{"id":1517,"date":"2023-12-12T09:45:12","date_gmt":"2023-12-12T08:45:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/?p=1517"},"modified":"2023-12-12T10:02:17","modified_gmt":"2023-12-12T09:02:17","slug":"charles-levavasseur-un-raciste-pro-esclavagiste-oublie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2023\/12\/12\/charles-levavasseur-un-raciste-pro-esclavagiste-oublie\/","title":{"rendered":"Charles Levavasseur, un raciste pro-esclavagiste oubli\u00e9."},"content":{"rendered":"<div class=\"fblike_button\" style=\"margin: 10px 0;\"><iframe src=\"http:\/\/www.facebook.com\/plugins\/like.php?href=https%3A%2F%2Fwww.gillespichavant.com%2Fblog%2F2023%2F12%2F12%2Fcharles-levavasseur-un-raciste-pro-esclavagiste-oublie%2F&amp;layout=standard&amp;show_faces=false&amp;width=450&amp;action=like&amp;colorscheme=light\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" allowTransparency=\"true\" style=\"border:none; overflow:hidden; width:450px; height:25px\"><\/iframe><\/div>\n<p>En 2023, la condamnation unanime de l\u2019esclavage se double d\u2019un travail d\u2019oubli de ceux qui se sont d\u00e9men\u00e9s pour emp\u00eacher les abolitions de l\u2019esclavage, puis pour indemniser les anciens propri\u00e9taires d\u2019esclaves \u00e0 la suite du vite de l\u2019abolition.<\/p>\n\n\n\n<p>Car l\u2019esclavage a perdur\u00e9 dans les colonies fran\u00e7aises jusqu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, malgr\u00e9 des luttes opini\u00e2tres pour le faire dispara\u00eetre. Il y avait donc des forces puissantes et d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 emp\u00eacher son abolition.<\/p>\n\n\n\n<p>On connait bien Victor Schoelcher qui fait d\u00e9cr\u00e9ter l\u2019abolition en 1848, mais on ne connait pas ses opposants. En m\u00e9tropole, on connait moins Bissette, l&rsquo;un des abolitionnistes antillais, et encore moins l\u2019esclave Romain dont l\u2019arrestation provoqua une lev\u00e9e en masse et l\u2019abolition de l&rsquo;esclavage avant m\u00eame au les d\u00e9crets ne parviennent en Martinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais des d\u00e9fenseurs de l\u2019esclavage et de la traite, on ne sait rien. Et, en 2023, c\u2019est toujours un v\u00e9ritable parcours du combattant lorsqu\u2019on veut en savoir plus sur ce sujet. Qui sait, en Seine-Maritime, qu\u2019un des grands leaders antiabolitionnistes \u00e9tait un \u00e9lu du d\u00e9partement ? Personne ou presque. Pourtant c\u2019\u00e9tait un d\u00e9put\u00e9 local, un conseiller g\u00e9n\u00e9ral. Il s\u2019appelait Charles Levavasseur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Qui \u00e9tait donc Charles Levavasseur<\/h2>\n\n\n\n<p>Charles Levavasseur \u00e9tait le descendant d\u2019une famille d\u2019armateur rouennais qui avait fait fortune dans le commerce triangulaire sous l\u2019ancien r\u00e9gime. Fils du fondateur de la filature du Houlme (Jacques) et fr\u00e8re d\u2019un administrateur de la Banque de France (Jacques dit James), il dirigea les filatures du Houlme (Seine-Maritime) et de Radepont \u00e0 Pont-Saint-Pierre (Eure), tout en \u00e9tant armateur et importateur de coton par ses bateaux. Pendant toute sa vie, et jusqu\u2019\u00e0 sa mort, il fut l\u2019une des plus grosses fortunes de Seine-Inf\u00e9rieure, sinon la premi\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la plus \u00e9lev\u00e9e que l\u2019on ait rencontr\u00e9 dans ces dynasties normandes<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Jean-Pierre Chaline dans son livre <em>Les dynasties normandes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles Levavasseur fut \u00e9lu d\u00e9put\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, dans la circonscription de Dieppe, le 12 novembre 1842. Alors que l\u2019habitude \u00e9tait d\u2019\u00e9lire le candidat officiel du gouvernement, il fut \u00e9lu dans une triangulaire, \u00e0 la suite de la mort de Charles B\u00e9rigny<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Il se sp\u00e9cialisa naturellement dans les questions relatives au \u00ab\u00a0grand commerce\u00a0\u00bb et \u00e0 la marine marchande, dans lesquelles les questions des colonies et de l\u2019esclavage tenaient une place centrale. Battu \u00e0 Dieppe par Gustave Roulland en 1846, il fut \u00e9lu dans la circonscription de Rouen \u00e0 la m\u00eame date<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Il fit partie de cette gauche dynastique qui combattit Guizot et anima les banquets r\u00e9formistes en 1847, si bien qu\u2019il fut \u00e9lu comme \u00ab\u00a0r\u00e9publicain du lendemain\u00a0\u00bb \u00e0 Rouen, en avril 1848. Inquiets des risques d\u2019une r\u00e9volution sociale, il rejoignit le parti de l\u2019ordre et se rallia au coup d&rsquo;\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre 1851<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Ce qui lui valu d\u2019\u00eatre d\u00e9sign\u00e9 et \u00e9lu comme candidat officiel en 1852. Il fut battu aux \u00e9lections suivantes, n\u2019\u00e9tant plus le candidat officiel. Ayant commenc\u00e9 sa carri\u00e8re politique comme conseiller g\u00e9n\u00e9ral de Seine-Inf\u00e9rieure, dans les ann\u00e9es 1830, il fut r\u00e9\u00e9lu pendant 28 ans dans le canton de T\u00f4tes. Il la termina comme conseiller g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Eure.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s sa premi\u00e8re \u00e9lection comme d\u00e9put\u00e9 il se heurta \u00e0 Victor Schoelcher sur les questions de l\u2019esclavage. Celui-ci, dans une premi\u00e8re \u00e9poque, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1830, il s\u2019\u00e9tait prononc\u00e9 pour une humanisation de l\u2019esclavage. Mais m\u00eame pour cela, Charles Levavasseur \u00e9tait contre. Ses id\u00e9es \u00e9taient connues, car il avait &nbsp;publi\u00e9 plusieurs brochures&nbsp;plusieurs ann\u00e9es avant sa premi\u00e8re \u00e9lection<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>: l\u2019une sur <em>La question des sucres<\/em> (1837)&nbsp;; une autre sur <em>La question coloniale<\/em> (1839)&nbsp;; une autre sur <em>l\u2019esclavage de la race noire dans les colonies fran\u00e7aises<\/em> (1840).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans celle-ci, il exprime le fond de sa pens\u00e9e sur l\u2019esclavage, avec la morgue d\u2019un grand capitaliste:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;<em>L&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme, du noir par le blanc, para\u00eet un privil\u00e8ge trop lucratif et en m\u00eame temps trop conforme \u00e0 l&rsquo;orgueil de celui qui l&rsquo;exerce, pour qu&rsquo;on puisse s&rsquo;en dessaisir sans y \u00eatre contraint<\/em>&nbsp;\u00bb (page 12).<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;<em>Si aujourd&rsquo;hui je croyais entrevoir, comme M. de Tocqueville, que la race blanche, celle qui a port\u00e9 dans son sein la civilisation et les lumi\u00e8res, f\u00fbt appel\u00e9e \u00e0 succomber dans les Antilles, par l&rsquo;affranchissement des noirs, je me prononcerais pour le maintien de l&rsquo;esclavage&nbsp;<\/em>\u00bb,&nbsp; (page 118).<\/li>\n\n\n\n<li>Il s\u2019apitoie comme lui sur le sort des colons, propri\u00e9taires d\u2019esclaves, en les d\u00e9crivant comme des gens qui subiraient des charges \u00e9normes du fait de l\u2019esclavage&nbsp;: (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>Oblig\u00e9 d&rsquo;acheter le n\u00e8gre, de le nourrir, de le loger, de le v\u00eatir, de le soigner dans ses maladies et sa vieillesse, l&rsquo;habitant des colonies, malgr\u00e9 tous ces sacrifices, ne peut tirer chaque jour de son esclave qu&rsquo;un travail de neuf heures au plus, travail toujours tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9, toujours tr\u00e8s lent. Pr\u00e9f\u00e9rerait-il un \u00e9tat de choses si dispendieux et si peu productif au travail libre, s&rsquo;il voyait la possibilit\u00e9 de faire travailler le n\u00e8gre affranchi d&rsquo;une mani\u00e8re constante et r\u00e9guli\u00e8re?<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il met cette pr\u00e9sentation de la situation d\u2019esclave en regard de la situation du salari\u00e9 libre de m\u00e9tropole, qu\u2019il connaissait bien en tant que grand patron filateur, situation qu\u2019il ne souhaitait d\u2019ailleurs pas changer&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;En France, dans l&rsquo;industrie comme dans l&rsquo;agriculture, celui qui paie un modique salaire \u00e0 l&rsquo;homme jeune et valide, qui lui impose un travail de quatorze \u00e0 quinze heures par jour, puis le jette hors de ses ateliers ou de sa ferme lorsque les ann\u00e9es lui ont enlev\u00e9 sa vigueur premi\u00e8re, n&rsquo;est-il pas, au point de vue purement \u00e9conomique, dans une situation beaucoup meilleure que le colon oblig\u00e9 d&rsquo;\u00e9lever l&rsquo;enfance, d&rsquo;entretenir la vieillesse et de soigner la maladie? Qu&rsquo;on mette en ligne de compte les sacrifices faits par la plus pauvre famille, pour faire arriver un enfant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 il peut lui-m\u00eame suffire \u00e0 ses besoins, et l&rsquo;on sera \u00e9tonn\u00e9 d\u00fb capital qu&rsquo;il repr\u00e9sente. Combien de familles sont incapables, en cas de maladie, de subvenir \u00e0 leurs d\u00e9penses, si la charit\u00e9 publique ne vient \u00e0 leur secours ? Combien de vieillards sont admis dans nos h\u00f4pitaux, sont r\u00e9duits \u00e0 la mendicit\u00e9, ou m\u00eame meurent de mis\u00e8re et de faim? Toutes les charges sociales que, chez nous, la pr\u00e9voyance et la charit\u00e9 publiques ne soutiennent qu&rsquo;\u00e0 peine, p\u00e8sent sur le colon<\/em>.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Et de poursuivre&nbsp;plus loin, apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 cet aspect des choses&nbsp;(vous noterez les pr\u00e9jug\u00e9s racistes) : \u00ab&nbsp;<em>Le colon n&rsquo;a donc aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer le travail esclave au travail libre ; mais il a int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que le travail ne disparaisse pas de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il vit, \u00e0 ce que le n\u00e8gre, habitu\u00e9 \u00e0 une \u0153uvre dont il n&rsquo;a point \u00e0 souffrir, et qu&rsquo;il abandonnerait s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait contenu et dirig\u00e9, ne puisse retourner \u00e0 son indolence naturelle et bient\u00f4t \u00e0 son \u00e9tat sauvage<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Plus on avance dans la lecture de l&rsquo;ouvrage, et plus c\u2019est une souffrance, tant les id\u00e9es racistes qu\u2019il y d\u00e9veloppe sont abjectes. Mais elles \u00e9clairent le personnage&nbsp;! \u00c0 partir de la page 78, celui-ci se lance dans un d\u00e9lire raciste. \u00c0 la diff\u00e9rence de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs haut-normands, comme Duval-Sanadon, il tente par tous les moyens de d\u00e9monter la sup\u00e9riorit\u00e9 du blanc sur le noir en associant des caract\u00e8res physiques \u00e0 des caract\u00e8res moraux et culturels. Cela justifierait l\u2019esclavage, bien plus que la pr\u00e9tendue paresse des noirs. Les th\u00e9ories raciales qui vont faire flor\u00e8s \u00e0 la fin du si\u00e8cle, sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9es par lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Son opinion est qu\u2019il y aurait une hi\u00e9rarchie des races dans laquelle les blancs seraient en haut de la pyramide&nbsp;; ensuite viendraient les arabes et les indiens d\u2019Am\u00e9rique \u00e0 qui il reconnait une certaine civilisation pour avoir construit des soci\u00e9t\u00e9s en Am\u00e9rique centrale dont il connait les pyramides et l\u2019\u00e9criture hi\u00e9roglyphique&nbsp;; enfin viendraient les noirs, c&rsquo;est-\u00e0-dire les populations \u00e0 peau brune, qu\u2019elles soient d\u2019Afrique ou d\u2019Oc\u00e9anie.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que ce livre est publi\u00e9 quinze ans avant l\u2019\u00e9dition d\u00e9finitive de l\u2019<em>Essai sur l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des races humaines<\/em>d\u2019Arthur de Gobineau<a id=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, qui est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme le premier ouvrage fran\u00e7ais qui pr\u00e9tendait \u00e9tablir les diff\u00e9rences s\u00e9parant les diff\u00e9rentes races humaines. Les racines du racisme en France sont donc bien ant\u00e9rieures \u00e0 celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Charles Levavasseur contre Victor Schoelcher<strong>.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 40 que Victor Schoelcher ferraille avec Charles Levavasseur. Il \u00e9voque l\u2019action de celui-ci, dans son <em>Histoire de l\u2019esclavage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es<a id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><strong>[8]<\/strong><\/a>, <\/em>publi\u00e9 en 1847&nbsp;! Parlant d\u2019un discours que Levavasseur pronon\u00e7a dans la s\u00e9ance du 30 mai 1844 \u00e0 la chambre des d\u00e9put\u00e9s, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un projet de loi sur l\u2019am\u00e9lioration du r\u00e9gime des esclaves<a id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>, il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;M. Levavasseur s&rsquo;\u00e9tait fait inscrire d&rsquo;avance pour parler contre le projet, a d\u00e9clar\u00e9 d&rsquo;abord qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas ennemi de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. C&rsquo;est l&rsquo;exorde ordinaire de tous les d\u00e9fenseurs de la servitude; car malheureusement la servitude trouve encore quelques soutiens. Ils craignent d&rsquo;exciter trop de r\u00e9probation, et ils ne manquent jamais de commencer leurs discours contre l&rsquo;affranchissement par une protestation en sa faveur, hommage rendu \u00e0 la conscience universelle qui a horreur de l&rsquo;institution servile.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>M. Levavasseur donc, apr\u00e8s avoir dit qu&rsquo;il voulait la libert\u00e9 des n\u00e8gres, mais qu&rsquo;il la voulait sage et f\u00e9conde, a combattu le projet, c&rsquo;est-\u00e0-dire, a vot\u00e9 le maintien pur et simple de l&rsquo;esclavage ind\u00e9fini des n\u00e8gres, parce que selon lui la loi nouvelle d\u00e9sorganise le travail forc\u00e9 avant d&rsquo;avoir organis\u00e9 le travail libre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>M. Levavasseur d\u00e9clare que la loi inqui\u00e9terait les capitaux; il d\u00e9sire que les n\u00e8gres restent esclaves, afin de ne point troubler la qui\u00e9tude de l&rsquo;argent, et il propose d&rsquo;attendre, pour \u00e9manciper, que les essais de transformation industrielle que l&rsquo;on tente \u00e0 cette heure dans nos \u00eeles aient eu plein succ\u00e8s<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Victor Schoelcher d\u00e9signe donc Charles Levavasseur comme un ennemi de la lutte anti-esclavagiste, ce, quelques ann\u00e9es avant son abolition.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Charles Levavasseur et l&rsquo;indemnisation des colons<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019abolition d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e en 1848, Levavasseur fut tr\u00e8s attentif et actif pour mettre en \u0153uvre une id\u00e9e qu\u2019il avait d\u00e9velopp\u00e9e d\u00e8s 1839 dans son livre <em>La question coloniale<\/em><a id=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a><em>, <\/em>id\u00e9e qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment  \u00e9nonc\u00e9e cinquante ans auparavant par Duval-Sanadon&nbsp;: si l\u2019on abolissait l\u2019esclavage il faudrait indemniser les colons.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir fait une description apocalyptique de la situation \u00e9conomique qui serait celle des iles de la Cara\u00efbe apr\u00e8s l\u2019abolition de l\u2019esclavage, il \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>S\u2019il faut que les colons renoncent \u00e0 leur ancienne culture, s\u2019il faut qu\u2019ils perdent leurs esclaves, sans qu\u2019une indemnit\u00e9 ne leur soit allou\u00e9e, que leur restera-t-il<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb. <strong>Vous aurez not\u00e9 qu\u2019il pr\u00e9sentait l\u2019esclavage comme une \u00ab&nbsp;culture<\/strong>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u2019expliquer la mani\u00e8re dont les anglais s\u2019y \u00e9taient pris&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les anglais ont \u00e9mancip\u00e9 les noirs, mais sans cesser pour cela d\u2019\u00eatre justes envers les colons. Pour la Libert\u00e9 des esclaves, ils ont donn\u00e9 une indemnit\u00e9 au ma\u00eetre<\/em>.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 la publication du d\u00e9cret sur l\u2019abolition de l\u2019esclavage, la question de l&rsquo;indemnisation des colons fut pos\u00e9e, et le 25 ao\u00fbt 1848, le ministre de la marine pr\u00e9senta \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e un projet de d\u00e9cret en ce sens. Il proposait une somme \u00e9norme de 90 millions de francs, \u00e0 r\u00e9partir entre les colons. Par contre il ne proposait rien pour indemniser les anciens esclaves de leurs ann\u00e9es de privation de libert\u00e9, ni de leur d\u00e9portation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps le projet choqua par son ampleur, si bien qu\u2019il fut renvoy\u00e9 en commission. Puis il revint en discussion sous forme d\u2019un projet de loi, avec une indemnisation beaucoup plus faible qu\u2019initialement, et Charles Levavasseur s\u2019impliqua fortement dans sa discussion. <\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019\u00e9crit le journal <em>Les Antilles<\/em> du 2 d\u00e9cembre 1848<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>, au contraire des d\u00e9put\u00e9s, <em>\u00ab&nbsp;Monsieur Levavasseur a<\/em>[vait]<em> \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 comme tous les bons esprits, de l\u2019insuffisance de la compensation offerte aux colons<\/em>&nbsp;\u00bb. Il proposa donc une s\u00e9rie d\u2019amendements au projet<a id=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>&nbsp;: la commission pr\u00e9sid\u00e9e par M. de Broglie avait estim\u00e9 la valeur d\u2019un esclave \u00e0 mille francs&nbsp;; Levavasseur partit de cette base pour proposer, en faveur des colons, une somme de quinze millions qui leur serait vers\u00e9e en cinq ann\u00e9es \u00e0 partir du 22 septembre 1849, ainsi qu\u2019une rente de quinze millions&nbsp; payable \u00e0 5% et inscrite au grand livre de la dette publique. Finalement le 24 avril 1849, l\u2019assembl\u00e9e vota une rente de 6 millions \u00e0 5 %, inscrite au grand livre de la dette publique, et une somme de 6 millions de francs, payable en num\u00e9raire et en totalit\u00e9, trente jours apr\u00e8s la promulgation de la loi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En guise de conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Charles Levavasseur \u00e9tait un ennemi de la classe ouvri\u00e8re, un ennemi de la libert\u00e9 humaine, du droit d\u2019association et du droit de gr\u00e8ve, doubl\u00e9&nbsp;d\u2019un raciste notoire, en r\u00e9sum\u00e9 un grand patron historique de la Seine-Inf\u00e9rieure (Seine-Maritime). <\/p>\n\n\n\n<p>Quel est donc la raison qui poussent quelques uns \u00e0 gommer cet aspect de l&rsquo;histoire, et lui pr\u00e9f\u00e9rer un consensus mou, qui r\u00e9serve la d\u00e9fense de l&rsquo;esclavage et de la traite au 18e si\u00e8cle? Pourquoi nous pr\u00e9senter l&rsquo;origine du racisme \u00e0 une p\u00e9riode plus r\u00e9cente, la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle et la 3e R\u00e9publique?  <\/p>\n\n\n\n<p>Car, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, le racisme a ses racines dans la traite et l\u2019esclavage qui ont fait l\u2019immense fortune de quelques uns. Il avait ses militants, et de nombreux ouvrages publi\u00e9s au moins \u00e0 partir du milieu du 18e si\u00e8cle en attestent l&rsquo;origine.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ing\u00e9nieur de l\u2019\u00e9cole Centrale, puis de l\u2019\u00e9cole Polytechnique, ing\u00e9nieur en chef des Ponts et Chauss\u00e9es puis inspecteur g\u00e9n\u00e9ral, d\u00e9put\u00e9 de Dieppe de 1830 \u00e0 1942.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> On pouvait se pr\u00e9senter aux l\u00e9gislatives \u00e0 plusieurs endroits. \u00c0 notre connaissance, Charles Levavasseur fut aussi \u00e9lu dans le Morbihan, mais il opta pour Rouen.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Coup d\u2019\u00c9tat de Louis Napol\u00e9on Bonaparte, qui fonde le Second Empire.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Attention&nbsp;: le suffrage universel n\u2019existait pas en 1842. Charles Levavasseur fut donc un \u00e9lu du suffrage censitaire, c&rsquo;est \u00e0 dire des plus riches.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Charles Levavasseur, <em>L\u2019esclavage de la race noire dans les colonies fran\u00e7aises<\/em>, page 12<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Charles Levavasseur, page 12 et 13.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Arthur de Gobineau, <em>Essai sur l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des races humaines<strong>, <\/strong><\/em>paru en 1853 pour la premi\u00e8re \u00e9dition, partielle, visant \u00e0 \u00e9tablir les diff\u00e9rences s\u00e9parant les diff\u00e9rentes races humaines. Il est \u00e9dit\u00e9 en entier pour la premi\u00e8re fois en 1855.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Victor Sch\u0153lcher <em>Histoire de l&rsquo;esclavage pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es<\/em>, 1847, Gallica.fr<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Une p\u00e9tition sign\u00e9e par 7126 ouvriers parisiens r\u00e9clamant l\u2019abolition de l\u2019esclavage, auxquelles s\u2019ajoutent 1704 ouvriers lyonnais, port\u00e9e par les d\u00e9put\u00e9s Gasparin Ledru-Rollin et Tracy, conduit le gouvernement \u00e0 pr\u00e9senter une loi visant \u00e0 humaniser l\u2019esclavage sous pr\u00e9texte de pr\u00e9parer son abolition. Il assurait notamment aux esclaves un p\u00e9cule, et le droit de se racheter (loi qui fut promulgu\u00e9e les 18 et 19 juillet 1845).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Charles Levavasseur, <em>La question coloniale<\/em>, page 73.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Ibid, page 82<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Gallica.fr<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Journal <em>Les Antilles<\/em> du 2 d\u00e9cembre 1848, Gallica.fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2023, la condamnation unanime de l\u2019esclavage se double d\u2019un travail d\u2019oubli de ceux qui se sont d\u00e9men\u00e9s pour emp\u00eacher les abolitions de l\u2019esclavage, puis pour indemniser les anciens propri\u00e9taires d\u2019esclaves \u00e0 la suite du vite de l\u2019abolition. 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