{"id":1570,"date":"2017-10-20T18:59:00","date_gmt":"2017-10-20T17:59:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/?p=1570"},"modified":"2024-12-20T19:53:54","modified_gmt":"2024-12-20T18:53:54","slug":"juin-1917-la-grande-greve-des-midinettes-en-region-rouennaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2017\/10\/20\/juin-1917-la-grande-greve-des-midinettes-en-region-rouennaise\/","title":{"rendered":"Juin 1917\u00a0: la grande gr\u00e8ve des \u00ab\u00a0midinettes\u00a0\u00bb en r\u00e9gion rouennaise"},"content":{"rendered":"<div class=\"fblike_button\" style=\"margin: 10px 0;\"><iframe src=\"http:\/\/www.facebook.com\/plugins\/like.php?href=https%3A%2F%2Fwww.gillespichavant.com%2Fblog%2F2017%2F10%2F20%2Fjuin-1917-la-grande-greve-des-midinettes-en-region-rouennaise%2F&amp;layout=standard&amp;show_faces=false&amp;width=450&amp;action=like&amp;colorscheme=light\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" allowTransparency=\"true\" style=\"border:none; overflow:hidden; width:450px; height:25px\"><\/iframe><\/div>\n<p>Gilles Pichavant <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9tude publi\u00e9 dans le Fil Rouge n\u00b063 (juillet 2017) <\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"672\" height=\"947\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1573\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-1.png 672w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-1-213x300.png 213w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-1-260x366.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 672px) 100vw, 672px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Une du n\u00b063 du Fil Rouge, revue de l&rsquo;Institut CGT d&rsquo;Histoire sociale de Seine-Maritime<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Aussi \u00e9tonnant que cela puisse para\u00eetre, au beau milieu de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> guerre mondiale, le printemps 1917 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 en France par le surgissement d\u2019un immense mouvement social aujourd\u2019hui oubli\u00e9, qui fut appel\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>gr\u00e8ve des midinettes<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce fut un mouvement consid\u00e9rable, qui, d\u00e9marr\u00e9 \u00e0 Paris, connut un d\u00e9veloppement important dans de nombreuses r\u00e9gions de France, et provoqua le vote, en urgence, de l\u2019une des premi\u00e8res lois de r\u00e9duction du temps de travail&nbsp;: la semaine anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut une gr\u00e8ve de femmes qui, accul\u00e9es \u00e0 des conditions de vies tr\u00e8s difficiles, se mirent en gr\u00e8ve pour obtenir du temps libre pour s\u2019organiser, et des salaires leur permettant de vivre et de faire vivre leurs familles.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"940\" height=\"671\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1572\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image.png 940w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-300x214.png 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-768x548.png 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-260x186.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Source: Gallica.fr<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La Guerre, la Paix, la R\u00e9volution, les p\u00e9nuries.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au printemps de 1917, on est \u00e0 un tournant de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> guerre mondiale qui dure depuis bient\u00f4t trois ans. C\u2019est l\u2019\u00e9poque de la bataille sanglante du \u00ab&nbsp;Chemin des Dames<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;\u00bb, et des mutineries.<\/p>\n\n\n\n<p>Au plan international, on balance entre espoir et d\u00e9sillusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Du cot\u00e9 espoir, le d\u00e9clenchement de la premi\u00e8re r\u00e9volution russe, \u00e9tincelle lumineuse renforc\u00e9e par les d\u00e9bats qui traversent le parti socialiste&nbsp;au pouvoir dont la presse nationale et locale font un large \u00e9cho: pour ou contre la participation au congr\u00e8s de Stockholm<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;; pour ou contre la poursuite de la guerre, ou pour ou contre la paix imm\u00e9diate&nbsp;; la question des conseils ouvriers, etc. Elle fait r\u00eaver \u00e0 la paix.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019oppos\u00e9 c\u2019est l\u2019\u00e9poque de l\u2019entr\u00e9e en guerre des \u00c9tats-Unis<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> qui \u00e9loigne cet espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019arri\u00e8re ce sont hausses des prix et p\u00e9nuries, car depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e les sous-marins allemands<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> ont lanc\u00e9 contre les navires de commerce une vaste offensive destructrice. Le nombre de navires coul\u00e9s est tel, qu\u2019il fait craindre au gouvernement de ne plus pouvoir assurer la soudure entre les r\u00e9serves et les futures r\u00e9coltes. Le sucre, la viande, et le charbon manquent. Des mesures de rationnement sont d\u00e9cid\u00e9es, qui prennent la forme de \u00ab&nbsp;soirs sans viande&nbsp;\u00bb, qui sont un fiasco, puis de \u00ab&nbsp;jours sans viande&nbsp;\u00bb qui ont un effet d\u00e9sastreux sur le moral des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 21 mai le <em>Journal de Rouen<\/em> avait \u00e9voqu\u00e9 la situation parisienne \u00ab&nbsp;<em>Avant-hier, veille des premiers jours sans viande, la population s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e vers les boucheries pour y prendre des approvisionnements. A 11 heures du matin les \u00e9tals \u00e9taient d\u00e9garnis. Aux Halles, cet empressement a favoris\u00e9 une hausse sans pr\u00e9c\u00e9dent<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9crit la presse \u00e0 propos de la situation parisienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginons les difficult\u00e9s dans laquelle se d\u00e9m\u00e8nent ces jeunes femmes, en charge de famille, dont les horaires interdisent l\u2019acc\u00e8s au ravitaillement&nbsp;rationn\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette situation n\u2019est pas sp\u00e9cifiquement parisienne. En Seine-Inf\u00e9rieure la tension est palpable, et l\u2019on rel\u00e8ve des incidents notables qui ont lieu dans les march\u00e9s de Sotteville<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, d\u2019Auffay<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> \u2014 mais aussi du Havre<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a> \u2014 o\u00f9 les vendeurs sont pris \u00e0 partie par des consommateurs qui leur reprochent de pratiquer des prix prohibitifs,&nbsp;et bousculent leurs \u00e9tals. Cela donne lieu \u00e0 arrestations et poursuites.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-7.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"817\" height=\"932\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-7.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1579\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-7.png 817w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-7-263x300.png 263w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-7-768x876.png 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-7-260x297.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 817px) 100vw, 817px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Courrier du syndicat CGT de l&rsquo;Aiguille de la Ville de Rouen au pr\u00e9fet de Seine-Inf\u00e9rieure, du 30 mai 1917 (Archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime, cote 10M 352)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Une gr\u00e8ve dans un contexte de guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La situation devient si dure, qu\u2019un mouvement social in\u00e9dit se d\u00e9clenche et s\u2019\u00e9tend comme une train\u00e9e de poudre \u00e0 Paris, puis en banlieue, puis dans le reste de la France. Il commence modestement le 13 mai, dans un atelier de confection des Champs \u00c9lys\u00e9es, avec quelques 250 gr\u00e9vistes. Au d\u00e9but, ces couturi\u00e8res ne demandent pas grand-chose&nbsp;: un peu de temps libre pour s\u2019organiser, sans que cela ne gr\u00e8ve le salaire&nbsp;! Mais le patron leur refuse ne serait-ce qu\u2019un moment pour faire les courses n\u00e9cessaires \u00e0 la subsistance des familles. Devant ce refus, elles d\u00e9boulent \u00e0 la Bourse du travail et s\u2019adressent \u00e0 la CGT.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le moment, la CGT de l\u2019\u00e9poque se trouve tr\u00e8s emb\u00eat\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e de ces femmes. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l\u2019exception de rares corporations \u2014 comme par exemple les Tabacs \u2014 les syndicalistes sont des hommes. En effet, le syndicalisme s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 dans la m\u00e9tallurgie, le b\u00e2timent, les chemins de fer, les mines, et les ports et dock, etc. C&rsquo;est-\u00e0-dire des secteurs \u00e0 main d\u2019\u0153uvre masculine. La couture est un secteur qui n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 syndicalis\u00e9. Aujourd\u2019hui on est en guerre, et le syndicalisme s\u2019en est trouv\u00e9 d\u00e9sorganis\u00e9 \u00e0 cause de la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. Certes il a fallu faire appel aux femmes pour faire tourner l\u2019industrie, mais, du cot\u00e9 du syndicalisme, le fait est qu\u2019on ne remplace pas ex-nihilo une g\u00e9n\u00e9ration de militants. De fait, ceux qui animent les rares organisations encore existantes sont des hommes d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9s ou des \u00ab&nbsp;affect\u00e9s sp\u00e9ciaux&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire des sp\u00e9cialistes qu\u2019on a fait revenir du front. Parmi eux on trouve aussi des cheminots affect\u00e9s \u00e0 leur service, militaris\u00e9 pour assurer la logistique de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre probl\u00e8me \u00e0 surmonter&nbsp;: la CGT est impliqu\u00e9e dans l\u2019Union sacr\u00e9e. M\u00eame s\u2019il existe en son sein des minoritaires qui militent contre la guerre, elle soutient majoritairement le gouvernement et l\u2019effort de guerre. Rappelons que dans celui-ci il y a des ministres socialistes \u00e0 des postes cl\u00e9s, comme Viviani, cofondateur de l\u2019Humanit\u00e9 avec Jean Jaur\u00e8s, pr\u00e9sident du conseil au moment de la d\u00e9claration de guerre et ministre de la justice en 1917.<\/p>\n\n\n\n<p>La CGT tente une d\u00e9marche d\u2019apaisement, et tente de n\u00e9gocier avec le patron. Mais celui-ci est un patron de choc, dont la client\u00e8le est riche. Il &nbsp;n\u2019entend rien c\u00e9der, et le conflit s\u2019enlise.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"582\" height=\"622\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1574\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-2.png 582w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-2-281x300.png 281w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-2-260x278.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 582px) 100vw, 582px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le conflit s\u2019\u00e9tend&nbsp; comme une train\u00e9e de poudre !<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 15 mai <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em> \u00e9voque bri\u00e8vement \u00ab&nbsp;conflit des couturi\u00e8res&nbsp;\u00bb, pendant que le reste de la presse, au milieu des communiqu\u00e9s de guerre, renseigne surrestrictions de viande qui ne doivent pas subir d\u2019exceptions. \u00ab&nbsp;<em>Le ministre Violette refuse la vente des abats de la volaille et du gibier les jours sans viande<\/em><a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. <em>Initialement les \u00ab&nbsp;jeudi et vendredi&nbsp;\u00bb avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9s comme \u00e9tant les jours sans viande&nbsp;; mais le lundi pourrait le devenir \u00e0 la place de l\u2019un des deux jours annonc\u00e9s&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 16, la gr\u00e8ve surgit dans la presse parisienne, et l\u2019on commence \u00e0 l\u2019appeler \u00ab&nbsp;gr\u00e8ve des midinettes&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Les ouvri\u00e8res de 3 maisons de couture \u2014 avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es, place Vend\u00f4me et rue Boissy-d\u2019Anglas \u2014 se sont mises en gr\u00e8ve. Les unes demandent la semaine anglaise avec une augmentation de salaire&nbsp;; d\u2019autres, un franc par jour d\u2019indemnit\u00e9 de vie ch\u00e8re, en plus du salaire normal<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le 17, la presse estime le nombre de gr\u00e9vistes \u00e0 2500&nbsp;; le 18, elles sont 3500&nbsp;; le 19, <strong><em>\u00ab<\/em><\/strong><em>&nbsp;la gr\u00e8ve s\u2019\u00e9tend&nbsp;<strong>; <\/strong>7500 ouvri\u00e8res ch\u00f4ment&nbsp;: 31 maisons de couture sont atteintes. Les gr\u00e9vistes ont manifest\u00e9 en divers endroits. A 10h00 du matin, r\u00e9union \u00e0 la Bourse du Travail<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><strong>[9]<\/strong><\/a>&nbsp;<\/em>\u00bb o\u00f9 le pr\u00e9sident de la chambre patronale reconnait que les salaires ne permettent pas de vivre, et que l\u2019indemnit\u00e9 de vie ch\u00e8re lui semble l\u00e9gitime. Mais concernant la semaine anglaise il d\u00e9clare ne peut pas s\u2019engager au nom des patrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 20 mai, \u00ab&nbsp;<em>le nombre de gr\u00e9vistes augmente toujours&nbsp;; celles-ci sont maintenant une dizaine de mille<\/em>&nbsp;\u00bb et 40 maisons. Les revendications sont d\u00e9sormais d\u00e9finies&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;aucun renvoi pour faits de gr\u00e8ve&nbsp;; suppression des r\u00e8glements d\u2019ateliers&nbsp;; indemnit\u00e9s quotidiennes de chert\u00e9 de vie de 1 frs pour les ouvri\u00e8res et de 50 centimes pour les apprenties<\/em>.&nbsp;<em>Seule la question de la semaine anglaise reste en suspend&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 mai, la gr\u00e8ve s\u2019\u00e9tend \u00e0 d\u2019autres corporations (ex: la fourrure, la banque, etc.)&nbsp;; Le 26 mai: papier-carton, &nbsp;\u00e9lectriciennes, confection militaire, chaussure, etc.&nbsp;; Le 29 mai&nbsp;: optique, tissus en gros, personnel de restaurants, fonctionnaires du minist\u00e8re de la guerre, etc.&nbsp;; A partir du 30 mai, elle s\u2019\u00e9tend en banlieue (ex: Billancourt), et arrive en province: Lyon, Rouen&nbsp;; le 3 juin elle est \u00e0 Marseille, Bordeaux Laval. Le 10 juin elle arrive, \u00e0 Dijon, Vierzon, Limoges. Etc.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc un immense mouvement national, quasi essentiellement de femmes, qui cr\u00e9ent leurs syndicats, et se syndiquent toutes, et en masse.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s vite le pouvoir a conscience que la gr\u00e8ve menace de devenir g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;et craint que la situation ne devienne incontr\u00f4lable.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"611\" height=\"783\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1575\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-3.png 611w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-3-234x300.png 234w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-3-260x333.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 611px) 100vw, 611px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>L&rsquo;Humanit\u00e9, Gallica.fr<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La \u00ab&nbsp;semaine anglaise&nbsp;\u00bb&nbsp;: une loi vite discut\u00e9e et vite vot\u00e9e !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab&nbsp;semaine anglaise&nbsp;\u00bb est mise \u00e0 l\u2019ordre du jour de la chambre des d\u00e9put\u00e9s, car iI faut l\u00e9gif\u00e9rer rapidement, et cela sera fait en moins de 3 semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cette expression&nbsp; de \u00ab&nbsp;semaine anglaise&nbsp;\u00bb&nbsp;? Parce qu\u2019au milieu de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> d\u00e9cennie du si\u00e8cle, les travailleurs anglais ont obtenu la limitation de la semaine de travail \u00e0 5 jours. C\u2019est la cr\u00e9ation du <em>weekend<\/em>&nbsp;!&nbsp; Cet acquis social fait r\u00eaver les travailleurs fran\u00e7ais \u00e0 qui l\u2019on refuse toujours la journ\u00e9e de 8 heures.<\/p>\n\n\n\n<p>En France, en 1917, la semaine de travail est de 6 jours, avec une dur\u00e9e quotidienne de 10 heures, soit une dur\u00e9e hebdomadaire de 60 heures. Si ces horaires rendent inextricable la vie des familles ouvri\u00e8res en ces temps de p\u00e9nurie, cela affecte aussi la productivit\u00e9 du travail, les ateliers \u00e9tant d\u00e9sert\u00e9s \u00e0 la moindre nouvelle de ravitaillement.<\/p>\n\n\n\n<p>La loi, qui \u00e9dulcore une proposition de loi sur le repos hebdomadaire, d\u00e9pos\u00e9e par les d\u00e9put\u00e9s socialistes le 12 juin 1914<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, est donc rapidement vot\u00e9e \u00e0 Assembl\u00e9e nationale et au S\u00e9nat. Elle est promulgu\u00e9e le 11 juin 1917 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, et publi\u00e9e le lendemain au Journal officiel<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-5.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"792\" height=\"932\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-5.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1577\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-5.png 792w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-5-255x300.png 255w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-5-768x904.png 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-5-260x306.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 792px) 100vw, 792px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Que dit la loi&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019intitule&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Loi tendant \u00e0 organiser pour les femmes le repos de l\u2019apr\u00e8s-midi du samedi dans les entreprises du v\u00eatement<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; les femmes sont les seules concern\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article 1<sup>er<\/sup> de la loi restreint encore la population concern\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>aux entreprises vis\u00e9es par l\u2019article 33 du livre 1 du code de la pr\u00e9voyance sociale<\/em>&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la confection, la lingerie, la chaussure, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article 2 de la loi pr\u00e9voyant toutefois qu\u2019en fonction des besoins de la d\u00e9fense nationale, l\u2019application de cette loi \u00ab&nbsp;<em>pourra \u00eatre suspendue par le ministre de la guerre en ce qui concerne les ouvri\u00e8res travaillant pour la confection militaire<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est une \u00e9norme avanc\u00e9e pour ces femmes en gr\u00e8ve, jugez-en&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La semaine de travail va d\u00e9sormais du lundi matin au samedi midi<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019est une RTT de 5 heures: \u00ab\u00a0<em>55 heures pay\u00e9es 60\u00a0<\/em>\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Elle renvoie son application aux&nbsp; autres corporations \u00e0 une loi g\u00e9n\u00e9rale qui ne serait vot\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s la fin de la guerre. Elle s\u2019applique pas aux filatures, ni aux tissages, ni \u00e0 la m\u00e9tallurgie, ni aux services public, etc. ni, bien \u00e9videmment, aux industries de guerre. A bien y regarder, elle satisfait principalement les ouvri\u00e8res de la premi\u00e8re corporation qui s\u2019est mises en gr\u00e8ve, la confection, et dont le mouvement est le principal \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9 sous le qualificatif de \u00ab&nbsp;gr\u00e8ve des midinettes&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est sans doute pas anodin, et cela m\u00e9riterait une \u00e9tude plus approfondie que ne le permet cet article.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-6.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"675\" height=\"883\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-6.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1578\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-6.png 675w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-6-229x300.png 229w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-6-260x340.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime, cote 10M 352<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>La gr\u00e8ve d\u00e9bute \u00e0 Rouen en plein d\u00e9bat parlementaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au mois de mai, la situation n\u2019est pas particuli\u00e8rement calme en Seine-inf\u00e9rieure. Le 10 mai, une gr\u00e8ve importante se d\u00e9roule dans une entreprise textile de Malaunay, les \u00e9tablissements <em>Grafton,<\/em> anim\u00e9e par un syndicat affili\u00e9 \u00e0 la Bourse du Travail de Rouen. Elle va durer 11 jours, et se conclure par l\u2019augmentation de 5% des salaires, et \u00e0 la r\u00e9duction du temps de travail d\u2019une demi-heure&nbsp;; la dur\u00e9e du travail quotidien passant \u00e0 10h00.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais surtout, en fin mai, l\u2019\u00e9cho des gr\u00e8ves parisiennes finit par filtrer dans la presse rouennaise<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, malgr\u00e9 la censure. Cela fait pr\u00e8s de trois semaines que les gr\u00e8ves parisiennes ont d\u00e9but\u00e9, et le d\u00e9bat parlementaire est d\u00e9j\u00e0 bien engag\u00e9 sur la \u00ab&nbsp;semaine anglaise&nbsp;\u00bb. Le 28 mai le <em>journal de Rouen<\/em> annonce le succ\u00e8s de la gr\u00e8ve&nbsp;parisienne dans la confection, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention du gouvernement<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. On peut imaginer l\u2019effet dynamisant de cette intervention gouvernementale, contribuant au succ\u00e8s d\u2019une gr\u00e8ve, sur une population ouvri\u00e8re similaire dans notre r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, le <em>Journal de Rouen<\/em> n\u2019est pas le seul vecteur d\u2019information des ouvri\u00e8res&nbsp;: la police note dans un de ses rapports au pr\u00e9fet que, le 30 mai, dans un atelier de confection de Rouen \u2014 l\u2019entreprise \u00ab&nbsp;Philippe&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> \u2014, un extrait du journal <em>Le<\/em> <em>Petit parisien <\/em>a \u00e9t\u00e9 lu \u00e0 haute voix dans les ateliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, \u00e0 Rouen, la confection est une profession organis\u00e9e, m\u00eame si son organisation est r\u00e9cente. A l\u2019automne pr\u00e9c\u00e9dent, les ouvri\u00e8res ont cr\u00e9\u00e9 leur syndicat pendant une gr\u00e8ve soutenue par la CGT et par Tilloy, le maire socialiste de Sotteville. Il s\u2019appelle \u00ab\u00a0le Syndicat de l\u2019Aiguille de Rouen\u00a0\u00bb, et est affili\u00e9 \u00e0 la Bourse du Travail. Or dans cet article du <em>Petit parisien, <\/em>on apprend le d\u00e9tail du cahier de revendication des ouvri\u00e8res parisiennes. Les ouvri\u00e8res de Rouen n\u2019inventent rien\u00a0: elles d\u00e9posent les m\u00eames revendications aupr\u00e8s de leur patron, et, sur le refus de celui-ci de les satisfaire, elles se mettent en gr\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Les revendications sont celles-ci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Une indemnit\u00e9 journali\u00e8re de vie ch\u00e8re de 1 franc.<\/li>\n\n\n\n<li>La semaine anglaise, (<em>c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour les ouvri\u00e8res, une r\u00e9duction du temps de travail d\u2019une journ\u00e9e, sans r\u00e9duction de salaire, par l\u2019attribution du samedi libre, soit 50 heures pay\u00e9es 60 heures<\/em>).<\/li>\n\n\n\n<li>Une augmentation de 11% pour les travailleuses aux pi\u00e8ces dans les ateliers, pour compenser la semaine anglaise.<\/li>\n\n\n\n<li>Une augmentation de 25% pour les travailleuses \u00e0 domicile<\/li>\n\n\n\n<li>La reconnaissance du syndicat<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019absence de sanction pour faits de gr\u00e8ve.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Le 30 mai au soir, plusieurs ateliers de confection sont d\u00e9j\u00e0 en gr\u00e8ve, ainsi qu\u2019une grosse entreprise de filature et de tissages \u00e0 Saint-\u00c9tienne-du-Rouvray, la <em>Soci\u00e9t\u00e9 cotonni\u00e8re,<\/em> o\u00f9 l\u2019on compte imm\u00e9diatement 1500 gr\u00e9vistes, qui demandent, elles, 20% d\u2019augmentation de salaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> juin le mouvement prend rapidement une plus grande ampleur \u00e0 Rouen, par l\u2019initiative que prennent les gr\u00e9vistes de la confection de faire le tour des autres ateliers de la ville. Les ouvri\u00e8res d\u00e9filent en rang par quatre, drapeau bleu-blanc-rouge en t\u00eate du cort\u00e8ge. Vers midi il y a d\u00e9j\u00e0 plus de 1000 gr\u00e9vistes \u00e0 Rouen, qui se r\u00e9unissent \u00e0 la Bourse du travail, puis manifestent de nouveau dans l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais en fin de matin\u00e9e les ouvri\u00e8res d\u2019une entreprise de cordonnerie, d\u00e9bauch\u00e9es par les manifestantes de la confection, se mettent \u00e0 leur tour en gr\u00e8ve, et font le tour des ateliers de chaussure, dans une manifestation parall\u00e8le. Elles cr\u00e9ent leur syndicat dans l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-8.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"706\" height=\"910\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-8.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1580\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-8.png 706w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-8-233x300.png 233w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-8-260x335.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime, cote 10M 352<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le 3 juin, la gr\u00e8ve touche d\u00e9sormais quatre corporations&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>la confection,<\/li>\n\n\n\n<li>la chaussure,<\/li>\n\n\n\n<li>le tissage et la filature,<\/li>\n\n\n\n<li>la teinturerie et le blanchissage.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La gr\u00e8ve est encore circonscrite \u00e0 la ville de Rouen, et aux communes voisines, sur la rive gauche de la Seine\u00a0: Sotteville-l\u00e8s-Rouen, Petit-Quevilly et Saint-\u00c9tienne-du-Rouvray.<\/p>\n\n\n\n<p>Les 4, 5, et 6 juin, les gr\u00e8ves se g\u00e9n\u00e9ralisent aux filatures et tissages \u00e0 toute la r\u00e9gion, sur la rive droite de la Seine, suivant un processus similaire \u00e0 celui de la ville de Rouen&nbsp;: manifestations de rues et d\u00e9bauchage des entreprises visit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Au soir du 5 juin on compte d\u00e9j\u00e0 12 000 gr\u00e9vistes dans l\u2019industrie textile de la r\u00e9gion rouennaise. A ce moment la confection rouennaise intra-muros reprend le travail, apr\u00e8s avoir obtenu en grande partie satisfaction&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>10% d\u2019augmentation de salaire,<\/li>\n\n\n\n<li>une\u00a0 prime de vie ch\u00e8re de 50 centimes par jour,<\/li>\n\n\n\n<li>la <em>semaine anglaise <\/em>sous la forme du samedi apr\u00e8s-midi lib\u00e9r\u00e9 sans perte de salaire, soit 54 heures pay\u00e9es 60.<\/li>\n\n\n\n<li>Aucune sanction de prises contre les gr\u00e9vistes.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le 6 juin, la gr\u00e8ve s\u2019\u00e9tend \u00e0 la vall\u00e9e de l\u2019Austreberthe \u2014 Barentin et Pavilly \u2014 suite \u00e0 une manifestation d\u2019ouvri\u00e8res, venues de Malaunay par le chemin de fer. Le soir il y a plus de 22000 gr\u00e9vistes, selon le pr\u00e9fet, toutes corporations confondues, dans la r\u00e9gion rouennaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Les filatures et les tissages reprennent le travail entre le 12 et le 18 juin sur des accords similaires \u00e0 ceux de la confection, \u00e0 l\u2019exception notable de la Semaine anglaise dont l\u2019application est report\u00e9e \u00e0 la fin de la guerre. La loi sur la semaine anglaise, vot\u00e9e le 11 juin 1917, s\u2019applique en effet aux professions \u2014 d\u00e9finies \u00e0 article 33 du \u00ab&nbsp;<em>code du travail et de la pr\u00e9voyance sociale&nbsp;<\/em>\u00bb de l\u2019\u00e9poque \u2014 dont la confection, mais ne s\u2019applique pas aux filatures, ni aux tissages, ni bien \u00e9videmment aux industries de guerre. Son application est renvoy\u00e9e \u00e0 la fin de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-9.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"447\" height=\"637\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-9.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1581\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-9.png 447w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-9-211x300.png 211w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-9-260x371.png 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 447px) 100vw, 447px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime, cote 10M 352<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La chaussure reprend le lundi 18 juin, date \u00e0 la quelle un accord est sign\u00e9 entre les ouvriers et les patrons, sur un mod\u00e8le d\u2019accord similaire \u00e0 la confection, comprenant la semaine anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, dans le mois de juin, la gr\u00e8ve aura touch\u00e9 au moins 130 entreprises de la r\u00e9gion rouennaise<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> dont au moins 7 usines de munitions<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>A la mi-juin, il y a plus de 2000 adh\u00e9sions \u00e0 la CGT, et de nombreux syndicats ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans les corporations touch\u00e9es par la gr\u00e8ve. Au d\u00e9but de 1918, on comptera plus de 5000 adh\u00e9rents dans le textile dans la r\u00e9gion rouennaise, alors qu\u2019il n\u2019y existait quasiment pas de syndicats en 1916. Le syndicalisme s\u2019en trouve r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 et renforc\u00e9. C\u2019est le d\u00e9but de son retour sur le devant de la sc\u00e8ne, pr\u00e9lude aux grands conflits d\u2019apr\u00e8s guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la gr\u00e8ve, les gr\u00e9vistes se r\u00e9unissent tous les jours par corporations, \u00e0 la Maison du peuple de Rouen ou \u00e0 la Bourse du travail, ou bien dans des salles des f\u00eates de banlieue, comme <em>l\u2019Eldorado<\/em> \u00e0 Sotteville, ou la salle des f\u00eates de Maromme. Mais des r\u00e9unions peuvent aussi avoir lieu dans un bois, comme le <em>Bois-Petit<\/em> ou au <em>Bois-de-la garenne<\/em> \u00e0 Sotteville, ou encore sur un pont ou un carrefour, comme le pont de Maromme, ou <em>la Demi-lune<\/em>, carrefour situ\u00e9 \u00e0 Maromme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces assembl\u00e9es les gr\u00e9vistes entendent les comptes rendus des r\u00e9unions de n\u00e9gociations par leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9(e)s, accompagn\u00e9(e)s par un militant de l\u2019Union des syndicats ou de l\u2019Union d\u00e9partementales, et votent ensuite la poursuite de la gr\u00e8ve, ou la reprise du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la p\u00e9riode, il faut noter aussi le tenue de nombreux meetings et r\u00e9unions publiques, comme par exemple le jeudi 7 juin \u00e0 16h00<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, \u00e0 la salle des f\u00eates de Maromme, au cours duquel Dubois \u2014 cheminot et secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Union d\u00e9partementale CGT \u2014 prend la parole devant 7 \u00e0 800 personnes. Comme aussi le samedi 9 juin \u00e0 10h30, o\u00f9 il fait de m\u00eame au <em>Bois-Petit<\/em> \u00e0 Sotteville, devant 3500 personnes, majoritairement des femmes, dans un meeting syndical pr\u00e9sid\u00e9 par le conseiller-g\u00e9n\u00e9ral-maire socialiste de Sotteville, Eug\u00e8ne Tilloy.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10-1024x640.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1582\" srcset=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10-1024x640.png 1024w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10-300x187.png 300w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10-768x480.png 768w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10-260x162.png 260w, https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/image-10.png 1405w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>L&rsquo;Eldorado \u00e0 Sotteville; carte postale d&rsquo;\u00e9poque.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le mouvement ne s\u2019\u00e9tend pas au-del\u00e0 de l\u2019aire g\u00e9ographique rouennaise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement de gr\u00e8ve reste circonscrit \u00e0 la r\u00e9gion rouennaise, et ne pas connait d\u2019extension au reste du d\u00e9partement, m\u00eame si l\u2019on note quelques gr\u00e8ves \u00e9gren\u00e9es comme \u00e0 Saint-Nicolas-d\u2019Aliermont \u2014 dans un atelier de m\u00e9tallurgie \u2014, ou \u00e0 Gueures \u2014\u00a0 dans le tissage \u2014, et des d\u00e9p\u00f4ts de revendications vite satisfaites au Havre et dans sa r\u00e9gion<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute y a-t-il plusieurs raisons \u00e0 cela&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord c\u2019est que l\u2019information circule mal. La radio n\u2019existe pas encore, et les informations circulent par le canal des journaux. Mais l\u2019information sur les gr\u00e8ves parisiennes et leur succ\u00e8s est tr\u00e8s \u00e9dulcor\u00e9 la presse d\u00e9partementale et particuli\u00e8rement havraise. Mais surtout que l\u2019on n\u2019y trouve aucune trace du grand mouvement en cours dans la r\u00e9gion rouennaise.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde, c\u2019est l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e par le pr\u00e9fet, qui a pes\u00e9 fortement pour obtenir la r\u00e9solution rapide des conflits sur la r\u00e9gion rouennaise, tant cot\u00e9 syndical et que cot\u00e9 patronal. Les sous-pr\u00e9fets, de leur cot\u00e9, p\u00e8sent ainsi sur les patrons de leur secteur, pour qu\u2019ils comprennent tr\u00e8s vite que leur int\u00e9r\u00eat est d\u2019accorder imm\u00e9diatement, et surtout avant que des gr\u00e8ves ne se d\u00e9clenchent, ce que les patrons rouennais ont c\u00e9d\u00e9 \u00e0 leurs ouvri\u00e8res, d\u00e8s que celles-ci d\u00e9posent leurs revendications. Il est vraisemblable que les consignes viennent d\u2019en haut. Car si le gouvernement a fait diligence pour faire discuter rapidement une loi au parlement, ce n\u2019est pas par hasard&nbsp;: c\u2019est pour d\u00e9gonfler le mouvement de gr\u00e8ve en devenir, qui s\u2019est exprim\u00e9 dans la vague de gr\u00e8ve parisienne puis notamment rouennaise. Sa crainte c\u2019est qu\u2019il faut absolument emp\u00eacher que celle-ci ne d\u00e9bouche sur une situation similaire \u00e0 celle qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9e en Russie et qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur la 1<sup>\u00e8re<\/sup> R\u00e9volution Russe de l\u2019ann\u00e9e 1917, d\u2019autant qu\u2019il a \u00e0 faire face, au m\u00eame moment, aux mutineries sur le front. Et le gouvernement y r\u00e9ussit parfaitement&nbsp;: la question de la Paix ne semble pas \u00eatre une revendication ayant \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e, les gr\u00e9vistes n\u2019ayant pos\u00e9 que des questions de r\u00e9duction du temps de travail, de salaire, et de ravitaillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, si le pr\u00e9fet p\u00e8se lourdement pour que les directions d\u2019entreprises acceptent des augmentations de salaires, il se montre intraitable sur la question de la semaine anglaise. Les seules b\u00e9n\u00e9ficiaires de la RTT seront les ouvri\u00e8res b\u00e9n\u00e9ficiaires de la loi. Il faut noter que ce sont les premi\u00e8res \u00e0 reprendre le travail \u00e0 Rouen, avant m\u00eame que la loi ne soit promulgu\u00e9e, et la poursuite de la gr\u00e8ve dans les filatures et le tissage, ainsi que le d\u00e9clenchement de mouvement dans quelques usines d\u2019armement ou de munition, n\u2019arriveront pas changer les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a sans doute une troisi\u00e8me raison&nbsp;: ce sont les efforts d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 Rouen par le Parti socialiste et l\u2019Union d\u00e9partementale CGT pour, d\u2019un cot\u00e9, contenir et contr\u00f4ler le mouvement, et surtout de faire accepter aux gr\u00e9vistes que la loi sur la semaine anglaise limit\u00e9 son effet \u00e0 quelques corporations. Or, \u00e0 la mi juin, l\u2019essentiel des gr\u00e9vistes provenaient de secteurs qui en \u00e9taient exclus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une avanc\u00e9e sociale partielle, g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019une immense frustration&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les particularit\u00e9s de ce mouvement rouennais, spontan\u00e9 et de masse, de juin 1917 auront \u00e9t\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019intervention massive des femmes,<\/li>\n\n\n\n<li>La d\u00e9mocratie,<\/li>\n\n\n\n<li>La croissance rapide du nombre de syndicat, affili\u00e9s \u00e0 la CGT,<\/li>\n\n\n\n<li>La tr\u00e8s forte augmentation du nombre de syndiqu\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 son issue, le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 contraint de reprendre le travail sans avoir obtenu la semaine anglaise, va provoquer une grande frustration chez de nombreuses ouvri\u00e8res en gr\u00e8ve, notamment ceux du tissage et de la filature.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019autant plus palpable que des bruits d\u2019une nouvelle gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale au 1<sup>er<\/sup> octobre vont circuler dans toute la r\u00e9gion rouennaise au mois de septembre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces bruits vont \u00eatre vigoureusement combattus au plan syndical&nbsp;: on en a la trace dans un communiqu\u00e9 de presse<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a> de l\u2019Union d\u00e9partementale publi\u00e9 le 29 septembre dans <em>le Journal de Rouen<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces bruits persistants vont \u00eatre combattus le 23 septembre, dans un meeting<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> syndical r\u00e9unissant 2000 personnes \u00e0 Sotteville, pr\u00e9sid\u00e9 par Tilloy, le maire Socialiste, au cours duquel celui-ci justifie la d\u00e9cision du report de la semaine anglaise \u00e0 la fin de la guerre pour les corporations qui en sont exclues.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut penser que ces frustrations, ajout\u00e9es bien \u00e9videmment \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019espoir d\u2019une paix rapide, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sans effets sur la vie des organisations ouvri\u00e8res, mais le manque d\u2019archives fait qu\u2019il est difficile de les mesurer imm\u00e9diatement sur les organisations syndicales. Le fait est que 18 mois plus tard, \u00e0 la fin de la guerre, ces dirigeants de l\u2019Union d\u00e9partementale sont \u00e9cart\u00e9s et remplac\u00e9s par des militants de retour du front, mais on ne peut pas en d\u00e9duire que c\u2019est l\u2019effet des gr\u00e8ves de 1917.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre l\u2019effet des gr\u00e8ves semble imm\u00e9diatement visible sur le parti socialiste, puisque lors de son congr\u00e8s national de la fin de l\u2019ann\u00e9e 1917, on assiste \u00e0 un basculement de majorit\u00e9&nbsp;dans la f\u00e9d\u00e9ration d\u00e9partementale de Seine-Inf\u00e9rieure, puisque des majoritaires favorables \u00e0 l\u2019Union sacr\u00e9e, dont Tilloy est le leader d\u00e9partemental, perdent leur majorit\u00e9 au profit des minoritaires<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, la loi sur la semaine anglaise, rend incontournable la g\u00e9n\u00e9ralisation de la r\u00e9duction du temps de travail \u00e0 la fin de la guerre. La loi sur la \u00ab&nbsp;<em>journ\u00e9e de 8 heures<\/em>&nbsp;\u00bb qui sera vot\u00e9e en 1919, doit sans doute beaucoup \u00e0 cette gr\u00e8ve des midinettes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi l&rsquo;effacement m\u00e9moriel de ce mouvement de juin 1917 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On peut s\u2019interroger sur le fait que ce grand mouvement social soit aujourd\u2019hui compl\u00e8tement oubli\u00e9, ou, en tout cas, tr\u00e8s m\u00e9connu. Il y a sans doute \u00e0 cela plusieurs raisons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, parce que la fin de la guerre qui survient 18 mois plus tard, fait revenir \u00e0 la vie civile des millions de travailleurs et des milliers de militants qui ont d\u2019autres pr\u00e9occupations en t\u00eate. Les hommes remplacent les femmes sur les postes de travail, hormis peut-\u00eatre le secteur de la couture, de l\u2019habillement et de la blanchisserie. Le souvenir des horreurs de la guerre, la volont\u00e9 qu\u2019elle soit la derni\u00e8re guerre \u2014 la \u00ab&nbsp;der des ders&nbsp;\u00bb \u2014, le nombre consid\u00e9rable d\u2019handicap\u00e9s \u2014 \u00ab&nbsp;les gueules cass\u00e9es&nbsp;\u00bb \u2014 qu\u2019elle a produit et qu\u2019il faut aider \u00e0 survivre, mais aussi la R\u00e9volution d\u2019octobre et du r\u00e9gime socialiste qui en est issu, et l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un monde meilleur qui doit s\u2019imposer, effacent le souvenir des luttes sociales de \u00ab&nbsp;l\u2019arri\u00e8re&nbsp;\u00bb. Et l\u2019ann\u00e9e 1919 sera une ann\u00e9e de tr\u00e8s grandes luttes sociales, elles aussi oubli\u00e9es, marqu\u00e9es par une explosion du nombre de syndicats et de syndiqu\u00e9s, contraignant le gouvernement \u00e0 faire voter la loi des huit heures.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 y r\u00e9fl\u00e9chir, tout milite pour un effacement de ce mouvement. Du cot\u00e9 syndical, le courant r\u00e9formiste n\u2019a sans doute pas envie de cultiver la m\u00e9moire un mouvement qu\u2019il a eu toutes les peines \u00e0 contenir, et qui a contribu\u00e9 \u00e0 son affaiblissement. Le courant\u00a0r\u00e9volutionnaire consid\u00e8re peut-\u00eatre qu\u2019il n\u2019a pas eu la vertu d\u2019avoir d\u00e9bouch\u00e9 sur une r\u00e9volution similaire \u00e0 la R\u00e9volution d\u2019octobre en Russie. Du cot\u00e9 patronal et gouvernemental, on n\u2019a \u00e9videmment pas envie de faire perdurer le souvenir d\u2019un mouvement social qui a rompu les digues de la discipline et de l\u2019ob\u00e9issance. Pourtant on a vu qu\u2019on trouve de nombreuses similitudes entre ces gr\u00e8ves de mai-juin 1917 et les mouvements sociaux que la France conna\u00eetra dans les d\u00e9cennies suivantes\u00a0: juin 1936, ao\u00fbt 1953, mai juin 1968, etc.\u00a0: rapidit\u00e9 de leur extension, malgr\u00e9 une tr\u00e8s faible couverture m\u00e9diatique\u00a0; syndicalisation large, rapide, et massive\u00a0; dynamisme de la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajoutons aussi que l\u2019effacement m\u00e9moriel trouve peut-\u00eatre une source dans le fait qu\u2019il \u00e9tait un mouvement de femmes, d\u2019ouvri\u00e8res, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 celle-ci \u00e9taient loin d\u2019avoir encore conquis le droit de vote.<\/p>\n\n\n\n<p>A une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on red\u00e9couvre la place des femmes dans l\u2019histoire, et dans l\u2019histoire sociale, que ce soit dans l\u2019histoire de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise avec Olympe de Gouges, de la Commune de Paris avec Louise Michel, \u00e9voquer ces gr\u00e8ves de 1917, notamment en r\u00e9gion rouennaise, cadrait compl\u00e8tement avec les missions de l\u2019Institut CGT d\u2019Histoire sociale de Seine-Maritime.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <strong>La Bataille du Chemin des Dames dura d\u2019avril \u00e0 juin 1917. Elle conduisit \u00e0 la perte de 200\u00a0000 hommes cot\u00e9s fran\u00e7ais.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a>En 1917 La conf\u00e9rence de Stockholm, est la 3<sup>e<\/sup> conf\u00e9rence de Zimmerwald, contre la 1<sup>\u00e8re<\/sup> guerre mondiale. Faisant suite \u00e0 celle de Zimmerwald (1915), celle de Keintal (1916), elle eut lieu \u00e0 Stockholm, entre le 5 et le 12 septembre 1917, apr\u00e8s de nombreux reports et retardement.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Les \u00c9tats-Unis entrent en guerre le 2 avril 1917. Les premi\u00e8res troupes am\u00e9ricaines d\u00e9barquent \u00e0 Saint-Nazaire le 30 juin.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> L\u2019Allemagne avait interrompu la guerre sous-marine apr\u00e8s le torpillage du Lusitania en mai 1915, qui provoqua la mort de 123 civils am\u00e9ricains, parmi les 1195 personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es.&nbsp;Elle reprit la guerre sous-marine le 31 janvier 1917, en annon\u00e7ant qu\u2019elle provoquait une guerre sous-marine totale. La campagne des U-boot coula notamment pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des navires de commerce britannique, ce qui causa de graves p\u00e9nuries de nourriture et d\u2019autres biens de premi\u00e8res n\u00e9cessit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Le 3 juin, Le Journal de Rouen, ainsi que courrier commissaire de police de Sotteville-l\u00e8s-Rouen<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Le 9 juin, Le Journal de Rouen<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le <em>Petit Havre<\/em> note un incident du m\u00eame genre au March\u00e9 du Rond Point au Havre le 8 juin<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Le Rappel<\/em>, 15 mai 1917<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Ibid., 19 mai 1917<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Gallica.fr, <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k64695878\/f1.item.r=semaine%20anglaise\">http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k64695878\/f1.item.r=semaine%20anglaise<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Gallica.fr <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6336781g\/f1.item\">http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6336781g\/f1.item<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> L\u2019information en est donn\u00e9e les 25, 26 et 28 mai dans le <em>Journal de Rouen,<\/em> et ainsi que dans le <em>Petit Havre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 la suite d\u2019interventions minist\u00e9rielles des accords ont mis fin \u00e0 la gr\u00e8ve pour les modistes confectionneuses, les dames ouvri\u00e8res en bretelles, corseti\u00e8res, et d\u00e9videuses de soie de la r\u00e9gion parisienne&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> ADSM&nbsp;: 10M352&nbsp;; le patron&nbsp; de l\u2019entreprise Philippe est un r\u00e9fugi\u00e9 belge.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> ADSM 10M 351&nbsp;: Listing manuscrit d\u2019entreprises en gr\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> ADSM 10M 352&nbsp;: rapport du pr\u00e9fet au ministre de l\u2019int\u00e9rieur en date du 8 juin&nbsp;: L\u2019Oyonnithe, Ets. Masure (Montville), la Compagnie fran\u00e7aise des m\u00e9taux, les ateliers Blondel, Ets. Duchemin, Ets. Breton (D\u00e9ville), Ets. S\u00e9nard-&amp;-Duvanel (Maromme)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> ADSM&nbsp;:<em> Le Journal de Rouen,<\/em> JPL 2_256.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Communiqu\u00e9 de l\u2019Union d\u00e9partementale dans le <em>Journal de Rouen<\/em> le 29 septembre 1917.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Un meeting r\u00e9unissant 2000 personnes \u00e0 Sotteville, le 23 septembre, o\u00f9 le conseiller g\u00e9n\u00e9ral-maire socialiste, Eug\u00e8ne Tilloy, qui pr\u00e9side, suivi du secr\u00e9taire de l\u2019Union d\u00e9partementale CGT, puis le secr\u00e9taire de la f\u00e9d\u00e9ration du textile Cnudde, d\u00e9mentent tous les trois ces bruits, tout en justifiant le report de la semaine anglaise \u00e0 la fin de la guerre pour une partie des ouvri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Voir dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die socialiste, syndicale et Coop\u00e9rative, de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re \u2014 sous la direction de Comp\u00e8re Morel \u2014&nbsp;; La France socialiste, par Hubert-Rouger&nbsp;; Tome II&nbsp;; \u00ab&nbsp;Les F\u00e9d\u00e9rations&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/em> F\u00e9d\u00e9ration de la Seine-Inf\u00e9rieure, p 611&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Jusqu\u2019en 1916, la F\u00e9d\u00e9ration est pour la th\u00e8se majoritaire de la d\u00e9fense nationale. Au congr\u00e8s de d\u00e9cembre, Gustave Courage repr\u00e9sente 10 mandats minoritaires, et Tilloy 21 majoritaires. Au congr\u00e8s national de 1917, c\u2019est Courage qui repr\u00e9sente 21 mandats et Tilloy 10. En Mars 1918, Courage est nomm\u00e9 secr\u00e9taire f\u00e9d\u00e9ral&nbsp;;<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gilles Pichavant \u00c9tude publi\u00e9 dans le Fil Rouge n\u00b063 (juillet 2017) Aussi \u00e9tonnant que cela puisse para\u00eetre, au beau milieu de la 1\u00e8re guerre mondiale, le printemps 1917 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 en France par le surgissement d\u2019un immense mouvement social&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2017\/10\/20\/juin-1917-la-grande-greve-des-midinettes-en-region-rouennaise\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[510,50,8,13],"tags":[193,512,194,11,514,170,516,500,520,518],"class_list":["post-1570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes","category-guerre","category-histoire-sociale","category-syndicalisme","tag-1917-en-seine-maritime","tag-femmes","tag-greves","tag-le-fil-rouge","tag-midinettes","tag-premiere-guerre-mondiale","tag-rationnement","tag-rouen","tag-saint-etienne-du-rouvray","tag-sotteville-les-rouen"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1570"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1583,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1570\/revisions\/1583"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}