifique aux élections professionnelles nous informe que la CGT redevient la première force syndicale à Sandouville avec 58,86% des voix dans le collège ouvriers, soit une progression de 10,42 %. Une victoire incontestable. Ces bons résultats, précisaient les camarades du syndicat CGT, sont à mettre à l’actif des orientations et des actions revendicatives.
1993 : Tous les réseaux Renault ont marché ensemble
Faisant suite à l’annonce de la Direction Renault Sandouville de mettre les ouvriers cinq jours en chômage technique, tous les représentants syndicaux CGT Renault de la Seine Maritime tiennent une réunion à Sandouville pour définir les modalités d’action pour répondre à ces mesures inacceptables pour les ouvriers. Une heure de grève générale est décidée, en riposte au chômage technique.
C’était un premier coup de semonce !
1994 : Privatisation partielle
En septembre, l’annonce de l’ouverture du capital de Renault et les salaires déclenche une série de manifestations dans les 65 sites de la Régie. Un tableau de l’exposition relate les faits et met en évidence le site de Sandouville où la CGT, FO et la CFDT ont décidé des débrayages sur un front commun, pour dénoncer la mesure gouvernementale et se faire entendre avant les négociations salariales.
La situation devient « électrique », les personnels de Sandouville vivant mal cette privatisation partielle, qui va modifier leur statut de salariés, pour le profit des actionnaires. La suite des événements démontrera que la tempête sociale n’a pas eu d’accalmie !
1995 : la situation se détériore, la paralysie gagne les principales usines Renault.
L’exposition consacre une large place aux graves événements qui ont été marqués par des luttes très dures opposant les travailleurs de la régie à leur direction d’usine, comme à la direction générale à Billancourt.
A Sandouville, la direction a décidé de fermer les ateliers de production de la Safrane et de la Laguna, pour cause de non-livraison d’éléments de suspension. Plus de 6.000 travailleurs sont concernés. Le feu aux poudres est allumé et, pour protester contre ce lock-out, la CGT organise une manifestation de masse au Havre, le 17 mars.
C’était le « grippage » sur les chaînes dans l’ensemble des usines. Parallèlement, la direction générale annonce des pertes sévères dans le groupe. L’usine du Havre est alors touchée par 56 suppressions de postes et un nouvel aménagement du temps de travail, arrêté par la Régie.
Pour la CGT, c’est la mise en place de la flexibilité qu’elle dénonce. Elle organise un blocage du pont de Tancarville, avec distribution de tracts et diverses manifestations, notamment à la succursale Renault Boulevard de Graville.
Salaires, emplois et conditions de travail mobilisent les salariés, jusqu’au 29 mars, où l’ensemble des syndicats de la Régie décide d’arrêter les débrayages pour préparer une manifestation nationale, programmée le jeudi suivant à Paris. Le jeudi 6 mars, manifestation monstre dans la capitale (20.000 participants) et à Boulogne Billancourt, où une grande partie des travailleurs de tous les sites de la régie avait démontré qu’il existait réellement un rapport de force, et qu’ils n’entendaient pas sacrifier leurs salaires, leurs emplois et leurs conditions de travail sur l’autel du profit.
1997 : ça commence très mal !
La direction de la régie annonce la fermeture de l’usine Renault de Vilvoorde, qui assemble la « Clio » et la « Mégane ».
3 100 salariés sont jetés à la rue et des mesures d’accompagnement avaient été annoncées par la Régie qui argumente des pertes de l’ordre de 4 à 5 milliards de francs pour cette usine en Belgique. En fait, c’est entre 5.000 et 6.000 travailleurs (avec les sous-traitants) qui sont touchés. Malgré d’importantes manifestations de soutien à ces travailleurs en détresse, l’Usine de Vilvoorde fermera inexorablement.
Puis, c’est la suppression des 665 postes à Renault Cléon qui était annoncée.
Après l’échec du CCE, le 6 mars à Boulogne Billancourt, les syndicats, tous sites confondus, confirment l’arrêt de travail d’une heure, y compris dans les usines situées hors de France. Cette initiative rassemblera à Sandouville toutes les organisations syndicales.
Après Vilvoorde (3100 licenciements), ce sont 2764 postes supprimés en France. Sandouville est dans la « charrette » avec 516 emplois à la casse sur un effectif de 6500 personnes. Les syndicats, et en particulier la CGT, mobilisent le personnel pour des actions d’envergure. Les larmes de crocodile du PDG de la Régie, Louis Schweitzer, sur la pérennité, n’impressionnent pas les travailleurs qui crient haut et fort leur colère et leur désapprobation.
C’est sur ce dernier événement, à Sandouville, que cette exposition se termine, mais la lutte des travailleurs ne s’arrête pas en 1997, car, depuis, ils ont eu à faire face à d’autres coups d’éclat de la direction.
Conclusion
A travers leur exposition, Maurice Harel et le syndicat CGT nous font revivre ces quarante années de luttes et d’espoir, des travailleurs de Renault Sandouville.
Une grande usine avec des traditions de solidarité, de colère, partagées sans distinction d’ethnie ou de catégorie sociale. Des conditions de travail souvent inhumaines, à la chaîne sans interruption, où la fatigue brise les corps et les cadences rongent la vie.
Sandouville, la CGT y a toujours été, aux côtés de ceux qui se battent pour une société meilleure et contre un patronat offensif et anti-syndical.
Enfin, cette exposition témoigne de la partialité d’une certaine presse écrite qui, de toute évidence, a choisi son camp, celui qui détient les capitaux.
Non, la lutte des classes n’est pas morte !