{"id":1529,"date":"2024-12-19T10:47:32","date_gmt":"2024-12-19T09:47:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/?p=1529"},"modified":"2024-12-20T19:54:12","modified_gmt":"2024-12-20T18:54:12","slug":"1825-insurrection-au-houlme-un-jeune-ouvrier-guillotine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2024\/12\/19\/1825-insurrection-au-houlme-un-jeune-ouvrier-guillotine\/","title":{"rendered":"1825\u00a0: insurrection au Houlme; un jeune ouvrier guillotin\u00e9."},"content":{"rendered":"<div class=\"fblike_button\" style=\"margin: 10px 0;\"><iframe src=\"http:\/\/www.facebook.com\/plugins\/like.php?href=https%3A%2F%2Fwww.gillespichavant.com%2Fblog%2F2024%2F12%2F19%2F1825-insurrection-au-houlme-un-jeune-ouvrier-guillotine%2F&amp;layout=standard&amp;show_faces=false&amp;width=450&amp;action=like&amp;colorscheme=light\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" allowTransparency=\"true\" style=\"border:none; overflow:hidden; width:450px; height:25px\"><\/iframe><\/div>\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"766\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-1024x766.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1540\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-1024x766.jpg 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-300x224.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-768x574.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-1536x1149.jpg 1536w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-260x194.jpg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b-1336x999.jpg 1336w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Trouble_Houlme_MG-b.jpg 1575w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u00a0<em>L\u2019augmentation ou le livret<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: une coalition et sa r\u00e9pression dans les vall\u00e9es du Cailly et de l\u2019Austreberthe (Seine-Inf\u00e9rieure, Seine-Maritime).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par Gilles Pichavant<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>(<em>\u00c9tude publi\u00e9e en avril 2022, dans Le Fil Rouge n\u00b075, la revue de <a href=\"https:\/\/ihscgt76.fr\/\">l&rsquo;Institut CGT d&rsquo;Histoire sociale de Seine-Maritime<\/a><\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p><em>Au d\u00e9but juillet 1825, pr\u00e9textant une baisse de la vente du coton, les manufacturiers provoquent une baisse des salaires de 10%<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>. Cette baisse, intervenant apr\u00e8s d\u2019autres va conduire \u00e0 une mobilisation et une action de masse sans pr\u00e9c\u00e9dent dans les vall\u00e9es de Barentin et de Maromme. Les ouvriers fileurs vont s\u2019organiser dans la clandestinit\u00e9 pour contester la dictature patronale des filateurs, pour obtenir l\u2019annulation de la baisse. La r\u00e9sistance acharn\u00e9e et l\u2019attitude provocatrice de Jacques Levavasseur, patron filateur, s\u2019appuyant sur la force arm\u00e9e, va porter la tension \u00e0 son comble, jusqu\u2019\u00e0 provoquer des \u00e9meutes au Houlme, les 6 et 8 ao\u00fbt 1825.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les troubles du Houlme, affaire aujourd\u2019hui m\u00e9connue, a pourtant longtemps \u00e9t\u00e9 gard\u00e9e en m\u00e9moire chez les militants ouvriers, car elle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la terrible condamnation \u00e0 mort et l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un jeune fileur, Jules Roustel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avant d\u2019\u00eatre oubli\u00e9e au tournant des ann\u00e9es 70 du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, cette insurrection servit longtemps d\u2019exemple dans les formations syndicales CGT en Seine-Maritime pour montrer que de tout temps les exploit\u00e9s avaient cherch\u00e9 \u00e0 se rassembler et \u00e0 s\u2019organiser pour se d\u00e9fendre. On en trouve trace notamment dans les conf\u00e9rences que pronon\u00e7ait Fernand Legagneux<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a>, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UD CGT avant la 2<sup>e<\/sup> guerre mondiale et apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, qui s\u2019en servait pour montrer l\u2019importance de la libert\u00e9 syndicale et du droit de gr\u00e8ve, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de tout faire pour les pr\u00e9server.<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La R\u00e9volution industrielle et ses effets<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les environs de Rouen, notamment les vall\u00e9es du Cailly (Maromme) et de l\u2019Austreberthe (Barentin), constituent l\u2019une de ces r\u00e9gions dans lesquelles, d\u00e8s la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, s\u2019implante une industrie de la filature de coton, utilisant une premi\u00e8re accumulation capitalistique constitu\u00e9e sur les profits accumul\u00e9s dans le commerce triangulaire (la traite des esclaves). Car les machines \u00e0 filer \u2014 les mules-jennys \u2014 et tout l\u2019appareillage n\u00e9cessaire pour les faire fonctionner ainsi que les machines \u00e0 carder, n\u00e9cessite un lourd investissement, hors de port\u00e9e du petit artisan.<\/p>\n\n\n\n<p>Attention,&nbsp;il s\u2019agit de filature et non de tissage&nbsp;! Ce n\u2019est pas le m\u00eame m\u00e9tier&nbsp;! Le tissage reste encore, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, largement le fait de milliers d\u2019artisans. La filature est d\u00e9j\u00e0 une industrie. Elle intervient en amont du tissage. Celle-ci a pour but de transformer un filament textile de quelque origine qu\u2019il soit en fil. Dans les vall\u00e9es du Cailly et de l\u2019Austreberthe on transforme le coton import\u00e9 par bateaux d\u2019Am\u00e9rique du nord sous forme de ballots. Pour cela on utilise une s\u00e9rie de proc\u00e9d\u00e9s dont le premier, le filage m\u00e9canique, est invent\u00e9 en 1764 par l\u2019anglais James Hargreaves. Ces proc\u00e9d\u00e9s sont ensuite d\u00e9velopp\u00e9s et industrialis\u00e9s par d\u2019autres anglais Richard Arkwright (1775) et Samuel Crompton (1779). Ceux-ci d\u00e9coupent en une s\u00e9rie d\u2019op\u00e9rations faites par des machines, le travail fait initialement \u00e0 la main, depuis la nuit des temps, par des femmes appel\u00e9es les fileuses. Le filage du coton est d\u00e9j\u00e0 une industrie d\u2019une rare efficacit\u00e9, ses machines \u00e9tant anim\u00e9es par un moteur hydraulique (une roue de moulin)<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Elles re\u00e7oivent la puissance m\u00e9canique \u00e0 l\u2019aide d\u2019engrenages et de courroies qui courent \u00e0 tous les \u00e9tages de l\u2019\u00e9tablissement. Successivement, \u00e0 l\u2019aide de ces machines, autour desquelles s\u2019activent ouvriers, ouvri\u00e8res et enfants, la filature nettoie le coton (battage), aligne les fibres (cardage, peignage), \u00e9tire les m\u00e8ches produites (\u00e9tirage, doublage), tords les m\u00e8ches pour en faire du fil, et les regroupe en \u00e9cheveaux pour les livrer \u00e0 la vente. &nbsp;La filature, c\u2019est l\u2019origine m\u00eame de la r\u00e9volution industrielle.<\/p>\n\n\n\n<p>La Restauration est une p\u00e9riode de grande prosp\u00e9rit\u00e9 pour cette industrie. Les fabriques se font si nombreuses sur les rivi\u00e8res qu\u2019une r\u00e8glementation devient n\u00e9cessaire. Une ordonnance royale du 21 ao\u00fbt 1822 cr\u00e9e une commission syndicale qui en charg\u00e9e de r\u00e9glementer le curage, l\u2019installation de syst\u00e8mes de vannes, des litiges entre propri\u00e9taires, etc. En 1823 par exemple, si les moulins \u00e0 eau sont encore nombreux dans la vall\u00e9e du Cailly<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> (27 moulins \u00e0 bl\u00e9s, 25 moulins&nbsp; \u00e0 papier, 10 moulins \u00e0 alizarine<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> et \u00e0 indigo<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>), et on y d\u00e9nombre aussi 43 filatures de coton (soit plus du tiers de la Seine-Inf\u00e9rieure), 13 imprimeries de toiles peintes et 17 teintureries.<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres cours d\u2019eau que le Cailly, sont utilis\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re d\u00e8s qu\u2019ils disposent d\u2019un d\u00e9bit suffisant&nbsp;: \u00e0 l\u2019ouest, l\u2019Austreberthe<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> (Barentin, Pavilly), et, plus loin, la rivi\u00e8re de Bolbec&nbsp;; \u00e0 l\u2019est, l\u2019Andelle ou l\u2019Eure&nbsp;; Dans le nord du D\u00e9partement, la Saane, Scie, la Varenne, etc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parlons travail et m\u00e9tier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/2013-07-15-MuleJenny_Musee-de-Langogne-photo-GP.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/2013-07-15-MuleJenny_Musee-de-Langogne-photo-GP.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1550\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/2013-07-15-MuleJenny_Musee-de-Langogne-photo-GP.jpg 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/2013-07-15-MuleJenny_Musee-de-Langogne-photo-GP-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/2013-07-15-MuleJenny_Musee-de-Langogne-photo-GP-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/2013-07-15-MuleJenny_Musee-de-Langogne-photo-GP-260x195.jpg 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Mule-Jenny, achet\u00e9e en Seine-Inf\u00e9rieure en 1825, toujours en fonctionnement au Mus\u00e9e de Langogne<\/em> <em>(Loz\u00e8re)<\/em> <em>(photo \u00a9 Gilles Pichavant, 2013)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour la bourgeoisie, la filature du coton est une source d\u2019enrichissement rapide, \u00e0 condition d\u2019avoir un fort capital initial et \u00ab\u00a0les reins solides\u00a0\u00bb. Nous verrons plus tard comment la d\u00e9faillance des uns fait la fortune des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers, eux, y trouvent de l\u2019ouvrage, et des centaines d\u2019hommes, femmes et enfants, se rendent quotidiennement vers les usines pour une longue journ\u00e9e de travail de 14 heures au moins, sous une discipline rigoureuse. Le fileur est g\u00e9n\u00e9ralement bien pay\u00e9, de deux \u00e0 peut-\u00eatre trois fois le salaire d\u2019un ouvrier d\u2019une autre corporation. \u00c0 cette \u00e9poque, \u00eatre fileur c\u2019est faire partie d\u2019une sorte d\u2019aristocratie ouvri\u00e8re&nbsp;; c\u2019est disposer d\u2019un savoir-faire sp\u00e9cifique et recherch\u00e9, celui de faire fonctionner les mules-jennys<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a> qui permettaient de filer incomparablement plus et plus vite que les fileuses \u00e0 rouet du XVIIIe si\u00e8cle. \u00c0 cette \u00e9poque, le m\u00e9tier de fileur n\u2019est pas r\u00e9ellement menac\u00e9 par le d\u00e9ploiement dans les grands \u00e9tablissements de machines fileuses automatiques \u2014 les continus Conduites par des femmes, celles-ci sont plus lourdes, plus complexes et plus ch\u00e8res \u00e0 l\u2019achat. Elles &nbsp;sont, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, essentiellement utilis\u00e9es pour la production de fils de trame pour le tissage, le filage \u00ab&nbsp;en fin&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;en doux&nbsp;\u00bb restant l\u2019apanage des fileurs. Ce n\u2019est qu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1830 que le m\u00e9tier de fileur sera condamn\u00e9 par l\u2019introduction de syst\u00e8mes automatiques sur les mules-jennys, appel\u00e9s \u00ab&nbsp;self-acting&nbsp;\u00bb. Ces m\u00e9canismes remplaceront les fileurs en une d\u00e9cennie. Il restera alors devant ces machines essentiellement les rattacheurs, tr\u00e8s jeunes ouvriers et ouvri\u00e8res surexploit\u00e9s et sous-pay\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9tier de fileur, \u00e0 quelques rares exceptions, est un m\u00e9tier essentiellement masculin. Le fileur en doux conduit seul un B\u00e9ly<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, de 80 \u00e0 150 broches ou fusettes. Le fileur en fin, lui, conduit deux larges mules-jennys dispos\u00e9es face \u00e0 face de 260 broches<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, soit 520 broches au total. Il commence \u00e0 exister \u00e0 l\u2019\u00e9poque des m\u00e9tiers de 360 broches, soit 720 broches au total. Le fleur est aid\u00e9 par un rattacheur, un enfant, charg\u00e9 de renouer les fils cass\u00e9s. Pendant que la premi\u00e8re machine fabrique automatiquement son aiguill\u00e9e en faisant avancer automatiquement son lourd chariot sur environ un m\u00e8tre<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> et tourner les broches d\u2019au moins 400 tours, le fileur repousse manuellement le charriot de la seconde machine \u00e0 son point de d\u00e9part, en surveillant le bon bobinage des fils sur les broches. Puis il se retourne pour faire la m\u00eame chose sur la premi\u00e8re machine, pendant que la seconde fabrique \u00e0 son tour, et automatiquement, son aiguill\u00e9e. Et, avec son aide, il nettoie les m\u00e9canismes au moins quatre fois par jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Un fileur fait souvent embaucher toute sa famille \u00e0 la filature, et celle-ci en vit bien. Les femmes sont employ\u00e9es aux cardes<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> et aux continus, et touchent la moiti\u00e9 du salaire d\u2019un fileur. Les enfants sont utilis\u00e9s comme rattacheurs pour le filage en fin, ou \u00e0 la pr\u00e9paration du coton. Ils touchent le quart d\u2019un salaire de fileur. Mais malgr\u00e9 une l\u00e9gislation impitoyable \u2014 loi Le Chapelier<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> \u2014 et de bons salaires, les rapports salari\u00e9s et patrons n\u2019en sont pas pour autant calmes. Les conflits port\u00e9s n\u2019en sont pas moins nombreux&nbsp;: dans la 2<sup>\u00e8me<\/sup> d\u00e9cennie du si\u00e8cle il est port\u00e9 annuellement devant les prud\u2019hommes, seize \u00e0 dix-sept cents contestations<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Dans la 3<sup>e<\/sup> et la 4<sup>e<\/sup> d\u00e9cennie le patronat, s\u2019appuyant sur les progr\u00e8s techniques, s\u2019attachera \u00e0 faire baisser les salaires des hommes, si bien qu\u2019\u00e0 la veille de la r\u00e9volution de 1848, leurs salaires auront \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9s au niveau de ceux des autres corporations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le livret ouvrier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"672\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-672x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1542\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-672x1024.jpg 672w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-197x300.jpg 197w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-768x1171.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-1008x1536.jpg 1008w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-260x396.jpg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier-655x999.jpg 655w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/10-M-330-Livertt-douvrier.jpg 1205w\" sizes=\"auto, (max-width: 672px) 100vw, 672px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Apr\u00e8s la R\u00e9volution de 1830, le pouvoir relance de Livret ouvrier (Archives d\u00e9partementales de Seine Maritime, cote 10M330)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le livret ouvrier joue un r\u00f4le important dans l\u2019affaire du Houlme. C\u2019est un document officiel que doit poss\u00e9der, \u00e0 cette \u00e9poque, chaque ouvrier. Il est cr\u00e9\u00e9 par Napol\u00e9on Bonaparte en 1803, et sera g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 par Napol\u00e9on III en 1854. Son usage d\u00e9clinera \u00e0 partir de 1890 pour s&rsquo;\u00e9teindre au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le livret permet, notamment, le contr\u00f4le des horaires et des d\u00e9placements des ouvriers par les autorit\u00e9s, auxquelles il doit \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 de multiples occasions. \u00ab&nbsp;<em>Article 3. L\u2019ouvrier sera tenu de faire viser son dernier cong\u00e9 par le maire ou son adjoint, et de faire indiquer le lieu o\u00f9 il se propose de se rendre. Tout ouvrier qui voyagerait sans \u00eatre muni d\u2019un livret ainsi vis\u00e9 sera r\u00e9put\u00e9 vagabond, et pourra \u00eatre arr\u00eat\u00e9 et puni comme tel.<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le patron garde le livret pendant tout le temps o\u00f9 l&rsquo;ouvrier travaille chez lui. L&rsquo;ouvrier ne peut donc pas quitter librement son emploi. \u00ab&nbsp;R\u00e9clamer son livret&nbsp;\u00bb prend donc le sens de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;demander son compte&nbsp;\u00bb ou d\u00e9missionner.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livret doit \u00eatre rempli par le patron avant le d\u00e9part de l\u2019entreprise. \u00ab&nbsp;<em>Article 4. Tout manufacturier, entrepreneur et g\u00e9n\u00e9ralement toutes personnes employant des ouvriers, seront tenus, quand ces ouvriers sortiront de chez eux, d\u2019inscrire sur leurs livrets un cong\u00e9 portant acquit de leurs engagements, s\u2019ils les ont remplis. Les cong\u00e9s seront inscrits sans lacune, \u00e0 la suite les uns des autres&nbsp;; ils \u00e9nonceront le jour de la sortie de l\u2019ouvrier<\/em>. \u00bb<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le livret donne donc au patron un pouvoir consid\u00e9rable sur ses ouvriers, de m\u00eame qu\u2019il permet aux autorit\u00e9s \u2014 les maires \u2014 qui les visent, de surveiller cette classe consid\u00e9r\u00e9e comme dangereuse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lutte de classes dans les filatures<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1823, d\u00e9j\u00e0, on a la trace de mouvements sociaux dans les filatures de la r\u00e9gion. Les manufacturiers, pr\u00e9textant une baisse du prix du coton fil\u00e9, r\u00e9duisent les salaires. A Barentin le 10 novembre plus de cinquante ouvriers cessent le travail, et le 11, ils manifestent en ville, en faisant le tour des manufactures pour faire arr\u00eater le travail dans les autres filatures.<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> Le maire de Barentin en informe tardivement le pr\u00e9fet, qui lui r\u00e9pond que si l\u2019affaire se poursuivait, il \u00ab&nbsp;<em>serait du devoir de l\u2019autorit\u00e9 locale de dresser proc\u00e8s&nbsp; verbal, en les traduisant ensuite devant le tribunal de police correctionnelle pour l\u2019application de l\u2019article 415 du code p\u00e9nal<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><strong>[20]<\/strong><\/a><\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp; Quelques jours plus tard le maire lui \u00e9crit que tout \u00e9tait rentr\u00e9 dans l\u2019ordre, sans qu\u2019il n\u2019ait eu besoin de dresser proc\u00e8s verbal. On n\u2019en sait pas plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la gr\u00e8ve comme l\u2019association sont des d\u00e9lits. Le mot gr\u00e8ve n\u2019existe d\u2019ailleurs pas encore. On appelle \u00ab&nbsp;coalition&nbsp;\u00bb cet ensemble indissoci\u00e9, que forment organisation collective et arr\u00eat de travail. Les contrevenants encourent des poursuites en correctionnelle et des condamnations \u00e0 de la prison.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers et les ouvri\u00e8res, adultes comme enfants, n\u2019acceptent \u00e9videmment pas les baisses de salaire. Lorsque cela arrive, les plus hardis profitent de la paie, qui a lieu un samedi toutes les quinzaines, pour manifester leur m\u00e9contentement et r\u00e9clamer de l\u2019augmentation. Ceux qui ne sont pas en charge de famille demandent qu\u2019on leur rende leur livret, et s\u2019en vont chercher \u00e0 se faire embaucher ailleurs. Car le savoir-faire d\u2019un fileur est tr\u00e8s recherch\u00e9, et l\u2019on retrouve facilement du travail. Ce faisant, les fileurs se rencontrent et font connaissance avec nouveaux compagnons de travail, tout en gardant des contacts avec les anciens, avec qui ils ont pass\u00e9 souvent plusieurs ann\u00e9es de labeur. De nombreux ouvriers qui travaillent dans la r\u00e9gion sont originaires de l\u2019agglom\u00e9ration rouennaise. Ils y retournent le samedi soir car leurs familles habitent les faubourgs. La semaine, ils sont log\u00e9s dans des auberges, o\u00f9 ils vivent avec d\u2019autres fileurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on n\u2019a pas le droit de se coaliser, on se concerte entre ouvriers. On \u00e9change dans les ateliers, en \u00e9vitant d\u2019en dire trop en pr\u00e9sence des contrema\u00eetres. On discute au caf\u00e9 ou dans les auberges, et \u00e9videmment en famille, car il n\u2019est pas rare de trouver des fr\u00e8res, des beaux-fr\u00e8res ou des cousins dans le m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019organisation de la r\u00e9sistance et la caisse de solidarit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"991\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2-991x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1546\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2-991x1024.jpg 991w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2-290x300.jpg 290w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2-768x793.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2-260x269.jpg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2-967x999.jpg 967w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Carte-des-vallees-du-Cailly-et-de-lAustrebertthe-Gallica-2.jpg 1422w\" sizes=\"auto, (max-width: 991px) 100vw, 991px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but juillet 1825, les patrons baissent \u00e0 nouveau les salaires. L\u2019annonce est faite 2 juillet \u00e0 ses ouvriers par Pierre d\u2019Arpontigny, filateur \u00e0 Bondeville<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Un ouvrier, Louis Berson, demande son livret, alors que les 15 autres fileurs ne disent rien, mais ils sont tous m\u00e9contents. Le patron se d\u00e9clare pr\u00eat \u00e0 le lui rendre, mais pr\u00e9texte que Berson lui doit encore, selon la coutume, une quinzaine de travail. Celui-ci se dit pr\u00eat \u00e0 faire sa quinzaine, mais au tarif pr\u00e9c\u00e9dent, ce que refuse le patron qui pr\u00e9tend le payer au nouveau tarif. L\u2019on se quitte l\u00e0-dessus, mais Berson, accompagn\u00e9 de plusieurs fileurs se rend chez le maire, qui, peut-\u00eatre peu au fait de la l\u00e9gislation, lui conseille de retourner voir le patron. Oui car d\u00e9j\u00e0 il s\u2019agit, au terme de la loi, d\u2019une coalition, puisque les fileurs se sont concert\u00e9s et se sont rendus en groupe chez le maire. La d\u00e9marche des fileurs est donc d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lundi, fort de l\u2019appui du maire, Berson vient chercher son livret accompagn\u00e9 de plusieurs autres qui n\u2019avaient rien dit le samedi, mais qui demandent \u00e0 leur tour leur livret. Le patron c\u00e8de, et ils quittent la filature. C\u2019est la premi\u00e8re manifestation de la coalition en formation.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s leur visite chez le maire, les fileurs se sont vraisemblablement organis\u00e9s. Ils ont d\u00fb se r\u00e9unir le dimanche, puisque la paie a lieu le samedi. Ils ont vraisemblablement rencontr\u00e9 aussi des fileurs de la vall\u00e9e de Pavilly, puisque, nous allons le voir, Berson a un beau-fr\u00e8re qui y travaille. Tous ont compris que la richesse de leur patron vient de la mise en \u0153uvre de leur savoir-faire sur les machines. Ils ont compris que si un grand nombre de machines de tournent pas, le profit de leur employeur va \u00eatre atteint, or celui-ci s\u2019est souvent endett\u00e9 pour les acqu\u00e9rir. Pour faire pression sur le patron, ils n\u2019ont qu\u2019un moyen&nbsp;: demander leur livret&nbsp;; mais cela ne veut pas dire qu\u2019ils veulent r\u00e9ellement quitter l\u2019entreprise. Pour obliger le patron \u00e0 transiger, parall\u00e8lement \u00e0 leur d\u00e9part, ils s\u2019organisent pour emp\u00eacher d\u2019autres fileurs au ch\u00f4mage de venir s\u2019embaucher \u00e0 leur place. Et pour passer le cap des quelques jours qu\u2019ils estiment n\u00e9cessaires \u00e0 faire c\u00e9der le patron, ils cr\u00e9ent une caisse de solidarit\u00e9 qui servira \u00e0 pallier \u00e0 leur perte de revenu. Et la particularit\u00e9 de la caisse de 1825, c\u2019est qu\u2019elle a vocation \u00e0 venir en aide aux fileurs des deux vall\u00e9es qui, dans une d\u00e9marche collective et non plus individuelle, auraient demand\u00e9 leur livret. Cependant l\u2019impatience est l\u00e0 puisque quelques jours apr\u00e8s avoir demand\u00e9 les livrets, des pierres sont jet\u00e9es sur les vitres de la filature de Bondeville.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation se construit dans la discr\u00e9tion et le secret, m\u00eame si les participants aux rencontres se font de plus en plus nombreux, car le risque de poursuites est grand. Le bouche \u00e0 oreille fonctionne, et, progressivement, dans chaque filature des deux vall\u00e9es (Pavilly, Maromme) on choisit parmi les ouvriers quelqu\u2019un qui sait lire et \u00e9crire, que l\u2019on d\u00e9signe comme caissier, et on organise r\u00e9guli\u00e8rement et relativement discr\u00e8tement des qu\u00eates parmi le personnel. C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8leront les interrogatoires de l\u2019enqu\u00eate qui sera diligent\u00e9e apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements du Houlme, un mois plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Nicolas Tellier, cafetier \u00e0 Notre-Dame-de-Bondeville t\u00e9moigne que \u00ab&nbsp;<em>Le 16 juillet dernier, 3 ou 400 ouvriers sont venus chez moi, mais je n\u2019en connus aucun, except\u00e9 Coudray. Ils d\u00e9pos\u00e8rent chacun 20 sols aux mains de Coudray. Je crois cependant que la qu\u00eate de s\u2019\u00e9leva qu\u2019\u00e0 140 sols. Gu\u00e9roult f\u00fbt d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 pour toucher cette qu\u00eate<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ad\u00e8le Doisy, m\u00e9canicienne chez Levavasseur au Houlme, t\u00e9moigne que le samedi 30 juillet&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de la qu\u00eate qui se faisait parmi les ouvriers fileurs travaillant \u00e0 la filature de M. Levavasseur au Houlme, \u00e0 l\u2019effet de former une masse pour alimenter les ouvriers pendant le temps de la cessation de leurs travaux<\/em>. (\u2026) <em>Dans l\u2019atelier des Cardes, c\u2019\u00e9tait la nomm\u00e9e Rouet, femme de Jean Harel, m\u00e9canicienne au Houlme, qui excitait les femmes \u00e0 cotiser, en disant que celles qui ne donneraient pas, et qui se pr\u00e9senteraient pour travailler lundi, passeraient par les mains des autres<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Ad\u00e8le Doisy, dont le mari \u00e9tait contremaitre, refusa de cotiser, et se fera harceler jusqu\u2019\u00e0 son domicile par ses coll\u00e8gues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Marie Th\u00e9r\u00e8se Fran\u00e7oise Pr\u00e9vost, m\u00e9canicienne, au Houlme t\u00e9moigne qu\u2019en descendant de la paye, a \u00ab&nbsp;<em>aper\u00e7u Poullain, d\u00e9boureur de cardes \u00e0 la fabrique de M. Levavasseur, qui tenait \u00e0 sa main une petite liste sur laquelle il inscrivait ceux qui payaient 10 sols, somme que chacun \u00e9tait par lui invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser pour venir au secours des ouvriers pendant qu\u2019ils ne travailleraient pas<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Martin Fr\u00e9val, fileur au Houlme, mais absent le jour de la paye t\u00e9moigne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le dimanche \u00e0 cinq heures du matin, Desparrois le jeune est venu chez moi et m\u2019a demand\u00e9 \u00e0 parler \u00e0 mon gendre. Je l\u2019ai accompagn\u00e9 chez ce dernier, et, par l\u00e0, il nous a propos\u00e9 \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre de concourir \u00e0 une souscription ouverte entre les ouvriers pour secourir ceux qui n\u2019auraient pas d\u2019ouvrage. Il avait \u00e0 la main une liste sur laquelle il inscrivait ceux qui payaient. Mon gendre et moi lui avons donn\u00e9 chacun vingt sols. Ensuite, il s\u2019est retir\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sir\u00e9 Poulain, ouvrier \u00e0 l\u2019atelier de carderie de M. Levavasseur, est plus pr\u00e9cis&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les fileurs donnaient vingt sols, les ouvriers des cardes cinquante centimes, et les rattacheuses des continus cinquante centimes \u00e9galement. Les individus qui recevaient les sommes vers\u00e9es par les fileurs \u00e9taient les nomm\u00e9s Fouette et Desparrois ain\u00e9&nbsp;;&nbsp; moi-m\u00eame j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 attendu que je savais \u00e9crire pour percevoir la contribution de 50c par personnes dans les carderies&nbsp;; on invitait, mais on ne for\u00e7ait point \u00e0 donner<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fileurs ont donc cr\u00e9\u00e9 une sorte un proto-syndicat, avec des sections dans chaque filature, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le syndicat n\u2019existait pas. Pour faire face \u00e0 la puissance patronale, ils ont compris qu\u2019il fallait r\u00e9unir les moyens financiers de la lutte, et il est donc demand\u00e9 fermement \u00e0 tout fileur, cardeur ou cardeuse, rattacheur, etc. de cotiser dans la discr\u00e9tion. Le tarif semble donc \u00eatre de 1 franc pour les fileurs, entre 50 centimes pour ouvriers et les ouvri\u00e8res des cardes, et 25 centimes pour les enfants. Les animateurs de la coalition se voient r\u00e9guli\u00e8rement, et s\u2019\u00e9quipent en achetant notamment du papier. Le dimanche, \u00e0 plusieurs reprises, des r\u00e9unions plus larges, regroupant les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des filatures se r\u00e9unissent dans des endroits discrets (les bois), o\u00f9 des \u00e9tablissements tenus par des \u00e9pouses de fileurs r\u00e9put\u00e9s s\u00fbrs, comme par exemple chez Amable Ancel, le caf\u00e9 du Roc<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>, \u00e0 Pavilly.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019invention du tract.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"730\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-1024x730.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1547\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-1024x730.jpg 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-768x547.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-1536x1095.jpg 1536w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-260x185.jpg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263-1401x999.jpg 1401w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Lettre-anonyme-2U263.jpg 1992w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Lettre anonyme invitant les fileurs \u00e0 revendiquer le maintien du tarif (Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est le cas le Samedi 30 juillet au soir, des ouvriers de diverses filatures, non seulement de Pavilly et Barentin, mais de la vall\u00e9e du Cailly, se r\u00e9unissent dans un endroit isol\u00e9, \u00e0 proximit\u00e9 de Pavilly. \u00ab&nbsp;<em>On a tenu des conciliabules. On a arr\u00eat\u00e9 que le lundi aucune filature ne marcherait et qu\u2019il fallait forcer tous les filateurs \u00e0 une augmentation.<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><em><strong>[25]<\/strong><\/em><\/a> Cette r\u00e9union va permettre une action concert\u00e9e qui va aller crescendo durant la semaine suivante, qui va conduire les filateurs, les uns apr\u00e8s les autres \u00e0 accorder de l\u2019augmentation, sauf les plus puissants qui seront les plus r\u00e9calcitrants.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de cette r\u00e9union, dont on trouve trace dans les interrogatoires, les ouvriers fileurs pr\u00e9sents prennent une s\u00e9rie de mesures d\u2019organisation. La premi\u00e8re est l\u2019\u00e9criture d\u2019une ou plusieurs lettres aux ouvriers des diverses filatures, qui devront \u00eatre lues dans les ateliers. Amable Ancel, cabaretier, demeurant \u00e0 Pavilly t\u00e9moigne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le premier ao\u00fbt dernier, quatre vingt ouvriers environ vinrent chez moi prendre quelques pot de cidre. (\u2026) Je reconnus cependant Dubreuil, Duparc, Feutrier, et Morel. (\u2026) Morel monta sur une chaise devant ma porte et donna lecture d\u2019une lettre. Cette lettre disait qu\u2019il fallait que l\u2019on donna le prix convenu, que plusieurs filatures l\u2019avaient donn\u00e9, mais que plusieurs filateurs ne s\u2019y \u00e9taient pas conform\u00e9s, tels que le sieur Lemaitre, et aussi qu\u2019il fallait aller chez ce dernier. Qu\u2019au surplus, tout cela se d\u00e9ciderait \u00e0 la paye. Cette lecture fut suivie d\u2019applaudissements de la part des autres ouvriers. Morel avait \u00e9crit cette lettre chez moi. (\u2026)&nbsp;<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. En quelque sorte ils inventent le tract.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme une minorit\u00e9 d\u2019ouvriers savent lire, mais que les pr\u00e9sents \u00e0 la r\u00e9union connaissent bien leur milieu, on n\u2019envoie pas les lettres au hasard. On choisit par avance un ouvrier connu pour savoir lire \u00e0 qui l\u2019on apportera la lettre, et \u00e0 qui on demandera d\u2019en faire la lecture aux ouvriers de sa filature. Mais peut-\u00eatre celui qui re\u00e7oit la lettre est-il de m\u00e8che&nbsp;; peut-\u00eatre est-ce convenu entre les fileurs. Ainsi, Jean Pierre Binet, \u00e2g\u00e9 de 23 ans, fileur \u00e0 Barentin t\u00e9moigne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Un rattacheur que je ne connais pas apporta une lettre \u00e0 la fabrique. Ce rattacheur nous engagea \u00e0 demander de l\u2019augmentation et ajouta que ceux qui ne suivraient pas au Houlme seraient des clampins et pay\u00e9s de leur l\u00e2chet\u00e9. Cette lettre venait de chez M. Valougue, de Malaunay.<\/em>&nbsp;\u00bb. De m\u00eame Jean Alexandre, \u00e2g\u00e9 de 19 ans, fileur, demeurant Isnauville t\u00e9moigne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai entendu dire que Duparc avait apport\u00e9 une lettre chez le sieur Lefebvre. Cette lettre fut lue par une<\/em> <em>femme. (\u2026) <\/em>\u00bb. Il faut que le lecteur public puisse pr\u00e9tendre \u00e0 un \u00e9ventuel juge qu\u2019il ne connaissait pas le porteur de la lettre, et que ce n\u2019\u00e9tait que contraint et forc\u00e9 qu\u2019il l\u2019avait fait, car il \u00e9tait l\u2019un des rares de son atelier \u00e0 pouvoir le faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9but ao\u00fbt&nbsp;: au moins une semaine de mobilisations et d\u2019actions publiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9union de Pavilly fait entrer le mouvement social dans une nouvelle phase. Les d\u00e9cisions prises produisent un \u00e9largissement du mouvement \u00e0 l\u2019ensemble des \u00e9tablissements des deux vall\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lundi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt, vers six heures du matin, les ouvriers fileurs de chez Lemaitre, \u00e0 Pavilly, se rassemblent devant la filature. Ces ouvriers&nbsp; demandent en groupe de l\u2019augmentation mais ils ne l\u2019obtiennent pas. Le ton monte, des menaces sont prof\u00e9r\u00e9es, et l\u2019on arr\u00eate la rotation de la roue qui sert \u00e0 mouvoir les machines de la filature en baissant la vanne d\u2019arriv\u00e9e d\u2019eau. Le filateur se pr\u00e9cipite, et demande qui l\u2019a baiss\u00e9e. \u00ab&nbsp;C<em>\u2019est nous tous<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a> r\u00e9pondent-ils, et ils emp\u00eachent le patron de lever la vanne lui-m\u00eame. \u00ab&nbsp;<em>Tu ne travailleras pas si tu ne veux point nous accorder notre augmentation<\/em>&nbsp;\u00bb. (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>J\u2019envoyais chercher l\u2019autorit\u00e9 par quelqu\u2019un qui f\u00fbt arr\u00eat\u00e9 en route par les ouvriers. Le commissaire de police vint,&nbsp;et en sa pr\u00e9sence, ils se refus\u00e8rent \u00e0 ce qu\u2019on leva la vanne. Je fus oblig\u00e9 d\u2019accorder le centime d\u2019augmentation et ils applaudirent tous<\/em>&nbsp;\u00bb <a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, \u00ab&nbsp;<em>en bande<\/em>&nbsp;\u00bb \u2014 on dirait aujourd\u2019hui en manifestation \u2014 ils font le tour des autres filatures, et dans plusieurs d\u2019entre elles, \u00ab&nbsp;<em>ils parviennent \u00e0 d\u00e9baucher les ouvriers, et \u00e0 multiplier leur groupe<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Cinq \u00e0 six cents ouvriers coalis\u00e9s ont parcouru les filatures, ont forc\u00e9 tous les filateurs \u00e0 une augmentation, et m\u00eame ont forc\u00e9 la suspension des travaux pendant toute la journ\u00e9e. On a parcouru les rues avec des vocif\u00e9rations effrayantes. On a menac\u00e9 les uns de la potence, les autres de la destruction de leur \u00e9tablissement<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, \u00e9crit le juge de paix de Pavilly.<\/p>\n\n\n\n<p>Les patrons des filatures c\u00e8dent les uns apr\u00e8s les autres. Ils accordent progressivement les augmentations demand\u00e9es, pour que leurs ouvriers reprennent le travail. Cependant, on s\u2019attend avant de reprendre le travail. Les autorit\u00e9s, un moment prises au d\u00e9pourvu, interviennent, comme \u00e0 Pavilly&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>M. le Maire a envoy\u00e9 chercher la gendarmerie \u00e0 Barentin. Elle est venue de suite. M. le maire et son adjoint, d\u00e9cor\u00e9s de leurs \u00e9charpes,&nbsp; pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par un tambour et les gendarmes, ont parcouru nos rues et nos carrefours, et publi\u00e9s \u00e0 haute voix les articles 414,&nbsp;415 et 416 du Code p\u00e9nal. Quoi qu\u2019une grande partie des mutins fussent dissip\u00e9s, il en restait encore pour instruire les autres<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeudi 4 ao\u00fbt, les ouvriers fileurs de M. Levavasseur cessent \u00e0 leur tour de travailler \u00ab&nbsp;apr\u00e8s la pes\u00e9e&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire une fois le travail termin\u00e9. Les femmes de l\u2019atelier des cardes font de m\u00eame. Ils annoncent qu\u2019ils ne reprendront pas le travail avant que leur patron ne les augmente. Mais celui-ci refuse de le faire. Plus exactement, il accorde les augmentations \u00e0 l\u2019immense majorit\u00e9 des ouvriers et des ouvri\u00e8res mais refuse d\u2019augmenter les mieux pay\u00e9s, car il sait que ce sont les meneurs de la coalition. Mais au lieu d\u2019attendre son but, c&rsquo;est-\u00e0-dire punir les meneurs et les isoler des autres, les ouvriers se crispent et prennent cela pour ce que c\u2019est&nbsp;: une provocation. Car partout ailleurs les filateurs ont c\u00e9d\u00e9 sur toutes les revendications. D\u2019autre part, le Levavasseur refuse de d\u00e9livrer les livrets aux ouvriers qui les lui demandent. La gr\u00e8ve continue donc, et la solidarit\u00e9 des ouvriers des autres filatures va s\u2019exercer avec force.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Levavasseur, une puissance capitaliste \u00e0 lui tout seul.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la coalition se heurte \u00e0 une tr\u00e8s forte partie. Jacques Levavasseur n\u2019est pas un patron comme les autres. C\u2019est un grand patron, un patron de choc, et qui plus est, c\u2019est une tr\u00e8s grosse fortune. Il a compris \u00e0 qui il avait \u00e0 faire. Il conna\u00eet la loi. Il a des appuis. Il n\u2019est pas homme \u00e0 c\u00e9der. Il va tout faire pour briser la coalition, d\u2019autant qu\u2019il peut attendre, puisqu\u2019il poss\u00e8de une autre grosse filature dans la vall\u00e9e de l\u2019Andelle o\u00f9 tout est calme.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Levavasseur est n\u00e9 le&nbsp;23&nbsp;avril&nbsp;1767 \u00e0 Rouen, fils d\u2019un n\u00e9gociant de la rue du Gros-Horloge, pr\u00e9nomm\u00e9 comme lui, qui lui laisse en 1808 un consid\u00e9rable h\u00e9ritage de 146&nbsp;000 francs de biens \u00e0 Rouen, plus un domaine rural \u00e0 Sainte-Genevi\u00e8ve pr\u00e8s de T\u00f4tes. Comme le note Jean-Pierre Chaline dans son ouvrage <em>Les dynasties normandes<\/em>, il semble avoir beaucoup prosp\u00e9r\u00e9 sous l\u2019Empire, fort demandeur de fil pour la r\u00e9alisation des uniformes de la grande arm\u00e9e. Il est en 1809 sur la liste des \u00ab&nbsp;<em>n\u00e9gociants les plus distingu\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb de Seine-Inf\u00e9rieure, faisant le commerce des \u00ab&nbsp;<em>produits de manufactures et filatures<\/em>&nbsp;\u00bb. On note \u00e0 son sujet \u00ab&nbsp;<em>cr\u00e9dit illimit\u00e9, fortune toujours croissante&nbsp;<\/em>\u00bb. En 1812, l\u2019administration le d\u00e9crit comme \u00ab&nbsp; <em>n\u00e9gociant tr\u00e8s opulent, n\u2019ayant pas d\u2019autre consid\u00e9rations que celle que lui donne sa fortune<\/em>.<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>&nbsp;\u00bb Sous la restauration, il est plus florissant encore. En 1820, il paie l\u2019\u00e9norme imp\u00f4t \u2014 le cens \u2014 de 18&nbsp;077 francs, incluant une patente de 750 francs et 17&nbsp;000 francs d\u2019imp\u00f4t foncier, correspondant \u00e0 ses placements terriens consid\u00e9rables.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1811-07-25-Journal-de-Rouen-Folle-enchere-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"862\" height=\"582\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1811-07-25-Journal-de-Rouen-Folle-enchere-1.jpg\" alt=\"Annonce de la vente par folle ench\u00e8re de la filature du Houlme en construction; Extrait  du journal de Rouen du 25 juillet 1811.\" class=\"wp-image-1533\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1811-07-25-Journal-de-Rouen-Folle-enchere-1.jpg 862w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1811-07-25-Journal-de-Rouen-Folle-enchere-1-300x203.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1811-07-25-Journal-de-Rouen-Folle-enchere-1-768x519.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1811-07-25-Journal-de-Rouen-Folle-enchere-1-260x176.jpg 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 862px) 100vw, 862px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Annonce de la vente par \u00ab\u00a0folle ench\u00e8re\u00a0\u00bb de la filature du Houlme en construction; Extrait du journal de Rouen du 25 juillet 1811.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Jacques Levavasseur a cr\u00e9\u00e9 l\u2019\u00e9tablissement du Houlme en 1811, en achetant dans une ench\u00e8re publique une filature de 4600 broches<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, semble-t-il encore en construction, install\u00e9e \u00e0 la place d\u2019un moulin \u00e0 papier. Le domaine avait une surface de 35 hectares. La filature comportait plusieurs grands b\u00e2timents construits autour d\u2019une grande cour, dont l\u2019un de cinq \u00e9tages au bout duquel est install\u00e9e la grande roue motrice, avec un atelier de cardes au premier et au troisi\u00e8me \u00e9tage, et les m\u00e9tiers au deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me. Au rez-de-chauss\u00e9e \u00e9tait install\u00e9 un atelier de m\u00e9canique, peut-\u00eatre provisoire, servant \u00e0 la construction des machines et des engrenages. Il \u00e9tait \u00e9quip\u00e9 de plusieurs tours dont deux tours \u00ab\u00a0anglais\u00a0\u00bb \u00e0 m\u00e9taux. Un deuxi\u00e8me b\u00e2timent \u00e0 deux \u00e9tages, perpendiculaire au premier servait au stockage et \u00e0 la pr\u00e9paration du coton. Il\u00a0y avait encore une \u00e9curie pour 15 chevaux, une forge, et une maison de ma\u00eetre. En 1825 elle employait au moins 130 personnes. Le grand b\u00e2timent s\u2019ornera bient\u00f4t au fronton de son portail de ses armoiries de baron, car il r\u00e9ussira \u00e0 se faire attribuer les armes de son beau-p\u00e8re, Charles-Bernard Chapais de Marivaux, juge rouennais et noble de robe. Cette usine hydraulique sera plus tard compl\u00e9t\u00e9e d\u2019une machine \u00e0 vapeur. Son domicile \u00e9tant rue du Gros-Horloge \u00e0 Rouen, il a fait am\u00e9nager la maison de ma\u00eetre, o\u00f9 il loge tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement avec l\u2019un de ses fils, pour diriger l\u2019entreprise. Par ailleurs il poss\u00e8de cette autre grande filature de 4000 broches dans l\u2019Eure, \u00e0 Fontaine Gu\u00e9rard.<\/p>\n\n\n\n<p>Puissant industriel, Jacques Levavasseur d\u00e9veloppe aussi d\u2019importantes activit\u00e9s de n\u00e9goce et d\u2019armement naval. \u00ab&nbsp;<em>Les cotons employ\u00e9s par les filatures de Fontaine-Gu\u00e9rard<\/em> \u2013 et donc aussi du Houlme \u2013 <em>venaient d\u2019Am\u00e9rique par ses propres navires, qui exportaient les produits de Rouen <\/em>(\u2026) <em>Il avait \u00e0 son d\u00e9c\u00e8s 30 navires faisant les voyages au long cours, dont un tiers \u00e9tait employ\u00e9s \u00e0 la p\u00eache \u00e0 la baleine.<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>. \u00ab&nbsp;<em>De quoi<\/em>&nbsp;\u00bb, note Jean-Pierre Chaline, \u00ab&nbsp;<em>jouer sur plusieurs tableaux et, contr\u00f4lant ses approvisionnements, sp\u00e9culer fructueusement sur les cours du coton<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les \u00e9v\u00e9nements qui vont suivre, Jacques Levavasseur est toujours accompagn\u00e9 d\u2019un de ses fils, vraisemblablement Charles, le cadet, qui plus tard reprit la direction des filatures du Houlme et de Fontaine-G\u00e9rard. Celui-ci se fera \u00e9lire d\u00e9put\u00e9 de Dieppe en 1842, puis de Rouen, en 1846. Il se fera conna\u00eetre en devenant l\u2019opposant principal de Victor Sch\u0153lcher et de l\u2019abolition de l\u2019esclavage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les troubles du samedi 6 ao\u00fbt 1825 au Houlme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers de sa filature se mettent en gr\u00e8ve le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt. Le 4 ao\u00fbt, Jacques Levavasseur acc\u00e8de \u00e0 une grande partie de leurs demandes, mais refuse d\u2019augmenter les ouvriers qu\u2019il a rep\u00e9r\u00e9 comme des meneurs. Le 5, il porte plainte contre eux aupr\u00e8s du procureur pour les faire arr\u00eater et condamner pour d\u00e9lit de coalition. Il s\u2019agit de Deperrois jeune, Fouette jeune, Godalier, Dieul, Duval, Baillif, Hauchecorne, et Hurel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pressentant des difficult\u00e9s au moment du versement de la paie de la quinzaine, Jacques Levavasseur a demand\u00e9 au pr\u00e9fet un renfort de gendarmerie. Huit gendarmes \u00e0 cheval sont envoy\u00e9s au Houlme. Ils s\u2019installent dans la cour de la filature le samedi 6 ao\u00fbt. En effet, si les fileurs ont cess\u00e9 le travail, on leur doit le prix de leur travail au moins pour une semaine enti\u00e8re, et le d\u00e9but de la 2<sup>e<\/sup> semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est vers quatre heures de l\u2019apr\u00e8s-midi que les ouvriers des filatures de toute la r\u00e9gion qui sont venus \u00e0 pied de 10 km \u00e0 la ronde, se rassemblent devant la filature de Levavasseur le samedi 6 ao\u00fbt, pour soutenir ses ouvriers. Voyant 2 \u00e0 300 personnes attroup\u00e9es devant la barri\u00e8re, le brigadier de gendarmerie sort de la manufacture, seul et \u00e0 pied, et tente de discuter avec eux. Il leur demande de se retirer et de se disperser, ce qu\u2019ils refusent de faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le brigadier revient alors dans la cour. Il donne l\u2019ordre \u00e0 ses gendarmes de monter \u00e0 cheval, et les fait se ranger en ligne devant la barri\u00e8re. Le brigadier s\u2019avance alors, toujours seul, mais cette fois-ci \u00e0 cheval, et somme les manifestants, au nom de la loi, de se disperser. Les ouvriers dont le nombre continue de cro\u00eetre refusent de bouger en disant que rien ne pourrait les forcer \u00e0 s\u2019\u00e9loigner.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors le brigadier fait faire mouvement au petit peloton qui charge au petit trot, \u00e0 plusieurs reprises, le sabre dans le fourreau. La col\u00e8re monte chez les manifestants, et une gr\u00eale de pierres assaille bient\u00f4t les gendarmes. Ceux-ci sortent leurs sabres des fourreaux et foncent dans la foule, sabre au clair, frappant avec le plat de la lame ceux qui ne s\u2019\u00e9cartent pas assez rapidement. La manifestation qui s\u2019est transform\u00e9e en \u00e9meute se disperse temporairement. Dans l\u2019affrontement, un ouvrier est bless\u00e9 au cot\u00e9, puis \u00e0 la main par deux coups de sabre. Il aurait tent\u00e9 de porter un coup de couteau dans le ventre d\u2019un cheval. Le gendarme qui suivait le premier, lui a port\u00e9 un coup de pointe de sabre dans le cot\u00e9 gauche, puis un autre sur la main qui portait le couteau. Dans l\u2019action, les gendarmes arr\u00eatent six manifestants qui sont encha\u00een\u00e9s dans les locaux de la filature.<\/p>\n\n\n\n<p>Une centaine d\u2019ouvriers environ se portent en avant pour tenter de les lib\u00e9rer, et l\u2019affaire menace de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer un peu plus. Aussit\u00f4t, M. Adeline, le maire de la commune du Houlme, s\u2019interpose. Il se pr\u00e9sente aux gendarmes, par\u00e9 de son \u00e9charpe officielle, et n\u00e9gocie avec eux la remise en libert\u00e9 des six prisonniers, en leur expliquant que \u00ab&nbsp;<em>c\u2019\u00e9tait le seul moyen de dissiper la foule qui se rassemblait de nouveau, et qui se disposait \u00e0 envahir la filature&nbsp;<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. Ayant pleinement conscience de leur situation d\u00e9licate, les gendarmes lib\u00e8rent les prisonniers. Le maire remet bient\u00f4t son \u00e9charpe dans la poche, et se retire sans avoir r\u00e9ellement dissip\u00e9 l\u2019attroupement, ce qu\u2019il avait promis aux gendarmes. Cela lui sera reproch\u00e9 par la suite, et lui co\u00fbtera son poste de maire. Mais la foule, quelque peu calm\u00e9e, reste mass\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la cour.<\/p>\n\n\n\n<p>Les manifestants demandent alors \u00e0 parler \u00e0 M. Levavasseur. Celui-ci se rend au milieu d\u2019eux, accompagn\u00e9 de son fils. Ils lui disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>A pr\u00e9sent que nos camarades sont rel\u00e2ch\u00e9s, il est temps que vous souscriviez aux conditions que nous vous avons prescrites ou bien nous marcherons et nous verrons<\/em>&nbsp;\u00bb. Le filateur leur r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai souscrit aux neuf dixi\u00e8mes de vos demandes. Ce n\u2019est que par insubordination que vous persistez dans la r\u00e9volte. Je veux vous traiter comme je voudrais l\u2019\u00eatre si j\u2019\u00e9tais dans votre position. Mais je suis chef de manufacture. Je dois faire la loi et non la recevoir<\/em>.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a> Les ouvriers r\u00e9ponde en scandant \u00ab&nbsp;<em>l\u2019augmentation ou les livrets&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u2019impasse, d\u2019autant que la foule continue de grossir.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Levavasseur se r\u00e9sout alors de quitter Le Houlme et de rentrer \u00e0 Rouen, o\u00f9 il r\u00e9side. Il monte en voiture, un cabriolet tir\u00e9 par deux chevaux, et prend la fuite, escort\u00e9 de quatre gendarmes. A la sortie du Houlme, sur la route de Rouen, l\u2019\u00e9quipage se heurte \u00e0 un barrage. La petite troupe qui est au galop, fait une trou\u00e9e au milieu de cet attroupement, les gendarmes tirant chacun un coup de pistolet, et, toujours au galop et le pistolet \u00e0 la main, foncent ainsi jusqu\u2019\u00e0 Bondeville.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9part de M. Levavasseur, tous les manifestants, au nombre de 4 ou 500, arm\u00e9s de perches, b\u00e2tons, et pierres, envahissent la filature. Il ne reste plus que le brigadier et trois gendarmes qui ne peuvent pas, compte tenu de leur nombre,&nbsp;leur opposer de r\u00e9sistance. La foule se met \u00e0 jeter des pierres sur la fa\u00e7ade est du b\u00e2timent, et casse tous les carreaux et ch\u00e2ssis des fen\u00eatres du rez-de-chauss\u00e9e. Au premier \u00e9tage peu d\u2019entre eux sont \u00e9pargn\u00e9s. Au second \u00e9tage, environ un tiers des carreaux sont cass\u00e9s, et toutes les crois\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des magasins sont totalement d\u00e9truites. La foule se d\u00e9place ensuite au nord de l\u2019\u00e9difice, mais l\u2019intervention des gendarmes r\u00e9ussit \u00e0 les arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9meutiers se portent ensuite sur la route, o\u00f9 ils s\u2019en prennent au pavillon qui sert de pied \u00e0 terre \u00e0 M. Levavasseur. Ensuite ils se mettent \u00e0 d\u00e9molir un mur \u00e0 hauteur d\u2019appui, sur une longueur de 25 \u00e0 30 m\u00e8tres. C\u2019est alors qu\u2019un renfort de troupes apparait, provoquant la dispersion du rassemblement. Il s\u2019agit d\u2019une soixantaine de gendarmes et de gardes royaux envoy\u00e9s par le pr\u00e9fet pour r\u00e9tablir l\u2019ordre et assurer la s\u00e9curit\u00e9 des biens du filateur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019insurrection du lundi 8 ao\u00fbt au Houlme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-800x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1544\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-800x1024.jpg 800w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-234x300.jpg 234w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-768x983.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-1200x1536.jpg 1200w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-1599x2048.jpg 1599w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-260x333.jpg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-780x999.jpg 780w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Blesses-LACROIX-CANTEL-b-scaled.jpg 1999w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Courrier en date du 11 ao\u00fbt 1825, du colonel de gendarmerie au pr\u00e9fet (Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U565)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Chez les ouvriers, le dimanche a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour se concerter. L\u2019\u00e9motion est grande chez eux. L\u2019affaire du samedi est un tournant. Levavasseur a refus\u00e9 de c\u00e9der, et le saccage de sa filature est un point de non retour. Le risque est grand d\u2019une reprise en main de la situation par les autorit\u00e9s. La r\u00e9bellion va vraisemblablement conduire \u00e0 des enqu\u00eates et des arrestations. La coalition ne fait plus de doute et va entra\u00eener des poursuites. La d\u00e9cision est donc prise d\u2019organiser une grande d\u00e9monstration de force de toute la profession, pour soutenir les ouvriers du Houlme. Le mot d\u2019ordre semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;nombre, calme et fermet\u00e9&nbsp;\u00bb. Mais la situation va \u00e9chapper aux meneurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Houlme, le personnel de la filature Levavasseur se rend cependant sur son lieu de travail comme \u00e0 l\u2019ordinaire, comme s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9, et comme si personne ne savait ce qui se pr\u00e9parait. Le patron est absent. Aucun ordre ne leur est donn\u00e9 venant de la direction. Tout monde attend paisiblement et avec calme dans la cour de la filature.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, la plainte d\u00e9pos\u00e9e par Jacques Levavasseur, commence \u00e0 \u00eatre instruite \u00e0 Rouen, o\u00f9 celui-ci a fait d\u00e9placer une s\u00e9rie de t\u00e9moins \u00e0 charge, qui sont entendus par le procureur, M. Langlois du Plichon. Mais \u00e0 peine commenc\u00e9e, l\u2019instruction est arr\u00eat\u00e9e, suite aux nouveaux \u00e9v\u00e9nements qui se produisent au Houlme. Le 19 ao\u00fbt, Jacques Levavasseur retirera sa plainte, puis poussera m\u00eame le cynisme \u00e0 pr\u00e9tendre que la coalition \u00e9tait ext\u00e9rieure \u00e0 la filature.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers de la vall\u00e9e du Cailly, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 toute la matin\u00e9e dans leurs ateliers, quittent leurs filatures pour se rendre au Houlme. Ils se rassemblent en deux groupes compacts qui se d\u00e9placent vers Le Houlme, en grossissant de filature en filature, l\u2019un venant du sud (Bondeville), l\u2019autre du Nord (Montville). Ils en profitent pour faire cesser le travail \u00e0 ceux qui ne l\u2019auraient pas encore fait, comme raconte Louis Auguste Vall\u00e9e, filateur \u00e0 Malaunay&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le lundi huit de ce mois, les ouvriers des manufactures circonvoisines, vinrent \u00e0 la porte de notre filature, et nous contraignirent \u00e0 laisser sortir nos ouvriers<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00c0 ces foules viennent s\u2019agglutiner des ouvriers d\u2019autres corporations et des badauds.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la vall\u00e9e de l\u2019Austreberthe, \u00e0 Barentin et \u00e0 Pavilly, on s\u2019est mobilis\u00e9 plus t\u00f4t, d\u00e8s le d\u00e9but de la matin\u00e9e, et l\u2019on s\u2019est mis en route vers le Houlme. Le juge de paix du canton tente de discuter \u00e0 plusieurs reprises avec les manifestants. Il se voit r\u00e9pondre \u00e0 chaque fois que les ouvriers du Houlme doivent \u00eatre pay\u00e9s \u00ab&nbsp;<em>comme la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 des autres ouvriers de la vall\u00e9e ou<\/em> [qu\u2019on leur rende] <em>leur livrets<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a> .<\/p>\n\n\n\n<p>Vers onze heures du matin, les ouvriers des fabriques de la r\u00e9gion sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s nombreux \u00e0 \u00eatre r\u00e9unis sur les coteaux qui dominent Le Houlme. Le commandant de gendarmerie et le maire du Houlme vont leur demander ce qu\u2019ils veulent. Ils se voient r\u00e9pondre qu\u2019ils ont pour but de soutenir leurs camarades du Houlme, \u00ab&nbsp;<em>mais que si on voulait bien donner leurs livrets \u00e0 ces derniers, ils se retireraient<\/em>&nbsp;\u00bb. <a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Vers les trois heures de l\u2019apr\u00e8s-midi tous les groupes de la r\u00e9gion sont arriv\u00e9s aux abords du Houlme. Il y a du monde tout autour. La foule est impressionnante. D\u2019apr\u00e8s le <em>Journal de Rouen<\/em>, ils \u00e9taient \u00ab&nbsp;<em>au nombre de 1000 \u00e0 1200, \u00ab&nbsp;pour la plupart arm\u00e9s de b\u00e2tons et de fourches<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Le t\u00e9moignage&nbsp; des gendarmes parlent de 3000. Ceux-ci prennent les armes et patrouillent dans le village. Ils invitent les habitants \u00e0 fermer leurs portes et \u00e0 n\u2019ouvrir \u00e0 personne. Un caporal et quatre soldats de la garde royale, qui formaient un avant poste \u00e0 la sortie du village, tentent d\u2019opposer une r\u00e9sistance \u00e0 la foule qui gonfle. Ils sont maltrait\u00e9s par elle, et le caporal est laiss\u00e9 pour mort sur la place, la foule se partageant des morceaux de son chapeau, ses galons et ses boutons.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment, ceux qui sont au sud se mettent en mouvement. Massive, la foule aborde le Houlme par la grande route. En t\u00eate, un groupe de b\u00e2tonnistes de Bondeville en formation militaire ouvre la marche. Le flot humain d\u00e9borde largement les c\u00f4t\u00e9s de la route, et s\u2019avance \u00e0 travers les champs et les jardins. Un d\u00e9tachement de garde royale et de gendarmerie \u00e0 cheval, sabre au clair, tente de s\u2019opposer \u00e0 leur mouvement. Apr\u00e8s avoir fait une s\u00e9rie de sommations, auxquelles les manifestants r\u00e9pondent en leur demandant de mettre bas les armes, et en scandant \u00ab&nbsp;<em>l\u2019augmentation, ou les livrets<\/em>&nbsp;\u00bb, ils chargent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, les manifestants s\u2019\u00e9gaillent sur les c\u00f4t\u00e9s. Ils se r\u00e9fugient derri\u00e8re les barri\u00e8res et les haies des jardins, o\u00f9 les chevaux ne peuvent pas les suivre, et dans les maisons qui bordent la route. Mais d\u2019autres peut-\u00eatre arriv\u00e9s de Rouen par la For\u00eat verte sont install\u00e9s sur la hauteur qui surplombe la route \u2014 actuellement occup\u00e9e par la gare et la ligne de chemin de fer \u2014. &nbsp;Ils font pleuvoir sur eux une gr\u00eale de pierres. \u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s quatre charges diff\u00e9rentes, comme nous \u00e9tions foudroy\u00e9s par les pierres qu\u2019on nous lan\u00e7ait de sur la hauteur qui domine le ravin, nous nous sommes d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 monter pour expulser les rebelles de cette position&nbsp;\u00bb <\/em>t\u00e9moigne un gendarme. Mais la pente freine les chevaux, et rend l\u2019op\u00e9ration impossible. Cribl\u00e9s de pierres et de projectiles divers, l\u2019assaut se disloque.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pendant ce dernier assaut sur la colline qu\u2019un groupe de quatre ou cinq individus arm\u00e9s de fusils de chasse surgit d\u2019une ruelle, et fait feu sur un gendarme qui s\u2019est trouv\u00e9 isol\u00e9. Le gendarme Vivier s\u2019effondre, bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate&nbsp;; il d\u00e9c\u00e9dera dans la soir\u00e9e, malgr\u00e9 les soins apport\u00e9s par le docteur Leudet, adjoint du docteur Flaubert<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a>, chirurgien-chef de l\u2019h\u00f4tel-Dieu de Rouen. A ce moment les cloches sonnent le tocsin, car des mutins sont entr\u00e9s dans toutes les \u00e9glises de la vall\u00e9e dont ils se sont fait d\u00e9livrer les cl\u00e9s des clochers. Profitant de la confusion, d\u2019autres manifestants percent le barrage au nord, et avancent en force. La foule a le dessus. Les gendarmes se voyant submerg\u00e9s, tirent quelques coups de feu et se replient devant la filature. Deux autres d\u2019entre eux sont bless\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A peine les manifestants sont-ils entr\u00e9s dans le village, que presque toutes les portes leur sont ouvertes. La population du Houlme fraternise avec les fileurs. On distribue de la nourriture et de la boisson \u00e0 la porte de l\u2019\u00e9glise. Le grand nombre des manifestants se porte alors vers l\u2019entr\u00e9e de la filature de M. Levavasseur. Les gendarmes et les gardes royaux se sont eux regroup\u00e9s, et, rang\u00e9s en bataille, se pr\u00e9parent \u00e0 charger de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le maire du Houlme tente alors de s\u2019interposer et, accompagn\u00e9 de deux officiers de la garde royale, tente de parlementer. Alors que, devant la maison de Levavasseur, des \u00e9meutiers &nbsp;s\u2019\u00e9criaient \u00ab&nbsp;<em>la voil\u00e0 cette maison, il faut qu\u2019elle soit brul\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb, il va au devant des mutins et leur demande de se retirer. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019employais envers eux tous les moyens persuasifs, qui les d\u00e9termin\u00e8rent \u00e0 se dissiper peu \u00e0 peu, de mani\u00e8re qu\u2019\u00e0 sept heures du soir il ne restait de leur bande que quelques traineurs qui se sont trouv\u00e9s saisis par les patrouilles<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Ses arguments sont assez simples \u00e0 imaginer&nbsp;: un renfort de troupes a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 au pr\u00e9fet, d\u00e8s le matin&nbsp;; il ne va tarder \u00e0 arriver, et alors cela va \u00eatre terrible&nbsp;; les fileurs ne feront pas le poids devant plusieurs centaines de militaires bien arm\u00e9s. D\u2019autre part, plusieurs gendarmes ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, et l\u2019on ne sait pas encore que l\u2019un d\u2019eux est dans un \u00e9tat grave&nbsp;: la r\u00e9pression va \u00eatre terrible&nbsp;; le pouvoir ne laissera pas ce crime impuni. Cette description de la situation conduit les \u00e9meutiers \u00e0 d\u00e9poser leurs armes de fortunes, \u00e0 se disperser, et \u00e0 vider les lieux. Alors qu\u2019ils avaient le dessus, la situation s\u2019est invers\u00e9e. L\u2019effervescence se calme. Des piques, des fourches, des hallebardes, des broches \u00e0 r\u00f4tir, des compas, des b\u00e2tons et des pierres, jonchent le sol.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La r\u00e9pression<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1830-Gendarmerie-conduisant-detenus-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"738\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1830-Gendarmerie-conduisant-detenus-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1536\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1830-Gendarmerie-conduisant-detenus-1.jpg 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1830-Gendarmerie-conduisant-detenus-1-300x216.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1830-Gendarmerie-conduisant-detenus-1-768x554.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1830-Gendarmerie-conduisant-detenus-1-260x187.jpg 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-ad2f72ca wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p>Aussit\u00f4t que la mobilisation populaire a \u00e9t\u00e9 connue \u00e0 Rouen, le g\u00e9n\u00e9ral commandant de r\u00e9gion fait mobiliser un renfort de 400 hommes, et les envoie au Houlme. Il les accompagne en personne sur les lieux, accompagn\u00e9 du pr\u00e9fet. Trente quatre personnes qui ne s\u2019\u00e9taient pas retir\u00e9es suffisamment vite sont arr\u00eat\u00e9es. Elles sont imm\u00e9diatement regroup\u00e9es et encha\u00een\u00e9es, conduites \u00e0 pied \u00e0 Rouen o\u00f9 elles sont intern\u00e9es dans la soir\u00e9e \u00e0 la prison de Bic\u00eatre. Ce sont les premi\u00e8res arrestations d\u2019une longue s\u00e9rie. Une fois sur place, le pr\u00e9fet de la Seine-Inf\u00e9rieure, le baron de Vaussay, d\u00e9cr\u00e8te \u00ab&nbsp;l\u2019\u00c9tat d\u2019urgence&nbsp;\u00bb et les militaires engagent imm\u00e9diatement une r\u00e9pression de grande ampleur. Il faut \u00e0 la fois trouver les coupables des blessures faites aux gendarmes, et briser la coalition. La mort pendant la nuit du gendarme Vivier dramatise un peu plus la situation.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le lendemain, les autorit\u00e9s d\u00e9ploient une grande activit\u00e9. L\u2019on fait imprimer et placarder partout dans les communes o\u00f9 existent des manufactures, ainsi qu\u2019\u00e0 Rouen, les articles du code p\u00e9nal relatifs \u00ab&nbsp;<em>aux&nbsp;coalitions et aux attroupements s\u00e9ditieux<\/em>&nbsp;\u00bb. Les maires re\u00e7oivent l\u2019ordre du pr\u00e9fet de faire fermer les caf\u00e9s, les cabarets et autres lieux publics \u00e0 7 heures du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le procureur du roi se rend sur place. Les maires des communes, les juges de paix, les patrons-filateurs, les gendarmes,&nbsp;et tout ce que les deux vall\u00e9es comptent d\u2019autorit\u00e9s, sont sollicit\u00e9s par le pr\u00e9fet pour collecter les renseignements, et les faire converger vers le pr\u00e9fet. Il y a 400 soldats install\u00e9s au Houlme qui visitent une \u00e0 une les maisons au porte \u00e0 porte, et arr\u00eatent tous les suspects, et notamment les bless\u00e9s. Pour \u00eatre laiss\u00e9 libre il ne faut \u00e9videmment pas avoir gard\u00e9 de troph\u00e9es (ex&nbsp;: morceaux de chapeaux de gendarmes, armes, etc.). Divers objets sont d\u2019ailleurs ramen\u00e9s volontairement aux autorit\u00e9s, comme des fusils qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9tendument retrouv\u00e9s dans les haies. Le cabinet du pr\u00e9fet livre r\u00e9guli\u00e8rement au procureur toutes les informations qu\u2019il a pu glaner, qui, crois\u00e9es avec les interrogatoires r\u00e9alis\u00e9s sur le terrain, conduisent \u00e0 de nouvelles arrestations. Enfin, les gendarmes se saisissent des ouvriers soup\u00e7onn\u00e9s de faire partie de la coalition directement sur leur lieu de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant l\u2019affaire n\u2019est pas aussi simple qu\u2019il n\u2019y parait. La population se tait, solidaire des fileurs. Le 9 ao\u00fbt, le travail n\u2019a pas r\u00e9ellement repris partout, et lorsqu\u2019il a repris, il se fait lentement, tr\u00e8s lentement, ce qui ne fait pas l\u2019affaire des patrons. A Pavilly plusieurs meneurs font des efforts pour que le travail s\u2019arr\u00eate de nouveau. Le soir un incendie criminel se d\u00e9clenche au Houlme, dans un entrep\u00f4t de la filature Levavasseur pourtant occup\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e, ce qui alourdit encore le climat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"700\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b-1024x700.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1531\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b-1024x700.jpg 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b-300x205.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b-768x525.jpg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b-260x178.jpg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Defense-on-ma-force-b.jpg 1342w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Interrogatoire d&rsquo;un pr\u00e9venu (Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que petit \u00e0 petit que l\u2019enqu\u00eate avance. Elle t\u00e2tonne. La gendarmerie ratisse large, et arr\u00eate au hasard. La prison de Rouen est bient\u00f4t satur\u00e9e. Au bout d\u2019une semaine, plus de 130 personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es. Chacun est interrog\u00e9. Tous en disent le minimum&nbsp;: ils ont \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;contraints&nbsp;\u00bb d\u2019arr\u00eater le travail, par \u00ab&nbsp;des inconnus&nbsp;\u00bb. S\u2019ils ont vers\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 la collecte, ce n\u2019est que sous \u00ab&nbsp;la contrainte&nbsp;\u00bb, ou pour \u00ab&nbsp;aider les malheureux&nbsp;\u00bb. S\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de \u00ab&nbsp;la caisse&nbsp;\u00bb de leur filature, c\u2019est parce qu\u2019il fallait bien que quelqu\u2019un le fasse et que tout le monde a fait pression sur eux pour qu\u2019ils le fassent. M\u00eame \u00c9tienne Coudray, le tr\u00e9sorier g\u00e9n\u00e9ral, d\u00e9clare avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;contraint&nbsp;\u00bb de se charger de la caisse de la coalition. C\u2019est une foule anonyme et mena\u00e7ante qui serait la responsable de la cr\u00e9ation de la coalition, et personne n\u2019aurait rien fait de sa propre volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant l\u2019enqu\u00eate avance. Les filateurs livrent la liste des meneurs de leurs ateliers au maire de leurs communes ou au juge de paix. Quant \u00e0 la filature Levavasseur, il est important de savoir que, deux jours avant les \u00e9v\u00e9nements, celui-ci avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9 au procureur les meneurs de ses ateliers. Sa lettre, \u00e9crite d\u2019une graphie si petite et tellement hach\u00e9e, laisse imaginer l\u2019emprise d\u2019une violente col\u00e8re. Cela ne l\u2019emp\u00eachera pas de d\u00e9clarer plus tard, dans la presse, que l\u2019affaire \u00e9tait ext\u00e9rieure \u00e0 son entreprise, en s\u2019appuyant sur le fait qu\u2019aucun de des condamn\u00e9s ne provenaient de son personnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant certains les \u00e9lus rechignent \u00e0 d\u00e9livrer des informations. Ainsi le maire de Montville \u00e9crit-il au pr\u00e9fet le 13 ao\u00fbt que les maitres-filateurs lui ont d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab&nbsp;<em>tout est rentr\u00e9 dans l\u2019ordre, et qu\u2019aucun<\/em> [fileur] <em>ne s\u2019\u00e9tait absent\u00e9 le 8 ao\u00fbt<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a> ce qui est manifestement faux, puisque l\u2019un d\u2019entre eux, Jules Roustel sera le principal accus\u00e9 du proc\u00e8s aux assises \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>On recherche activement les tireurs qui se sont \u00e9vanouis dans la nature. On a retrouv\u00e9 les armes abandonn\u00e9es dans des haies, trois fusils \u00e0 un coup, et un \u00e0 deux coups. Leurs propri\u00e9taires disent qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 vol\u00e9es. Des noms circulent&nbsp;: La Rose, un ancien militaire se serait, semble-t-il r\u00e9engag\u00e9 dans le courant du mois&nbsp;; un Cagnard du Houlme. Mais le p\u00e8re de celui-ci, receveur des imp\u00f4ts, conteste qu\u2019il ait pris part au coup de main. Et il d\u00e9nonce un homonyme, celui-ci ouvrier fileur dont le surnom est Cagnard.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, dans le num\u00e9ro des 15 et 16 ao\u00fbt du <em>Journal de Rouen<\/em>, on apprend qu\u2019un nomm\u00e9 Roustel, connu dans le pays sous le nom de Cagnard, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et aurait avou\u00e9 avoir tir\u00e9 le coup de feu dont le gendarme Vivier a \u00e9t\u00e9 victime. C\u2019est le coupable id\u00e9al. Il ne se d\u00e9fend pas, bien qu\u2019il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il ne sache pas se servir d\u2019une arme \u00e0 feu. La piste La Rose est abandonn\u00e9e. On abandonne les recherches pour trouver les 2 autres tireurs. On a le coupable tout trouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, les autorit\u00e9s sont press\u00e9es de clore l\u2019affaire. Il faut des coupables, et vite, mais pas trop. Il faut s\u00e9vir durement, mais r\u00e9duire la cible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le proc\u00e8s en correctionnelle&nbsp;: celui de la coalition.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019issue de cette enqu\u00eate il y eut en fait deux proc\u00e8s. L\u2019un aux assises&nbsp;; l\u2019autre en correctionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux assises, on jugea les auteurs pr\u00e9sum\u00e9s des troubles du 8 ao\u00fbt. En correctionnelle on poursuivit les meneurs pr\u00e9sum\u00e9s de la coalition.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un total sup\u00e9rieur \u00e0 cent trente personnes arr\u00eat\u00e9es,&nbsp;cinquante cinq au moins sont lib\u00e9r\u00e9s au bout d\u2019une semaine. Fran\u00e7ois Berson, dont nous avons parl\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019article, et qui a \u00e0 l\u2019\u00e9vidence \u00e9t\u00e9 l\u2019un des moteurs de la coalition, en fait partie. Il en reste soixante quinze, pour l\u2019essentiel des ouvriers et ouvri\u00e8res de filatures, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence quasiment tous membres de la coalition. Mais lorsqu\u2019il faut juger la coalition, les autorit\u00e9s sont assez embarrass\u00e9es. Il n\u2019\u00e9tait sans doute pas envisageable de les condamner tous, d\u2019autant que les filateurs font pression pour lib\u00e9rer leurs fileurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 16&nbsp;ao\u00fbt le procureur relaxe 25 accus\u00e9s. Mais le nombre de mis en causes restants \u00e9tant sans doute trop \u00e9lev\u00e9, le 23&nbsp;ao\u00fbt il en relaxe \u00e0 nouveau 25 autres. Mais il en restait encore trop. \u00c0 l\u2019ouverture du Proc\u00e8s Le 11 Septembre, 10 autres sont encore relax\u00e9s<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final il ne reste que quinze inculp\u00e9s&nbsp;: Jean-Baptiste Duparc, Fran\u00e7ois Amable Dubreuil, Pascal Cantel, Jean-Louis S\u00e9bastien Morel \u00ab&nbsp;dit L\u2019avocat&nbsp;\u00bb, Alphonse Chopart, Modeste Feutrier, Paschal Boeuf, Jean-Baptiste Maillard, \u00c9lie Bigot, de Pavilly&nbsp;; Alexandre Miocque, de Maromme&nbsp;; Louis-Auguste Chandelier, de Montville, Valentin Duprey, Fran\u00e7ois Lemoine, \u00c9tienne Louis Fr\u00e9d\u00e9rique Coudray, et Jean-Louis Gu\u00e9roult de Notre-Dame-De-Bondeville. Le 28&nbsp;septembre ils sont tous condamn\u00e9s \u00e0 deux mois de prison, sauf Alexandre Mioque qui est relax\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le procureur du roi fait imm\u00e9diatement appel, au pr\u00e9texte que le tribunal a \u00e9cart\u00e9 l\u2019accusation de \u00ab&nbsp;<em>chefs ou moteurs de la coalition<\/em>&nbsp;\u00bb et, donc, ne leur a pas inflig\u00e9 la peine pr\u00e9vue au 2e paragraphe de l\u2019article 415 du code p\u00e9nal, qui pr\u00e9voyait un emprisonnement de deux ans \u00e0 cinq ans. Contre toute logique, car les condamn\u00e9s sont de toute \u00e9vidence des \u00e9l\u00e9ments moteurs de la coalition, le 24&nbsp;octobre, la cour d\u2019appel confirme ce jugement de deux mois d\u2019emprisonnement. Sans doute est-ce parce ce que l\u2019autre proc\u00e8s, celui des assises, a abouti des verdicts tr\u00e8s lourds, une condamnation \u00e0 mort et trois longues peines de prison. La coalition est bris\u00e9e, ainsi que les vell\u00e9it\u00e9s revendicatives des fileurs, et le patronat a besoin d\u2019apaisement pour que la production reparte.<\/p>\n\n\n\n<p>Un aspect notable des condamnations c\u2019est aucun ne travaille dans les filatures du Houlme. Une majorit\u00e9 des condamn\u00e9s est employ\u00e9e dans celles de Pavilly, situ\u00e9es \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest, et quatre \u00e0 Notre-Dame-de-Bondeville, \u00e0 quatre kilom\u00e8tres au sud. Pourtant on a vu que plusieurs ouvriers du Houlme avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s puis rel\u00e2ch\u00e9s le 6 ao\u00fbt, et que le procureur avait la d\u00e9nonciation de Levavasseur et plusieurs t\u00e9moignages sur l\u2019activit\u00e9 de la coalition dans sa filature Levavasseur. La justice a donc tous les \u00e9l\u00e9ments pour les poursuivre, mais elle ne le fait pas. Ils sont certes arr\u00eat\u00e9s et interrog\u00e9s, mais sont tous rel\u00e2ch\u00e9s avant le proc\u00e8s. Isidore Godalier, le caissier local, fait partie des derniers relax\u00e9s le jour de l\u2019ouverture du proc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, Jacques Levavasseur est rancunier&nbsp;: apr\u00e8s le proc\u00e8s, il ne reprendra aucun des ouvriers d\u00e9nonc\u00e9s par lui. Godalier sera embauch\u00e9 par son beau-p\u00e8re, entrepreneur de couverture, et dont il reprendra l\u2019entreprise \u00e0 la mort de celui-ci<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce qui n\u2019apparait pas dans le proc\u00e8s&nbsp;: des liens familiaux entre inculp\u00e9s&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"364\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-1024x364.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1530\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-1024x364.jpeg 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-300x107.jpeg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-768x273.jpeg 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-1536x546.jpeg 1536w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-2048x728.jpeg 2048w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-260x92.jpeg 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Liens-familiaux-Coudray-1500x533.jpeg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Liens familiaux entre cinq pr\u00e9venus; Louis Berson est le premier fileur a demander son livret; F\u00e9lix Coudray sera interrog\u00e9 mais pas poursuivi; Isidore Godalier sera arr\u00eat\u00e9, mais sera \u00e9cart\u00e9 in-extr\u00e9mis de la liste des poursuivis; \u00c9tienne Goudray et Jean-Baptiste Duparc seront condamn\u00e9s pour d\u00e9lit de coalition.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En faisant des sondages dans l\u2019\u00c9tat civil pour une partie des mis en causes et des condamn\u00e9s, nous avons d\u00e9couvert que, parmi eux, il y avait de nombreux liens familiaux. Nous formulons l\u2019hypoth\u00e8se que ces liens familiaux \u00e9clairent les m\u00e9canismes de la mobilisation simultan\u00e9e des ouvriers des deux vall\u00e9es. Car si les r\u00e9unions d\u2019ouvriers d\u2019une m\u00eame corporation \u00e9taient interdites, rien n\u2019interdisait les r\u00e9unions de familles&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, on trouve au moins deux couples de beaux-fr\u00e8res parmi les condamn\u00e9s&nbsp;: d\u2019un cot\u00e9 Jean-Baptiste Duparc et \u00c9tienne Coudray, de l\u2019autre Auguste Chopard et Fran\u00e7ois Dubreuil. \u00c0 Pavilly, il y a aussi les fr\u00e8res Cantel, dont l\u2019un, Aimable Cantel, est relax\u00e9 le 16 ao\u00fbt, l\u2019autre, Pascal Cantel, est condamn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Or rien que les beaux-fr\u00e8res Coudray-Duparc pourraient, \u00e0 eux seuls, expliquer la proximit\u00e9 des deux vall\u00e9es&nbsp;: Jean-Baptiste Duparc travaille chez Lasne \u00e0 Pavilly, pendant qu\u2019\u00c9tienne Coudray travaille \u00e0 Bondeville. Arr\u00eatons-nous un instant sur eux, car ils illustrent plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore certains ressorts secrets de la coalition. En fait ils ne sont pas deux mais quatre beaux-fr\u00e8res. Nous connaissons bien l\u2019un d\u2019eux, Fran\u00e7ois Berson, celui par qui le mouvement va s\u2019enclencher, et \u00c9tienne Coudray, le caissier g\u00e9n\u00e9ral de la coalition. La s\u0153ur de Fran\u00e7ois Berson est mari\u00e9e \u00e0 \u00c9tienne Coudray, pendant que Jean-Baptiste Duparc est mari\u00e9 \u00e0 une s\u0153ur d\u2019\u00c9tienne Coudray. Le quatri\u00e8me est un Coudray, et se pr\u00e9nomme F\u00e9lix. Si Fran\u00e7ois Berson est interrog\u00e9 apr\u00e8s le 8 ao\u00fbt, il est relax\u00e9 tr\u00e8s vite. \u00c0 la lecture de son interrogatoire, il confirme qu\u2019il a certes demand\u00e9 son livret, mais il n\u2019est, d\u2019apr\u00e8s lui, pour rien dans la suite mouvement. Il aurait trouv\u00e9 du travail ailleurs et ne l\u2019aurait pas quitt\u00e9 pendant les \u00e9v\u00e9nements. Quant \u00e0 F\u00e9lix Coudray, il ne semble pas m\u00eame avoir \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9. Pourtant son nom appara\u00eet dans un interrogatoire. On y apprend que si \u00c9tienne est le \u00ab&nbsp;caissier g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb de la coalition, c\u2019est F\u00e9lix qui \u00e9tait charg\u00e9 de mettre l\u2019argent en lieu s\u00fbr. Le juge a l\u2019information mais ne se sert pas. F\u00e9lix a-t-il pris la fuite&nbsp;? S\u2019est-il cach\u00e9&nbsp;? Les archives n\u2019en disent rien. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cas F\u00e9lix Coudray, et de son beau-p\u00e8re Rodolphe Thuillier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9lix est un personnage int\u00e9ressant \u00e0 plus d\u2019un titre. Nous avons pouss\u00e9 plus avant des recherches dans l\u2019\u00c9tat civil. Elles nous ont appris qu\u2019il s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 avec Barbe Thuillier, n\u00e9e \u00e0 Paris le 2 janvier 1793, dans la section des quinze-vingt, \u00e0 moins de 4 km des Tuileries, et \u00e0 2 km de la conciergerie o\u00f9 le roi \u00e9tait emprisonn\u00e9. Rappelons que Louis XVI fut condamn\u00e9 \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9 le 21 janvier 1793. A l\u2019\u00e9poque la m\u00e8re de Barbe a 20 ans. Devenue fileuse \u00e0 Notre-Dame-de-Bondeville elle y meurt en 1812. De son mari Jacques Rodolphe Thuillier on sait peu de choses si ce n\u2019est qu&rsquo;en 1825 il est ouvrier-imprimeur en indienne, et travaille du cot\u00e9 de Bolbec. Pourquoi et comment ces personnes qui n\u2019ont, semble-t-il, aucune attache en r\u00e9gion rouennaise, se sont-elles se retrouv\u00e9s \u00e0 Notre-Dame-de-Bondeville ? Ouvrier imprimeur, aurait-il commenc\u00e9 son apprentissage dans la fameuse imprimerie R\u00e9veillon<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a> qui fut saccag\u00e9e au d\u00e9but de la R\u00e9volution fran\u00e7aise&nbsp;? Si l&rsquo;on se rappelle que la Section des Quinze-vingt, o\u00f9 ils habitaient, fut l&rsquo;un des moteurs de la Commune r\u00e9volutionnaire parisienne pendant la R\u00e9volution, on peut imaginer que ce fut pour fuir la terrible r\u00e9pression thermidorienne, la famine, et la terreur blanche qui r\u00e9gna de 1795 \u00e0 1797, qu\u2019ils s\u2019install\u00e8rent dans la r\u00e9gion. Trente mille parisiens firent de m\u00eame. Or nous ne somme que 30 ans apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements. Mais de l\u00e0 \u00e0 penser que Thuillier pourrait avoir \u00e9t\u00e9 un conseil de la coalition, bien au fait de la loi Le Chapelier, et ayant peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 la lutte politique et \u00e9conomique dans les ann\u00e9es 1789-1795, il y a un pas qu\u2019il nous est impossible de franchir, en l\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ments factuels. D\u2019autant qu\u2019il ne figure pas parmi les arr\u00eat\u00e9s. Mais le fait est troublant. Il mourra \u00e0 Paris 3 ans plus tard, ce qui n\u2019est pas banal, compte tenu des moyens de transport de l\u2019\u00e9poque, d\u2019autant que sa fille habite \u00e0 Bondeville.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, F\u00e9lix, s\u2019il s\u2019est peut-\u00eatre cach\u00e9 pendant la p\u00e9riode, il r\u00e9apparait \u00e0 Bondeville par la suite. Il y vivra jusqu\u2019au moins le d\u00e9but de 1848, en ayant p\u00e9riodiquement des relations tendues avec la justice.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas cette investigation g\u00e9n\u00e9alogique nous laisse \u00e0 penser qu\u2019il y a s\u00fbrement \u00e9norm\u00e9ment de choses \u00e0 d\u00e9couvrir sur la coalition, en suivant le fil des liens familiaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le proc\u00e8s aux assises&nbsp;: un proc\u00e8s pr\u00e9cipit\u00e9&nbsp;? Des condamn\u00e9s innocents&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1825-09-20-Cour-dassises_Journal-de-Rouen-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"715\" height=\"701\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1825-09-20-Cour-dassises_Journal-de-Rouen-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1555\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1825-09-20-Cour-dassises_Journal-de-Rouen-1.jpg 715w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1825-09-20-Cour-dassises_Journal-de-Rouen-1-300x294.jpg 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/1825-09-20-Cour-dassises_Journal-de-Rouen-1-260x255.jpg 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 715px) 100vw, 715px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ouverture du proc\u00e8s en Cour d&rsquo;Assises, dans le Journal de Rouen du 20 septembre 1825 <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Suite aux d\u00e9sordres des 6 et 8 ao\u00fbt, aux affrontements entre les \u00e9meutiers et les gendarmes qui ont provoqu\u00e9 le d\u00e9c\u00e8s du gendarme Vivier et les blessures inflig\u00e9es \u00e0 deux autres gendarmes, quatre fileurs sont jug\u00e9s aux assises, du 18 au 23 septembre suivant, soit un mois et demi seulement apr\u00e8s les faits. Les accus\u00e9s contestent les accusations, mais rien n\u2019y fait. Il faut des condamnations rapides. C\u2019est ailleurs au c\u0153ur du r\u00e9quisitoire du procureur: \u00ab&nbsp;Ce proc\u00e8s a tous les caract\u00e8res de l\u2019anarchie&nbsp;: le m\u00e9pris des lois&nbsp;\u00bb. (\u2026) \u00ab&nbsp;La r\u00e9bellion du Houlme n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019un mouvement irr\u00e9fl\u00e9chi, subit et spontan\u00e9&nbsp;; c\u2019est au contraire l\u2019affligeant r\u00e9sultat d\u2019une conspiration effrayante, ourdie de longue main. Le plan des ouvriers conspirateurs embrassait g\u00e9n\u00e9ralement les \u00e9tablissements de filature dans les vall\u00e9es de D\u00e9ville et de Pavilly. Ils pr\u00e9ludaient par des lettres anonymes et d\u2019horribles menaces aux assauts qu\u2019ils livraient successivement aux chefs d\u2019ateliers, en chantant <em>La Marseillaise<\/em> et le <em>R\u00e9veil du Peuple.<\/em>&nbsp;Au bruit du tocsin, on voyait accourir de toute part des masses arm\u00e9es de piques, de lances, de broches, de b\u00e2tons et de fusils. \u00bb (\u2026 ) \u00ab&nbsp; Et, par un nouvel exemple de bonne justice vos consciences libres, pures et fortes PORTERONT DANS L\u2019\u00c2ME DES M\u00c9CHANTS UN EFFROI SALUTAIRE en signalant de grands coupables \u00e0 la vindicte publique&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis Lefebvre, dit Cuirassier, ouvrier fileur de Malaunay, \u00e2g\u00e9 de 23 ans est condamn\u00e9 douze ans de travaux forc\u00e9s, pour avoir mobilis\u00e9 son groupe de b\u00e2tonnistes le 8 ao\u00fbt. Le b\u00e2ton est \u00e0 l\u2019\u00e9poque une forme d\u2019escrime tr\u00e8s pris\u00e9e dans les milieux populaires et dans le compagnonnage. Louis Lefebvre tient un club de b\u00e2tonniste \u00e0 Bondeville. On s\u2019entra\u00eene dans l\u2019arri\u00e8re salle du caf\u00e9 tenu par sa femme. Il les aurait conduit militairement de Bondeville au Houlme, les b\u00e2tons \u00e0 l\u2019\u00e9paule, et ceux-ci auraient affront\u00e9 les gendarmes. Mais seul celui-ci est poursuivi, accus\u00e9 d\u2019avoir bless\u00e9 le mar\u00e9chal des logis Boullenger. Le jury ne tient aucun compte d\u2019un certificat du maire de Bondeville, contresign\u00e9 par un grand nombre d\u2019habitants, qui assure qu\u2019il est d\u2019un caract\u00e8re pacifique et de bonne moralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Louis Adolphe Cadot, ouvrier fileur \u00e0 Pavilly, reconnait avoir jou\u00e9 un r\u00f4le dans le mouvement dans la mesure o\u00f9 il a lu dans son atelier de Pavilly, une lettre venant de la vall\u00e9e du Houlme, \u00ab&nbsp;par laquelle on nous engageait \u00e0 demander que notre salaire fut remis sur le m\u00eame pied&nbsp;\u00bb, ce n\u2019est pas pour cette raison qu\u2019il est condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s. On l\u2019accuse d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un organisateur actif du d\u00e9placement d\u2019un millier de salari\u00e9s de la vall\u00e9e de l\u2019Austreberthe au Houlme le 8 ao\u00fbt, ce qu\u2019il conteste, et on le condamne pour cela. Son avocat a beau produire plusieurs certificats qui mettent \u00e0 mal l\u2019image du caract\u00e8re turbulent qu\u2019on fait de lui, le fait qu\u2019il ne peut pas avoir \u00e9t\u00e9 un des meneurs car il \u00e9tait nouveau \u00e0 Pavilly et donc peu connu, qu\u2019\u00e0 un moment il avait \u00e9t\u00e9 choisi pour son calme par la force publique pour clamer les mutins, et qu\u2019aucun fait constitutif de \u00ab&nbsp;r\u00e9bellion&nbsp;\u00bb ne pouvait lui \u00eatre reproch\u00e9 par ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Louis Gossent, de Maromme, est, comme le pr\u00e9c\u00e9dent, accus\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un meneur de l\u2019\u00e9meute, et d\u2019avoir incit\u00e9 et organis\u00e9 la r\u00e9sistance face \u00e0 la force arm\u00e9e. Il fait partie des retardataires, et donc des premiers \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s au Houlme. Certes il a \u00ab&nbsp;paru se mettre en d\u00e9fense&nbsp;\u00bb&nbsp;avec son b\u00e2ton lors de son arrestation, mais des t\u00e9moins affirment qu\u2019il n\u2019a fait partie d\u2019aucun attroupement. Personne ne l\u2019a vu tentant d\u2019exciter \u00ab&nbsp;les attroup\u00e9s&nbsp;\u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la force publique\u00bb. Il est condamn\u00e9 \u00e0 huit ans de r\u00e9clusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Le quatri\u00e8me, <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article37407\">Jules Roustel<\/a>, est lui aussi fileur. Il est condamn\u00e9 \u00e0 mort pour le meurtre du gendarme Vivier. On l\u2019a vu, un groupe de quatre ou cinq \u00e9meutiers ont d\u00e9bouch\u00e9 d\u2019une rue et a tir\u00e9 sur un gendarme qui s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 isol\u00e9 de son groupe. Il est l\u2019un des membres de ce groupe. Pourtant Roustel ne connait pas le maniement des armes. Ce n\u2019est pas lui qui a charg\u00e9 le fusil. On le lui a mis dans les mains, et le coup est parti en m\u00eame temps que les trois autres fusils. Il conteste avoir bless\u00e9 le gendarme, mais il se d\u00e9fend avec difficult\u00e9, et son avocat commis d\u2019office n\u2019est pas tr\u00e8s habile. Plusieurs t\u00e9moins avaient pourtant d\u00e9clar\u00e9 que Th\u00e9odore Hyppolite Larose, un autre \u00e9meutier alors en fuite, s\u2019\u00e9tait vant\u00e9 d\u2019avoir tir\u00e9 le coup mortel. Celui-ci est un jeune fileur de 19 ans, ouvrier \u00e0 Bondeville. Au cours de l\u2019enqu\u00eate, plusieurs personnes pr\u00e9tendent qu\u2019il se serait engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e le lendemain des troubles, mais le pr\u00e9fet informe le procureur que, s\u2019il a bien tent\u00e9 de le faire, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pris<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Si un avis de recherche est lanc\u00e9 au niveau national, il ne donne rien<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. En fait il se cache. Finalement Larose est arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution de Roustel et, le 23 d\u00e9cembre,&nbsp; est condamn\u00e9 \u00e0 seulement 6 mois de prison, pour \u00ab&nbsp;r\u00e9bellion commise par une personne avec une arme dans le mois d\u2019ao\u00fbt 1825, envers des agents d\u00e9tenteurs de l\u2019autorit\u00e9 publique&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. Faible condamnation s\u2019il en est, en regard de la duret\u00e9 des autres condamnations. Quant aux deux autres tireurs, on n\u2019en saura rien. Ils se sont \u00e9vanouis dans la nature. Y avait-il, parmi eux un ancien militaire, comme le bruit en a couru&nbsp;? &nbsp;Un agent provocateur&nbsp;? On ne le saura jamais. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence Jules Roustel paie pour les autres. Il est condamn\u00e9 \u00e0 mort le 23 septembre et guillotin\u00e9 le 23&nbsp;novembre 1825 sur la Place du Vieux march\u00e9&nbsp;\u00e0 Rouen, apr\u00e8s le rejet de son recours en gr\u00e2ce par la cour de cassation. Il avait vingt-cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain de son ex\u00e9cution, les trois autres condamn\u00e9s subissent l\u2019exposition au carcan, au m\u00eame endroit, avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 purger leur peine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi se termine l\u2019affaire des troubles du Houlme, qui a lieu cinq ans avant la R\u00e9volution de 1830, et bien avant les c\u00e9l\u00e8bres r\u00e9voltes des Canuts (1831, 1834). A l\u2019\u00e9vidence cette affaire marqua pour longtemps les esprits dans la classe ouvri\u00e8re des vall\u00e9es, et plus largement de la r\u00e9gion rouennaise. Elle eut un retentissement national, car la presse se fit partout l\u2019\u00e9cho du proc\u00e8s aux assises, des condamnations, et de l\u2019ex\u00e9cution de Jules Roustel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et la lutte continue&nbsp;en 1830.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le fait est peu connu, mais cinq ans plus tard, en fin ao\u00fbt d\u00e9but septembre 1830, un grand mouvement social a secou\u00e9 les filatures de Rouen et de sa r\u00e9gion, quelques mois apr\u00e8s la r\u00e9volution des 3 glorieuses et l\u2019av\u00e8nement de Louis-Philippe. De nombreuses coalitions se constitu\u00e8rent, et un regroupement des coalitions fut tent\u00e9. De grandes manifestations eurent lieu \u00e0 Rouen et \u00e0 Darn\u00e9tal<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\">[49]<\/a>. Il y eut des affrontements entre les ouvriers et les forces de l\u2019ordre \u00e0 Darn\u00e9tal. Mais les fileurs de la vall\u00e9e du Cailly et celle de Pavilly, qui se mobilis\u00e8rent pourtant, \u00e9chapp\u00e8rent quasiment aux poursuites \u00e0 l\u2019exception de trois membres d\u2019une coalition d\u2019enfants de D\u00e9ville \u2014 rappelons que la majorit\u00e9 \u00e9tait \u00e0 25 ans, et qu\u2019en dessous de cet \u00e2ge on \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un enfant \u2014 et du fileur Pierre Dr\u00e9ly, qui fut condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison suivi de deux ans de surveillance. Celui-ci avait particip\u00e9 comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des fileurs de Barentin \u00e0 ce conseil de fileurs r\u00e9uni le 28 ao\u00fbt \u00e0 Sotteville-l\u00e8s-Rouen. Il avait surtout commis une erreur que n\u2019avaient pas commise ceux de 1825, celle de signer une invitation \u00e0 une r\u00e9union \u00e0 l\u2019intention des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ouvriers de la vall\u00e9e appel\u00e9s \u00ab&nbsp;cur\u00e9s&nbsp;\u00bb. C\u2019\u00e9tait une preuve imparable, qui montrait aux juges qu\u2019il \u00e9tait un meneur, et donc encourait une peine de deux ans \u00e0 cinq ans de prison. Mais \u00e0 part ces deux condamnations, dans les vall\u00e9es du Cailly et de l\u2019Austreberthe les ouvriers \u00e9chappent \u00e0 la r\u00e9pression, malgr\u00e9 le d\u00e9tachement de gendarmes \u00e0 cheval envoy\u00e9s sur place qui visita une \u00e0 une toutes les filatures. A&nbsp; l\u2019\u00e9vidence, les fileurs avaient appris \u00e0 \u00eatre encore plus discrets dans la pr\u00e9paration de leurs actions revendicatives.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En guise de conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire du Houlme resta longtemps dans les m\u00e9moires. Au sein des vall\u00e9es, comme dans les faubourgs industriels de Rouen, o\u00f9 nombre de ses acteurs finirent leurs vies, on la raconta dans les repas de familles ou les veill\u00e9es. Elle fournit un arri\u00e8re plan au roman <em>Le Roman des ouvri\u00e8res<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\"><strong>[50]<\/strong><\/a> <\/em>d\u2019Am\u00e9lie Bosquet, \u00e9crivaine rouennaise n\u00e9e en 1815 \u00e0 Rouen, qui l\u2019\u00e9crivit sous le pseudonyme d\u2019\u00c9mile Bosquet. Le <em>Journal de Rouen<\/em>, \u00e9voqua cette histoire \u00e0 l\u2019occasion de son centi\u00e8me anniversaire. Dans les ann\u00e9es 1960, elle \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e dans les stages syndicaux organis\u00e9s par l\u2019Union d\u00e9partementale CGT, dans les cours sur l\u2019histoire du mouvement syndical.<\/p>\n\n\n\n<p>Car cette affaire montre que les conflits sociaux ne sont pas une invention de r\u00e9volutionnaires ou d\u2019extr\u00e9miste de gauche du si\u00e8cle pass\u00e9. La lutte des classes est une permanence de l\u2019histoire \u00e9conomique et sociale, depuis la nuit des temps, et comme l\u2019\u00e9crivirent Marx et Engels, elle est le moteur de l\u2019Histoire et le restera.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire du Houlme met en \u00e9vidence que, de tout temps, les travailleurs ont \u00e9t\u00e9 contraints de s\u2019organiser pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats. Les fileurs ne se sont pas repli\u00e9s sur la d\u00e9fense de leur cat\u00e9gorie, mais ont \u00e9largi la mobilisation \u00e0 l\u2019ensemble des m\u00e9tiers de leur fili\u00e8re industrielle, que ce soient les ouvri\u00e8res, qui \u00e9taient souvent des \u00e9pouses, leurs s\u0153urs, ou leurs filles, mais aussi aux jeunes, voire aux tr\u00e8s jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle confirme que les luttes les plus d\u00e9termin\u00e9es ne sont pas le fait des cat\u00e9gories sociales les plus d\u00e9favoris\u00e9es. Comme nous l\u2019avons \u00e9crit, les fileurs \u00e9taient une sorte d\u2019aristocratie de la classe ouvri\u00e8re en formation. Sachant g\u00e9n\u00e9ralement lire et \u00e9crire, ils aimaient la vie, et voulaient conserver leurs conditions sociales au dessus de la moyenne, dans un environnement de qualit\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019au cours de la d\u00e9cennie suivante, que ceux qui n\u2019avaient pas r\u00e9ussi \u00e0 accrocher \u00e0 ouvrir un commerce \u2014 comme Pascal Cantel \u2014, quitteront les vall\u00e9es du Cailly et de l\u2019Austreberthe, pour s\u2019entasser dans les faubourgs sud de Rouen, dans une situation de d\u00e9classement professionnelle et sociale, comme ce fut le cas de Jean-Louis Morel dit l\u2019Avocat qui mourut \u00e0 Rouen en 1882.<\/p>\n\n\n\n<p>A bien y regarder on s\u2019aper\u00e7oit que le m\u00e9tier de fileur, comme tous les m\u00e9tiers, connait une courbe de d\u00e9veloppement en forme de cloche. Dans les ann\u00e9es 80 du XVIIIe si\u00e8cle, il fut d\u2019autant mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait rare et recherch\u00e9 par un patronat industriel, qui avait besoin d\u2019une rentabilit\u00e9 rapide de ses investissements. Il fut d\u2019autant plus appr\u00e9ci\u00e9 \u2014 dans toutes les acceptions du terme \u2014 qu\u2019au cours des journ\u00e9es d\u2019\u00e9meutes anti-machines \u00e0 Rouen et Sotteville, des 11, 12, 13, et 14 juillet 1789<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\">[51]<\/a>, puis en septembre et octobre, les fileurs et le personnel des filatures furent arm\u00e9s par leurs patrons pour d\u00e9fendre leurs ateliers. Ils firent feu sur les assaillants qui \u00e9taient des artisans toiliers de Darn\u00e9tal, victimes de la concurrence anglaise. Pendant la p\u00e9riode de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire, leur industrie b\u00e9n\u00e9ficia de l\u2019\u00e9norme march\u00e9 d\u2019\u00c9tat que consistait l\u2019\u00e9quipement en uniformes des arm\u00e9es, qui compensa la perte du d\u00e9bouch\u00e9 traditionnel du commerce triangulaire. Leurs r\u00e9mun\u00e9rations rest\u00e8rent fortes malgr\u00e9 l\u2019accroissement rapide du nombre des filatures, et du nombre de fileurs. Pendant la Restauration, marqu\u00e9e par un fort recul des march\u00e9s de l\u2019\u00c9tat cons\u00e9cutif \u00e0 la paix, mais surtout dans les\u00a0 ann\u00e9es 20, les fileurs commenc\u00e8rent \u00e0 subir des pressions r\u00e9guli\u00e8res sur les salaires, sous pr\u00e9texte de crises \u00e9conomiques. Et comme nous l\u2019avons \u00e9crit plus haut, les progr\u00e8s techniques eurent finalement raison de leur m\u00e9tier dans la 2<sup>e<\/sup> moiti\u00e9 des ann\u00e9es 30.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 bien y regarder c\u2019est le cas de tous les m\u00e9tiers. Ils apparaissent, se d\u00e9veloppent, atteigne une acm\u00e9, puis d\u00e9croissent et disparaissent, et avec eux une certaine culture ouvri\u00e8re. On observe, par exemple, le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne avec les ajusteurs qui, en plus d\u2019\u00eatre une aristocratie ouvri\u00e8re \u00e0 la fin du &nbsp;19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et au d\u00e9but du si\u00e8cle suivant, fournissent des l\u00e9gions de militants de premier plan tant au plan syndical que politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En faisant conna\u00eetre cette histoire de fileurs, nous avons conscience de faire d\u00e9couvrir un monde disparu, et au sein de celui-ci des acteurs qui, parmi les premiers au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ont ouvert la voie de l\u2019organisation collective qui deviendra le syndicalisme. Dans une compl\u00e8te clandestinit\u00e9, contraints par l\u2019absence totale de droits et de libert\u00e9s, ils ont su construire un processus revendicatif impliquant la masse de leur profession, et au del\u00e0. Ils avaient tout contre eux&nbsp;: les lois, l\u2019\u00c9tat, le patronat. Et malgr\u00e9 cela ils se sont lev\u00e9s, poussant le plus loin possible l\u2019action pour la satisfaction de leurs revendications. Dans le patronat ils sont nombreux \u00e0 vouloir nous ramener dans cet \u00e9tat de domination. Prenons soin de nos droits et libert\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui. D\u00e9fendons le droit de gr\u00e8ve et les libert\u00e9s syndicales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Ouvrages consult\u00e9s&nbsp;:<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Journal de Rouen<\/em>, ao\u00fbt-d\u00e9cembre 1825, ainsi que des articles et avis \u00e9pars, sur la p\u00e9riode de 1810 \u00e0 1848.<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Alain, <em>l\u2019\u00e9volution industrielle de la Vall\u00e9e du Cailly <\/em>(1850-1914), in&nbsp;: <em>\u00c9tudes normandes<\/em> N\u00b0252, 3e trimestre 1972,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Alain, <em>Les \u00ab \u00c9v\u00e9nements \u00bb du Houlme (ao\u00fbt 1825). Une r\u00e9volte d&rsquo;ouvriers fileurs dans la banlieue rouennaise<\/em>. In:<em> \u00c9tudes Normandes, 30e ann\u00e9e, n\u00b04, 1981. Normands d&rsquo;ici&#8230; et d&rsquo;ailleurs&#8230; pp. 41-46.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alain Alexandre, <em>Les Cahiers de Sylveison<\/em>, N\u00b010, sept. 2006, <em>Les \u00e9v\u00e9nements du Houlme d&rsquo;Ao\u00fbt 1825, une r\u00e9volte d&rsquo;ouvriers fileurs dans la banlieue rouennaise<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Boucher Athelme,<em> Troubles du Houlme,<\/em> <em>pi\u00e8ces pr\u00e9liminaires ant\u00e9rieurement produites \u00e0 l\u2019appui de divers m\u00e9moires<\/em>, Imprimerie, novembre 1825,<\/p>\n\n\n\n<p>Chaline Jean-Pierre, <em>Les dynasties normandes<\/em>, Perrin, 2009<\/p>\n\n\n\n<p>Costaz, <em>Lois et instructions minist\u00e9rielles sur les Manufactures, les Ateliers, les Ouvriers et la propri\u00e9t\u00e9 des Auteurs de D\u00e9couvertes Dans les Arts<\/em>; (Brevets d\u2019Invention.), <em>Le tout pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9moire sur les moyens qui ont amen\u00e9 le grand essor pris par l&rsquo;industrie fran\u00e7aise depuis 1793, jusqu&rsquo;en 1815.<\/em> 1819, Ed. Firmin Didot ; Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement Droit, \u00e9conomie, politique, 8-F-3750<\/p>\n\n\n\n<p>Dubuc Georges, <em>Les troubles du Houlme il y a cent ans<\/em>, in&nbsp;: <em>Journal de Rouen<\/em>, 27 septembre 1925, p3<\/p>\n\n\n\n<p>Fallue L\u00e9on, <em>l\u2019Histoire du ch\u00e2teau de Radepont et de l\u2019abbaye de Fontaine-Gu\u00e9rard<\/em>, 1851<\/p>\n\n\n\n<p>Hubert-Rouger, <em>la France socialiste<\/em>, tome III, in <em>Encyclop\u00e9die socialiste, syndicale et coop\u00e9rative de l&rsquo;Internationale ouvri\u00e8re <\/em>\/ publ. sous la dir. technique de Comp\u00e8re-Morel ; dir.-propagateur Jean-Lorris ; 3, 9-12 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le Prat D., <em>Aide-m\u00e9moire de l\u2019Industrie textile<\/em>, Librairie polytechnique, Ch. B\u00e9ranger \u00e9diteur, Paris VI<sup>e<\/sup>, 1<sup>er<\/sup> juin 1920.<\/p>\n\n\n\n<p>Tigier Herv\u00e9, <em>Tribunal correctionnel de Montfort<\/em> [Montfort-sur-Meu], tome II.<\/p>\n\n\n\n<p>Vautier F., <em>l\u2019Art du filateur de coton<\/em>, 1821<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Voir ci-apr\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1 -la liste des relax\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>2- liste des ouvriers animateurs de la coalition de son entreprise, d\u00e9nonc\u00e9s par Jacques Lavavasseur<\/p>\n\n\n\n<p>3- liste des ouvriers arr\u00eat\u00e9s le 6 ao\u00fbt et lib\u00e9r\u00e9s suite \u00e0 l\u2019intervention du maire<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Annexes&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1- Liste des fileurs lib\u00e9r\u00e9s&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 16&nbsp;ao\u00fbt le procureur en relaxe 25&nbsp;personnes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Larose Louis F\u00e9lix, de Barentin\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>H\u00e9dier C\u00e9cile, Cafournel Anne, Graindor Jean Auguste, Cantel Aimable, de Pavilly\u00a0; Carzy Alz\u00e9ard et Filleul Antoine Benoit, de Montville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Vesques Louis, Leroux Amand, Meyant Hyppolite, et Joly Jean Prosper, de Malaunay\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Philippe Louis Fran\u00e7ois, Petit Pierre, Mmes\u00a0Delahaye, n\u00e9e Grevon, Rosalie Dormesnil n\u00e9e Quesnel, Quesnel Jean Fran\u00e7ois, Quevillon Jean Baptiste, et Gu\u00e9roult Jean Baptiste, du Houlme\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Gouelle Jean-Charles, et B\u00e9nard Aimable, de Bondeville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Minard Jean Stanislas, Dijon, Pierre F\u00e9lix, et Barbier Pierre Charles Vincent, de D\u00e9ville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Caumont Louis et Hurard Pierre Victor, de Rouen.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le 23&nbsp;ao\u00fbt il en relaxe 25 autres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Colignon Pierre Auguste, Colignon Louis, Pain Eug\u00e8ne, Foulon Louis Fr\u00e9d\u00e9rique, Grav\u00e9 Jean Louis, de Pavilly\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Mercier Jean Auguste, de Barentin\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Ballout Louis, Caron Jacques, Desbleds Michel, Briffard Prosper Nestor, Mme\u00a0Madeleine Lezuriern\u00e9e Quesnel, et Mlle Letellier du Houlme\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Alexandre Ars\u00e8ne, d\u2019\u00c9manville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Jouanne Louis Alexandre d\u2019Houppeville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Mazurier Jean, Le Billonnais Am\u00e9d\u00e9e, De Montville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Dumont Jacques Lambert, De Maromme\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Damourette Narcisse D\u00e9sir\u00e9, de Bondeville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Vintras D\u00e9sir\u00e9, Farcy Jacques, Gouellain Jean Hyacinthe, Aveigne Auguste, de Malaunay\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Plouin P\u00e8re, Plouin Ren\u00e9, Fils, et Baunel Napol\u00e9on, de Rouen.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019ouverture du Proc\u00e8s Le 11 Septembre, il en relaxe 10 autres:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Petit Parfait, de Fresquiennes\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Barbier Vincent, de D\u00e9ville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Leclerc Ars\u00e8ne, Fouet Louis Joachim, Hurel Ange Benjamin, de Malaunay\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Godalier Isidore Julien, Beaucousin Jean-Christophe, du Houlme\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Binet Jean-Pierre, de Barentin\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Martin dit Faucon Thomas, de Pavilly\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Edde dit Largillier Adolphe, de Sotteville\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>La Ferriere Aim\u00e9, originaire de Paris.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>2- Liste des ouvriers de la filature Levavasseur, d\u00e9nonc\u00e9s par celui-ci<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00a0C\u00e9rille Deperrois dit Deperrois \u00ab\u00a0le jeune\u00a0\u00bb, Isidore Godalier, Duval, Hauchecorne, demeurant au Houlme\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Fouette [Fouet\u00a0?] \u00ab\u00a0Fouette jeune\u00a0\u00bb, demeurant \u00e0 Malaunay au lieu dit le Nouveau-monde\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Hurel, demeurant \u00e0 Malaunay, hameau de St Maurice\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Baillif, demeurant \u00e0 Montville.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>3- Liste des fileurs arr\u00eat\u00e9s le 6 ao\u00fbt et lib\u00e9r\u00e9s suite \u00e0 l\u2019intervention du maire du Houlme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Pierre-Fr\u00e9d\u00e9ric Bataille, Pierre B\u00e9nard, Jean-Fran\u00e7ois Quesnel, Louis V\u00eaque, Louis Droit du Houlme<\/li>\n\n\n\n<li>Paul H\u00e9bert, de Bondeville<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563, lettre du juge de paix de Pavilly&nbsp; au procureur du Roi&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Par suite d\u2019une faiblesse de commerce, les filateurs ont cru de leur int\u00e9r\u00eat de r\u00e9duire les salaires de leurs ouvriers. Ils y ont r\u00e9ussi \u00e0 diverses reprises. (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Fernand Leganeux fut secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Union locale unitaire du Havre en 1931, avant de devenir secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la 19<sup>e<\/sup> r\u00e9gion unitaire. En 1936, il devint le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Union d\u00e9partementale CGT r\u00e9unifi\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 1939. A la Lib\u00e9ration il retrouva son poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et le resta jusqu\u2019en 1955. Voir <em>Le Maitron.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Par contre les troubles du Houlme sont omis dans <em>la France socialiste<\/em> d\u2019Hubert-Rouger, tome III, dans <em>l\u2019Encyclop\u00e9die socialiste, syndicale et coop\u00e9rative<\/em> publi\u00e9e sous la direction de Comp\u00e8re-Morel, publi\u00e9e entre 1912 et 1921, ainsi que dans <em>la Monographie de la Seine-inf\u00e9rieure<\/em> d\u2019Ernest Lepez, 1921, \u00e9dit\u00e9e par le Parti communiste.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Comme moteur, dans les premi\u00e8res filatures et notamment celles de Rouen, on a pu utiliser des man\u00e8ges de chevaux. Plus tard on remplacera le moteur hydraulique par la machine \u00e0 vapeur<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Le <strong>Cailly<\/strong> est une rivi\u00e8re de Seine-Maritime, affluent de la Seine dans laquelle elle se jette \u00e0 l\u2019ouest de Rouen. Elle coule dans une vall\u00e9e \u00e9troite et encaiss\u00e9e, et traverse, du nord au sud, les communes de Montville, Malaunay, le &nbsp;Houlme, Notre-Dame-de-Bondeville, Maromme et D\u00e9ville-l\u00e8s-Rouen.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Alizarine&nbsp;: colorant rouge d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale, extrait de la racine de la garance (<em>Rubia tinctorum L<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Indigo&nbsp;: colorant &nbsp;d&rsquo;une couleur bleu fonc\u00e9 tr\u00e8s puissante<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Alain Alexandre, <em>l\u2019\u00e9volution industrielle de la Vall\u00e9e du Cailly (1850-1914),<\/em> <em>\u00c9tudes normandes<\/em> N\u00b0252, 3<sup>e<\/sup> trimestre 1972.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Vers 1825, l\u2019Austreberthe s\u2019appelle encore Esne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> La <strong>mule-jenny<\/strong> est une machine \u00e0 filer \u00e0 \u00e9nergie hydraulique qui, au fur et \u00e0 mesure de ses perfectionnements, fila d\u2019un m\u00eame mouvement de 30 \u00e0 1&nbsp;000&nbsp;fils en m\u00eame temps. Elle fut invent\u00e9e en Angleterre en 1779 par Samuel Crompton.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> B\u00e9ly ou Billy&nbsp;: mulle-jenny utilis\u00e9e pour le filage en doux.&nbsp; Vautier F., <em>l\u2019Art du filateur de coton<\/em>, 1821, page 202<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Chapitre \u00ab&nbsp;de la filature en fin&nbsp;\u00bb, Vautier F., ouvrage cit\u00e9, page 229.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> En 1821, le chariot se d\u00e9place sur une distance de 90 cm et 1,20 m&nbsp;selon les machines : \u00ab&nbsp;Le chariot \u00e9tant arriv\u00e9 au terme de sa course qui est de trois \u00e0 quatre pieds, un m\u00e9canisme fait d\u00e9grener la roue&nbsp;\u00bb (\u2026)&nbsp;; Vautier F., ouvrage cit\u00e9, page 213<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> <strong>Cardes&nbsp;<\/strong>: Machines servant \u00e0 carder c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9m\u00ealer et a\u00e9rer les fibres textiles \u00e0 partir de divers mat\u00e9riaux bruts, avant de pouvoir les filer.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> La <strong>loi Le Chapelier<\/strong>, promulgu\u00e9e en France le 14 juin 1791, est une <strong>loi<\/strong> ayant interdit tout groupement professionnel, que ce soit de gens de m\u00e9tier, les \u00ab\u00a0maitres\u00a0\u00bb, ou de leurs ouvriers et apprentis<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Costaz, \u00ab&nbsp;<em>Lois et instructions minist\u00e9rielles sur les Manufactures, les Ateliers, les Ouvriers et la propri\u00e9t\u00e9 des Auteurs de D\u00e9couvertes Dans les Arts; (Brevets d\u2019Invention.), Le tout pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9moire sur les moyens qui ont amen\u00e9 le grand essor pris par l&rsquo;industrie fran\u00e7aise depuis 1793, jusqu&rsquo;en 1815<\/em>&nbsp;\u00bb, 1819, Ed. Firmin Didot ; Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement Droit, \u00e9conomie, politique, 8-F-3750<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Extrait de l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 9 frimaire an XII, instaurant le livret ouvrier&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> idem<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 10M330.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Art. <strong>415<\/strong>. \u00ab&nbsp;Lorsque les faits punis par <strong>l<\/strong>&lsquo;article pr\u00e9c\u00e9dent auront \u00e9t\u00e9 commis par suite d&rsquo;un plan concert\u00e9, les coupables pourront \u00eatre mis, par l&rsquo;arr\u00eat ou le jugement, sous la surveillance de la haute police pendant deux ans au moins et cinq ans au plus.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563, interrogatoire lors de l\u2019audience du tribunal lors du proc\u00e8s pour coalition des 26, 27 et 28 septembre 1825.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Interrogatoire de Nicolas Tellier, cafetier \u00e0 Notre-Dame-de-Bondeville, lors de l\u2019audience du tribunal lors du proc\u00e8s pour coalition des 26, 27 et 28 septembre 1825.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> [23] Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Instruction d\u2019Alexandre Charles Langlois du Glichon, juge d\u2019auditeur au tribunal civil de Rouen, le 8 ao\u00fbt 1825, interrogatoire d\u2019Ad\u00e8le Doisy, du Houlme.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Situ\u00e9 \u00e0 Pavilly, rue de Goupilli\u00e8res, \u00e0 cot\u00e9 du Pont, vraisemblablement le b\u00e2timent en brique occup\u00e9 actuellement par l\u2019optique Lefebvre. Il fut construit au tout d\u00e9but du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par M. Joly, pionnier de la filature \u00e0 Pavilly, pour loger les jeunes fileurs rouennais embauch\u00e9s dans ses filatures.&nbsp; Voir <em>Le Journal de Rouen<\/em> jeudi 24 octobre 1822, page 4&nbsp;; et ADSM 4<sup>E<\/sup> 87, bail le sieur Joly au sieur Ancel, le 6 ao\u00fbt 1820.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre du juge de paix de Pavilly&nbsp; au procureur du Roi&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Interrogatoire d\u2019Amable Ancel, cabaretier, demeurant \u00e0 Pavilly. Audience du tribunal lors du proc\u00e8s pour coalition des 26, 27 et 28 septembre 1825.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Interrogatoire de Jacques Lema\u00eetre, filateur \u00e0 Pavilly. Audience du tribunal lors du proc\u00e8s pour coalition des 26, 27 et 28 septembre 1825.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre du juge de paix de Pavilly&nbsp; au procureur du Roi&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Idem.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> La pes\u00e9e du fil permettait de valider le travail quotidien du fileur<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Jean-Pierre Chaline, <em>Les dynasties normandes<\/em>, Perrin, 2009, p 201-202<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> <em>Le Journal de Rouen<\/em>, 22 juillet 1811, annonce de la vente par \u00ab&nbsp;folle ench\u00e8re&nbsp;\u00bb de la filature du Houlme<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Jean-Pierre Chaline, <em>Les dynasties normandes<\/em>, Perrin, 2009, <em>filateurs et tisseurs,<\/em> note 19&nbsp;: L\u00e9on Fallue, <em>l\u2019Histoire du ch\u00e2teau de Radepont et de l\u2019abbaye de Fontaine-Gu\u00e9rard<\/em>, 1851, p100-101.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Information 8 ao\u00fbt 1825, dans l\u2019affaire de Deperroy jeune, Jouette jeune, et autres&nbsp;; instruction de Alexandre Charles Langlois du Glichon, juge d\u2019auditeur au tribunal civil de Rouen&nbsp;; interrogatoire deJean-Baptiste Portevin, \u00e2g\u00e9 de 38 ans, brigadier de gendarmerie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Interrogatoire de Deperroy jeune, Jouette jeune, et autres,&nbsp;8 ao\u00fbt 1825,; instruction de Alexandre Charles Langlois du Glichon, juge d\u2019auditeur au tribunal civil de Rouen&nbsp;; interrogatoire de<strong> <\/strong>Jean-Baptiste Portevin, \u00e2g\u00e9 de 38 ans, brigadier de gendarmerie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre du Juge de Paix du canton de Maromme au procureur du roi, 8 ao\u00fbt 1825, 3 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre du maire de la commune du Houlme au procureur du roi pr\u00e8s le tribunal civil de Rouen, Le Houlme, 9 ao\u00fbt 1825.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> <em>Le Journal de Rouen<\/em>, 10 ao\u00fbt 1825<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Le p\u00e8re de Gustave Flaubert<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre du maire de la commune du Houlme au procureur du roi pr\u00e8s le tribunal civil de Rouen Le Houlme, 9 ao\u00fbt 1825,<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre de Terrien, maire de Montville, au procureur du roi, en date du 13 ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine Maritime, cote 2U 565<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Recherches dans l\u2019\u00c9tat civil du Houlme.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> L\u2019<strong>affaire R\u00e9veillon<\/strong> est une r\u00e9volte populaire, qui eut lieu du 26 avril au 28 avril 1789 au faubourg Saint-Antoine, \u00e0 Paris, dans une imprimerie de papier peints. Cet \u00e9v\u00e9nement est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment avant-coureur de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 et, \u00e0 plus grande \u00e9chelle, de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> <em>Le Journal de Rouen<\/em>, 23 septembre 1825<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U563. Lettre du pr\u00e9fet de Seine-Inf\u00e9rieure au procureur de la R\u00e9publique, en date du 24 ao\u00fbt 1825<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Herv\u00e9 Tigier, <em>Tribunal correctionnel de Montfort<\/em> [Montfort-sur-Meu], tome II. Arrestation \u00e0 Boisgervilly (35) d\u2019un individu pr\u00e9sentant une ressemblance avec Th\u00e9odore Larose, \u00ab&nbsp;pr\u00e9venu de r\u00e9bellion dans la r\u00e9gion deRouen. Il est mis en libert\u00e9 par non-lieu, le 25 septembre 1825.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 2U 1365, cour d\u2019assises.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime, cote 2U\/4\/1320, Greffe du tribunal correctionnel Rouen, jugements (du 5 avril 1829 au 24 octobre 1831)&nbsp;; cote 10M330&nbsp;; et <em>Journal de Rouen<\/em>, de fin ao\u00fbt \u00e0 fin septembre 1830.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> \u00c9mile Bosquet, <em>Le Roman des ouvri\u00e8res<\/em>, Paris, A. Faure, 1868&nbsp;; r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par <em>L&rsquo;\u00c9cho des Vagues<\/em>, 6 octobre 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> Jef Horn, <em>Machine-breaking in England and France during the Age of Revolution, <\/em>https:\/\/historycooperative.org, 2005&nbsp;; Vautier F., ouvrage cit\u00e9, page 14&nbsp;; Archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime,&nbsp; 202 BP 12, 13, et 14.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L\u2019augmentation ou le livret\u00a0\u00bb\u00a0: une coalition et sa r\u00e9pression dans les vall\u00e9es du Cailly et de l\u2019Austreberthe (Seine-Inf\u00e9rieure, Seine-Maritime). Par Gilles Pichavant (\u00c9tude publi\u00e9e en avril 2022, dans Le Fil Rouge n\u00b075, la revue de l&rsquo;Institut CGT d&rsquo;Histoire sociale de&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2024\/12\/19\/1825-insurrection-au-houlme-un-jeune-ouvrier-guillotine\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[215,3,8,13],"tags":[484,494,498,478,11,480,502,496,504,492,482,500],"class_list":["post-1529","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","category-histoire","category-histoire-sociale","category-syndicalisme","tag-barentin","tag-bondeville","tag-canteleu","tag-filature","tag-le-fil-rouge","tag-le-houlme","tag-malaunay","tag-maromme","tag-montville","tag-mule-jenny-3","tag-pavilly","tag-rouen"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1529","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1529"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1529\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1562,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1529\/revisions\/1562"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1529"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1529"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1529"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}