{"id":1629,"date":"2025-03-02T18:14:30","date_gmt":"2025-03-02T17:14:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/?p=1629"},"modified":"2025-03-02T18:16:30","modified_gmt":"2025-03-02T17:16:30","slug":"1791-1884-quasiment-un-siecle-dexploitation-sans-syndicats-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2025\/03\/02\/1791-1884-quasiment-un-siecle-dexploitation-sans-syndicats-en-france\/","title":{"rendered":"1791-1884 \u2013 quasiment un si\u00e8cle d\u2019exploitation sans syndicats, en France."},"content":{"rendered":"<div class=\"fblike_button\" style=\"margin: 10px 0;\"><iframe src=\"http:\/\/www.facebook.com\/plugins\/like.php?href=https%3A%2F%2Fwww.gillespichavant.com%2Fblog%2F2025%2F03%2F02%2F1791-1884-quasiment-un-siecle-dexploitation-sans-syndicats-en-france%2F&amp;layout=standard&amp;show_faces=false&amp;width=450&amp;action=like&amp;colorscheme=light\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\" allowTransparency=\"true\" style=\"border:none; overflow:hidden; width:450px; height:25px\"><\/iframe><\/div>\n<p>Dans une d\u00e9claration de Philippe Martinez \u2014 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT du 3 f\u00e9vrier 2015 au 31 mars 2023 \u2014 du 18 f\u00e9vrier 2016, \u00e0 propos du projet de \u00ab&nbsp;Loi travail&nbsp;\u00bb, appel\u00e9 projet El Khomri, contenait cette phrase:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>(\u2026) le texte constitue un recul historique pour les droits des salari\u00e9s, un retour en arri\u00e8re comme on n\u2019en a jamais vu, je dirais m\u00eame un recul au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour tout lecteur des revues des <em>Instituts d\u2019histoire sociale<\/em> de la CGT, ou tout militant syndical aguerri, cette phase est tr\u00e8s compr\u00e9hensible, car il sait que le Code du travail que l\u2019on connait aujourd\u2019hui s\u2019est progressivement construit autour des batailles successives pendant tout les 19<sup>e<\/sup> et 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, c&rsquo;est-\u00e0-dire depuis pr\u00e8s de 200 ans, autour des principales revendications que furent la r\u00e9duction du temps de travail et les salaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il n\u2019est pas s\u00fbr que les jeunes g\u00e9n\u00e9rations puissent comprendre cette r\u00e9f\u00e9rence au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tant l\u2019accent est mis sur les avanc\u00e9es scientifiques et techniques qui font croire que nous serions \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res, en mati\u00e8re sociales, de cette p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire, le patronat cultive cette id\u00e9e, que l\u2019on trouve ramass\u00e9e dans cette formulation, d\u2019Yvon Gattaz<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, pr\u00e9sident du CNPF de 1981 \u00e0 1986, publi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2010, dans la revue <em>Commentaire,<\/em> qui inverse les termes et le sens de l\u2019histoire, pour faire croire qu\u2019il faudrait tourner la page, et oublier l\u2019histoire :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab <em>De fa\u00e7on soci\u00e9tale, les syndicats ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires au 19e\u202fsi\u00e8cle, utiles puis abusifs au 20e. Inutiles et nuisibles au 21e, ils doivent dispara\u00eetre<\/em>.\u202f\u00bb (Yvon Gattaz, 2010)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 se discutait la Loi Travail qui visait \u00e0 graver dans le marbre l\u2019inversion de la hi\u00e9rarchie des normes, et un retour vers les conditions d\u2019exploitation du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il nous a sembl\u00e9 utile de faire un retour sur l\u2019histoire d\u2019un si\u00e8cle finalement m\u00e9connu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Pour \u00eatre n\u00e9cessaires au 19e\u202fsi\u00e8cle encore eut-il fallu que les syndicats puissent exister\u00a0!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En formulant ainsi le d\u00e9but de sa phase \u2014 \u00ab <em>De fa\u00e7on soci\u00e9tale, les syndicats ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires au 19e\u202fsi\u00e8cle,\u00a0\u00bb<\/em> \u2014 Yvon Gattaz, tendait un pi\u00e8ge au lecteur. Car ouvrir par cette affirmation c\u2019est utiliser une formule de rh\u00e9torique connue sous le nom de tautologie, qui vise \u00e0 affaiblir les d\u00e9fenses du lecteur ou de l\u2019auditeur hostile, pour le conduire \u00e0 accepter ce qu\u2019on lui ass\u00e8ne par la suite. Car <em>\u00ab\u00a0le tautologue feint de dire quelque chose, alors qu\u2019il ne dit rien. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 tautologique est vide, le locuteur\/\u00e9nonciateur l\u2019investissant tout au plus d\u2019une fonction phatique (pour alimenter la conversation sans se mouiller, ou pour clore l\u2019\u00e9change)<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, dans le but d\u2019ass\u00e9ner la sentence qui doit rester dans les m\u00e9moires\u00a0: \u00ab\u00a0<em>inutiles et nuisibles au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle,<\/em> <em>ils <\/em>[les syndicats] <em>doivent dispara\u00eetre<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Car, ce sur quoi ouvre Yvon Gattaz, pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u00e9vidence, est, \u00e0 l\u2019analyse, compl\u00e8tement fausse\u00a0! Ce n\u2019est, en effet, qu\u2019\u00e0 partir de 1884, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour les 16 derni\u00e8res ann\u00e9es du\u00a0 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, que les syndicats ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9s, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9s \u00e0 partir de 1864. Avant la loi Waldeck Rousseau, les organisations ouvri\u00e8res \u00e9taient ill\u00e9gales et clandestines, ou simplement n\u2019existaient pas. Globaliser ainsi les choses sur l\u2019ensemble du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est d\u2019autant plus pervers que tout le monde sait \u2014 et Yvon Gattaz plus que tout autre \u2014 que le patronat a combattu bec et ongle, tout au long du si\u00e8cle, la revendication ouvri\u00e8re de s\u2019organiser collectivement pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats. Et tous les arguments furent bons pour lui, justifier le maintien du statuquo, de la Libert\u00e9 d\u2019entreprendre au droit de propri\u00e9t\u00e9, en passant \u00e0 l\u2019ordre quasi militaire n\u00e9cessaire pour assurer la production, \u00e0 la concurrence internationale et la fragilit\u00e9 des entreprises.<\/p>\n\n\n\n<p>Karl Marx et Friedrich Engels r\u00e9sume ainsi l\u2019histoire sociale depuis le d\u00e9but de l\u2019Humanit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;histoire de toute soci\u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;histoire de la lutte de classes.&nbsp;<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp; \u00bb Pendant un quasi-si\u00e8cle, de 1791 \u00e0 1884, l\u2019histoire sociale fut particuli\u00e8rement terrible pour les travailleurs&nbsp;: une camisole de force a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e et maintenue sur la classe ouvri\u00e8re, sous le pr\u00e9texte de la Libert\u00e9&nbsp;; elle a un nom&nbsp;: la loi <em>Le Chapelier<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>1791&nbsp;: La Loi <em>Le Chapelier<\/em> et ses cons\u00e9quences<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019association corporative et ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la gr\u00e8ve, ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00a0\u00ab\u00a0coalitions\u00a0\u00bb, de 1791 \u00e0 1884, soit pendant 93 ans. Cette p\u00e9riode s\u2019est ouverte par le vote par l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, le 14 juin 1791,\u00a0de la loi <em>Le chapelier (voir plus loin)<\/em> qui a transform\u00e9 en d\u00e9lit toute association de travailleurs , et tout arr\u00eat de travail ayant pour but un rel\u00e8vement des salaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoique l\u2019on puisse trouver \u00e9crit parfois que l\u2019objectif du l\u00e9gislateur aurait \u00e9t\u00e9 de renvoyer dos \u00e0 dos les patrons et les ouvriers, et de r\u00e9primer \u00e0 la fois les organisations patronales que les organisations ouvri\u00e8res, la lecture du discours de pr\u00e9sentation de la loi par <em>Le Chapelier <\/em>(on dit alors \u00ab\u00a0<em>Chapelier<\/em>\u00a0\u00bb) \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, en temps que pr\u00e9sident de la <em>Commission de la Constitution<\/em> et au nom de celle-ci, r\u00e9v\u00e8le qu\u2019elle est en r\u00e9alit\u00e9 enti\u00e8rement motiv\u00e9e pour emp\u00eacher la cr\u00e9ation d\u2019organisations ouvri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Extraits du discours de Le Chapelier, le 14 juin 1791<\/strong><a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>:\u00a0 \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapelier&nbsp;:<\/strong> (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>Plusieurs personnes ont cherch\u00e9 \u00e0 recr\u00e9er les corporations an\u00e9anties en formant des assembl\u00e9es d&rsquo;arts et m\u00e9tiers, dans lesquelles il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 des pr\u00e9sidents, des secr\u00e9taires, des syndics et autres officiers.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le but de ces assembl\u00e9es qui se propagent dans le royaume, et qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli entre elles des correspondances, est de <strong>forcer les entrepreneurs de travaux<\/strong>, les ci-devant ma\u00eetres, <strong>\u00e0 augmenter le prix de la journ\u00e9e de travail<\/strong>; d&#8217;emp\u00eacher les ouvriers et les particuliers qui les occupent dans leurs ateliers de faire entre eux des conventions \u00e0 l&rsquo;amiable; de leur faire signer sur des registres l&rsquo;obligation de se soumettre aux taux de la journ\u00e9e de travail fix\u00e9 par ces assembl\u00e9es, et aux autres r\u00e8glements qu&rsquo;elles se permettent de faire.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La description que fait Le Chapelier est celle d\u2019une action revendicative collective, \u00e0 laquelle s\u2019ajoute quelque chose qui ressemble \u00e0 des piquets de gr\u00e8ve&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapelier&nbsp;:<\/strong> <em>\u00ab&nbsp;On emploie m\u00eame la violence pour faire ex\u00e9cuter ces r\u00e8glements; on force les ouvriers de quitter leurs boutiques, lors m\u00eame qu&rsquo;ils sont contents du salaire qu&rsquo;ils y per\u00e7oivent; on veut d\u00e9peupler les ateliers; et d\u00e9j\u00e0 plusieurs ateliers se sont soulev\u00e9s, et diff\u00e9rents d\u00e9sordres ont \u00e9t\u00e9 commis.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les promoteurs de la loi, ne doit exister d\u2019assembl\u00e9es que de citoyens charg\u00e9s d\u2019administrer la cit\u00e9, et il ne doit pas exister d\u2019assembl\u00e9es ayant un caract\u00e8re professionnel\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapelier&nbsp;:<\/strong> (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>Il doit sans doute \u00eatre permis \u00e0 tous les citoyens de s&rsquo;assembler; mais il ne doit pas \u00eatre permis aux citoyens de certaines professions de s&rsquo;assembler pour leurs pr\u00e9tendus int\u00e9r\u00eats communs; il n&rsquo;y a plus de corporation dans l&rsquo;\u00c9tat; il n&rsquo;y a plus que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier de chaque individu, et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Il n\u2019est permis \u00e0 personne d&rsquo;inspirer aux citoyens un int\u00e9r\u00eat interm\u00e9diaire, de les s\u00e9parer de la chose publique par un esprit de corporation.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour les promoteurs de la loi il ne peut y avoir m\u00eame de soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuel&nbsp;; pour eux c\u2019est \u00e0 la Nation d\u2019organiser l\u2019aide sociale, et surtout pas des groupements professionnels:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Chapelier&nbsp;:<\/strong> <em>\u00ab&nbsp;Les assembl\u00e9es dont il s&rsquo;agit ont pr\u00e9sent\u00e9, pour obtenir l&rsquo;autorisation de la municipalit\u00e9, des motifs sp\u00e9cieux; elles se sont dites destin\u00e9es \u00e0 procurer des secours aux ouvriers de la m\u00eame professions, malades ou sans travail; ces caisses de secours ont paru utiles; mais qu&rsquo;on ne se m\u00e9prenne pas sur cette assertion: c&rsquo;est \u00e0 la Nation, c&rsquo;est aux officiers publics, en son nom, \u00e0 fournir des travaux \u00e0 ceux qui en ont besoin pour leur existence, et des secours aux infirmes. Les distributions particuli\u00e8res de secours, lorsqu&rsquo;elles ne sont pas dangereuses par leur mauvaise administration, tendent au moins \u00e0 faire renaitre les corporations; elles exigent la r\u00e9union fr\u00e9quente des individus d&rsquo;une m\u00eame profession, la nomination de syndics et autres officiers, la formation de r\u00e8glements, l&rsquo;exclusion de ceux qui ne se soumettraient pas \u00e0 ces r\u00e8glements; c&rsquo;est ainsi que renaitraient les privil\u00e8ges, les maitrises, etc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour les promoteurs de la loi l\u2019organisation collective des travailleurs est un d\u00e9sordre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapelier&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;<em>Votre comit\u00e9 a cru qu&rsquo;il \u00e9tait instant de pr\u00e9venir les progr\u00e8s de ce d\u00e9sordre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour eux, l\u2019objectif r\u00e9el des soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuel est de structurer des organisations dont l\u2019objectif est de faire augmenter les salaires&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapelier&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;<em>Ces malheureuses soci\u00e9t\u00e9s ont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;y \u00e9tait \u00e9tablie sous le nom de <strong>Soci\u00e9t\u00e9 des Devoirs<\/strong>. Ceux qui ne satisfaisaient pas aux devoirs, aux r\u00e8glements de cette Soci\u00e9t\u00e9, \u00e9taient vex\u00e9s de toutes mani\u00e8res. Nous avons les plus fortes raisons de croire que l&rsquo;institution de ces assembl\u00e9es a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9e dans l&rsquo;esprit des ouvriers, moins dans le but de faire augmenter, part leur coalition, le salaire de la journ\u00e9e de travail, que dans l&rsquo;intention secr\u00e8te de fomenter de troubles.<\/em>&nbsp;\u00bb (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019en suit la lecture de la proposition de loi (voir ci-dessous)<\/p>\n\n\n\n<p><em>________________________________________________________<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Texte de la Loi Le Chapelier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Art.1er:<\/em><\/strong><em> L&rsquo;an\u00e9antissement de toutes esp\u00e8ces de corporations de citoyens d&rsquo;un m\u00eame \u00e9tat et profession \u00e9tant l&rsquo;une des bases fondamentales de la constitution, il est d\u00e9fendu de les r\u00e9tablir de fait, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>II:<\/em><\/strong><em> Les citoyens d&rsquo;un m\u00eame \u00e9tat ou profession, entrepreneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et compagnons d&rsquo;un art quelconque, ne pourront lorsqu\u2019ils se trouveront ensemble se nommer pr\u00e9sident ni secr\u00e9taire ou syndic, tenir des registres, prendre des arr\u00eat\u00e9s ou d\u00e9lib\u00e9rations, former des r\u00e8glements sur leurs pr\u00e9tendus int\u00e9r\u00eats communs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>III:<\/em><\/strong><em> Il est interdit \u00e0 tous corps administratifs ou municipaux de recevoir aucune adresse ou p\u00e9tition sous la d\u00e9nomination d&rsquo;un \u00e9tat ou d&rsquo;une profession, d&rsquo;y faire aucune r\u00e9ponse; Il leur est enjoint de d\u00e9clarer nulles les d\u00e9lib\u00e9rations qui pourraient \u00eatre prises de cette mani\u00e8re et de veiller soigneusement \u00e0 ce qu&rsquo;il leur soit donn\u00e9 aucune suite ni ex\u00e9cution.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>IV:<\/em><\/strong><em> Si contre les principes de la libert\u00e9 et de la constitution, des citoyens attach\u00e9s aux m\u00eames professions, arts et m\u00e9tiers, prenaient des d\u00e9lib\u00e9rations faisaient entre eux des d\u00e9lib\u00e9rations tendant \u00e0 refuser de concert ou n&rsquo;accorder qu&rsquo;\u00e0 un prix d\u00e9termin\u00e9 le secours de leur industrie ou de leurs travaux, les dites d\u00e9lib\u00e9rations, accompagn\u00e9es ou non de serment, on d\u00e9clar\u00e9es inconstitutionnelles et attentatoires \u00e0 la libert\u00e9&nbsp; et \u00e0 la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme, et de nul effet; les corps administratifs et municipaux sont tenus de les d\u00e9clarer telles; les auteurs, chefs et instigateurs qui les auront provoqu\u00e9es, r\u00e9dig\u00e9es ou pr\u00e9sid\u00e9es, seront cit\u00e9s devant le tribunal de police, \u00e0 la requ\u00eate du procureur de la commune, et condamn\u00e9s \u00e0 500 livres d&rsquo;amende, et suspendus pendant un an de l&rsquo;exercice de tous leurs droits de citoyens actifs, et de l&rsquo;entr\u00e9e dans les assembl\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>V:<\/em><\/strong><em> Il est d\u00e9fendu \u00e0 tous corps administratifs et municipaux, \u00e0 peine par leurs membres d&rsquo;en r\u00e9pondre en leur propre nom, d&#8217;employer, admettre ou souffrir qu&rsquo;on admette aux ouvrages de leurs professions, dans aucun travaux publics, ceux des entrepreneurs, ouvriers et compagnons, qui provoqueraient ou signeraient lesdites d\u00e9lib\u00e9rations ou conventions, si ce n&rsquo;est dans le cas o\u00f9, de leur propre mouvement, ils se seraient pr\u00e9sent\u00e9s au greffe du tribunal de police&nbsp; pour les r\u00e9tracter ou les d\u00e9savouer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>VI:<\/em><\/strong><em> Si lesdites d\u00e9lib\u00e9rations ou conventions, affich\u00e9es ou distribu\u00e9es par lettres circulaires, contenaient quelque menace contre les entrepreneurs, artisans, ouvriers ou journalier \u00e9tranger qui viendraient travailler dans le lieu, ou contre ceux qui se contentent d&rsquo;un salaire inf\u00e9rieur, tous auteurs, instigateurs et signataires des actes ou \u00e9crits seront punis d&rsquo;une amende de 1000 livres chacun, et de trois mois de prison.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>VII:<\/em><\/strong><em> Si la libert\u00e9 individuelle des entrepreneurs et ouvriers est attaqu\u00e9e par des menaces ou des violences de la part de ces coalitions, les auteurs des violences seront poursuivis comme perturbateurs du repos public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>VIII:<\/em><\/strong><em> Les attroupements d&rsquo;ouvriers qui auraient pour but de g\u00eaner le travail et la libert\u00e9 que la constitution accorde au travail de l&rsquo;industrie, et de s&rsquo;opposer \u00e0 des r\u00e8glements de police ou \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de jugements en cette mani\u00e8re, seront regard\u00e9s comme attroupements s\u00e9ditieux, et punis en cons\u00e9quence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>___________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>A peine pr\u00e9sent\u00e9e, la loi est vot\u00e9e article par article dans la demi-journ\u00e9e, puis imm\u00e9diatement d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e. Elle ne fut d\u00e9finitivement abolie que le 21 mars 1884 \u2014 soit 93 ans plus tard \u2014 par le vote de la loi Waldeck Rousseau, qui l\u00e9galisa les syndicats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La loi <em>Le Chapelier <\/em>transforme l\u2019organisation professionnelle et la gr\u00e8ve en d\u00e9lits.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Supprimant toutes les communaut\u00e9s d&rsquo;exercice collectif des professions, la loi <em>Le Chapelier<\/em> eut pour effet de d\u00e9truire les guildes, corporations et groupements d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers, d\u00e9truisant du m\u00eame coup les usages et coutumes de ces corps. Le 12 avril 1803, la loi sur <em>la r\u00e9glementation du travail dans les manufactures et les ateliers<\/em> renfor\u00e7a l\u2019interdiction des coalitions ouvri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comprenons nous bien&nbsp;: il ne s\u2019agissait pas ici seulement d\u2019interdiction passible d\u2019une simple amende&nbsp;! Il s\u2019agit de d\u00e9lit&nbsp;! S\u2019associer dans le but d\u2019obtenir la hausse des salaires, et cesser le travail dans ce but, \u00e9tait un d\u00e9lit passible de la Correctionnelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>La voici mise en forme dans le Code p\u00e9nal publi\u00e9 en 1810:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Article 415<\/em><\/strong><a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><em><strong>[5]<\/strong><\/em><\/a><em>&nbsp;: Toute coalition de la part des ouvriers pour faire cesser en m\u00eame temps de travailler, interdire le travail dans un atelier, emp\u00eacher de s&rsquo;y rendre et d&rsquo;y rester avant ou apr\u00e8s de certaines heures, et en g\u00e9n\u00e9ral pour suspendre, emp\u00eacher, ench\u00e9rir les travaux, s&rsquo;il y a eu tentative ou commencement d&rsquo;ex\u00e9cution, sera punie d&rsquo;un emprisonnement d&rsquo;un mois au moins et de trois mois au plus. Les chefs ou moteurs seront punis d&rsquo;un emprisonnement de deux ans \u00e0 cinq ans.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ajoute un autre article visant \u00e0 alourdir les peines lorsqu\u2019il y a eu bagarre avec un patron ou un non-gr\u00e9viste, voire accrochage avec les forces de police<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Article 311<\/em><\/strong><em>. Lorsque les blessures ou les coups n&rsquo;auront occasionn\u00e9 aucune maladie ni incapacit\u00e9 de travail personnel de l&rsquo;esp\u00e8ce mentionn\u00e9e en l&rsquo;article 309, le coupable sera puni d&rsquo;un emprisonnement d&rsquo;un mois \u00e0 deux ans, et d&rsquo;une amende de seize francs \u00e0 deux cents francs. S&rsquo;il y a eu pr\u00e9m\u00e9ditation ou guet-apens, l&#8217;emprisonnement sera de deux ans \u00e0 cinq ans, et l&rsquo;amende de cinquante francs \u00e0 cinq cents francs<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin <strong>l\u2019article 291<\/strong> du code p\u00e9nal prohibe toute association non autoris\u00e9e de plus de vingt personnes, et les articles 292, 293, et 294 encadrent et r\u00e8glementent strictement leur fonctionnement.<\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9volution de 1830 n\u2019y changera rien, pas plus que celle de 1848 d\u2019ailleurs. Il faudra attendre 1866 pour que la gr\u00e8ve soit tol\u00e9r\u00e9e, et 1884 pour que les syndicats soient l\u00e9galis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec la Loi <em>Le Chapelier<\/em>, et ses d\u00e9clinaisons dans le code p\u00e9nal, l&rsquo;autorit\u00e9 patronale ne reconnait aucune limite, et son exercice \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;entreprise semble se justifier en soi<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>: \u00ab&nbsp;<em>Le Droit de tout chef d&rsquo;industrie n&rsquo;a d&rsquo;autre limite que la loi et la morale publique<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Le patron peut exercer son pouvoir absolu parce que son contrat avec l&rsquo;ouvrier est libre, et que celui-ci peut toujours quitter l&rsquo;entreprise<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. De cette fa\u00e7on la libert\u00e9 apparente de l&rsquo;\u00e9change masque les d\u00e9s\u00e9quilibres structurels sur lesquels se fonde en r\u00e9alit\u00e9 le pouvoir patronal.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le de commandement de l&rsquo;entrepreneur trouve sa pleine expression dans les images militaires utilis\u00e9es pour les d\u00e9signer: \u00ab&nbsp;<em>chefs <\/em>[d\u2019entreprise] <em>et soldats, arm\u00e9e industrielle, discipline et organisation hi\u00e9rarchique<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Il s&rsquo;ensuit la mise en \u0153uvre de r\u00e8glements d&rsquo;usines o\u00f9 la rationalit\u00e9 impos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;organisation est en fait la rationalit\u00e9 de la classe dominante. Dans les r\u00e8gles de fonctionnement se traduisent les rapports de classe cristallis\u00e9s dans un code de comportement que le pouvoir patronal permet ou sanctionne<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;entreprise est une aire privil\u00e9gi\u00e9e d&rsquo;exercice du pouvoir, soustraite pour longtemps \u00e0 toute autre juridiction. Le fondement de ce droit est la simple propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;entreprise<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, pendant pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, l\u2019affrontement entre le capital et le travail fut terrible et souvent sanglant. Les poursuites judiciaires, et les jugements condamnant les ouvriers pour coalition sont l\u00e9gions. On en retrouve des milliers dans les dossiers de la s\u00e9rie U des archives d\u00e9partementales de tous les d\u00e9partements. On r\u00e9prima durement les luttes visant \u00e0 combattre les baisses de salaires et\/ou pour arracher les premi\u00e8res RTT, revendications allant g\u00e9n\u00e9ralement de pair car, l\u2019ouvrier \u00e9tant pay\u00e9 aux pi\u00e8ces, une r\u00e9duction du temps de travail sans hausse de salaire aurait provoqu\u00e9 la baisse du salaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, en Seine-Inf\u00e9rieure (Seine-Maritime),&nbsp;on trouve la trace de coalitions d\u00e8s 1823, \u00e0 Barentin et Pavilly<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, o\u00f9 les ouvriers fileurs de coton s\u2019organisent et manifestent contre une baisse de 10% de leur salaire que veut leur imposer leur patron. En 1825, dans la m\u00eame vall\u00e9e et dans la vall\u00e9e voisine du Cailly, les fileurs organisent une vaste coalition clandestine financ\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de cotisations pr\u00e9lev\u00e9es sur chaque fileur&nbsp;: 20 sols pour les hommes, 10 sols pour les femmes dont le salaire des moiti\u00e9 celui des hommes, 5 sols pour les enfants. La coalition est organis\u00e9e dans tous les ateliers deux vall\u00e9es. Chaque atelier dispose de collecteurs et de tr\u00e9soriers \u2014 appel\u00e9s \u00ab&nbsp;caissiers&nbsp;\u00bb \u2014 et d\u2019un \u00ab&nbsp;caissier g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb charg\u00e9 de collecter l\u2019argent de toutes les filatures. Depuis le d\u00e9but juillet, ils r\u00e9ussissent \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sorte de gr\u00e8ve tournante d\u2019entreprise \u00e0 entreprise, \u00e0 une nouvelle baisse de 10% des salaires que veulent leur imposer les patrons de toutes les filatures. Ceux-ci sont sans doute coalis\u00e9s eux-aussi, tellement la mesure est g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 toutes les entreprises. L\u2019affrontement prend une tournure dramatique le 8 ao\u00fbt, lorsque 2000 ouvriers arm\u00e9s de b\u00e2tons et de cailloux affrontent 60 gendarmes \u00e0 cheval dans une bataille rang\u00e9e devant une tr\u00e8s grosse filature du Houlme, dont le patron est le dernier \u00e0 ne pas avoir relev\u00e9 les salaires. La r\u00e9pression est terrible&nbsp;: plus de 150 arrestations, un fileur \u2014 Jules Roustel \u2014 condamn\u00e9 \u00e0 mort aux assises, \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un des gendarmes des suites de ses blessures&nbsp;; il fut ex\u00e9cut\u00e9 le 25 novembre \u00e0 Rouen<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>&nbsp;; 3 autres condamn\u00e9s \u00e0 de tr\u00e8s longues ann\u00e9es de prison (de 8 \u00e0 12 ans). Mais l\u2019\u00e9motion est si forte que lors d\u2019un second proc\u00e8s, en correctionnelle celui-ci, 14 fileurs ne sont condamn\u00e9s qu\u2019\u00e0 deux mois pour d\u00e9lit de coalition, alors qu\u2019ils faisaient manifestement tous partie des meneurs \u00e0 qui l\u2019on aurait d\u00fb faire subir des peines de 2 \u00e0 5 ans. Mais la condamnation \u00e0 mort de Jules Roustel fut sans doute consid\u00e9r\u00e9e comme suffisante par les autorit\u00e9s<em>\u00ab&nbsp;dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019industrie comme pour le maintien de la tranquillit\u00e9 publique&nbsp;\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. M\u00eame les patrons durent \u00eatre dans cet \u00e9tat d\u2019esprit, car quasiment tous les condamn\u00e9s retrouv\u00e8rent leur emploi \u00e0 leur sortie de prison. Seul Levavasseur licencia les meneurs de sa propre filature, dont on peut noter qu\u2019aucun d\u2019entre eux ne fit partie des condamn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Si cet exemple est particuli\u00e8rement spectaculaire par sa violence, il ne s\u2019agit pas d\u2019un cas isol\u00e9. Entre 1824 et 1830, les coalitions sont tr\u00e8s nombreuses partout en France, au point qu\u2019un rapport de police va parler de \u00ab&nbsp;<em>manie des coalitions&nbsp;<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Jean Bruhat en cite \u00e0 Nantes, (Loire-Atlantique), Remiremont (Vosges), Soues-en-Tarbes (Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es), Marseille (Bouches-du-Rh\u00f4ne), Rimogne (Ardennes), Saint-Quentin (Aisne), Thiers (Puy-de-D\u00f4me), Tournus (Sa\u00f4ne-et-Loire), etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le r\u00f4le des ouvriers est soulign\u00e9 dans le renversement du r\u00e9gime de la Restauration en 1930, lors de la R\u00e9volution de juillet&nbsp;connue sous le nom des <em>Trois glorieuses<\/em>, peu de chose a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sur la vague de gr\u00e8ves qui se d\u00e9clench\u00e8rent un peu partout en France en ao\u00fbt et septembre suivants, qui se reproduit \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque les 3 ann\u00e9es suivantes<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, ni, bien \u00e9videmment, sur les revendications port\u00e9es par ces coalitions ouvri\u00e8res. Or, \u00e0 cette \u00e9poque, la dur\u00e9e du travail pouvait aller jusqu\u2019\u00e0 16 \u00e0 17 heures par jour<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, dans les filatures. La revendication des gr\u00e9vistes \u00e9tait, en plus d\u2019obtenir des augmentations des salaires et de modifier les r\u00e8glements int\u00e9rieur des fabriques, de r\u00e9duire cette dur\u00e9e \u00e0 12 heures par jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien que sur le tribunal de Rouen, on ne comte pas moins d\u2019une dizaine de proc\u00e8s en coalition en septembre 1830<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a> \u2014 dont une coalition d\u2019enfants \u2014, conduisant \u00e0 la condamnation d\u2019une cinquantaine d\u2019ouvriers, sans compter les proc\u00e8s pour outrages et voies de faits contre la garde nationale, car l\u00e0 encore le conflit fut marqu\u00e9 par des affrontements physiques entre la garde nationale et les ouvriers. Si le patronat rouennais fit mine de l\u00e2cher du lest sur les r\u00e8glements int\u00e9rieurs des fabriques et accepta de les modifier l\u00e9g\u00e8rement pour r\u00e9duire quelque peu les amendes qui pesaient lourdement sur les salaires, il refusa absolument de c\u00e9der sur le fond. En t\u00e9moigne cette d\u00e9claration de ce patron de la vall\u00e9e du Cailly, pr\u00e9sident de la d\u00e9l\u00e9gation patronale \u00e0 la commission mise en pace par le pr\u00e9fet, et publi\u00e9e dans <em>Le Journal de Rouen<\/em>&nbsp;le 6 septembre 1830<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>: (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>Un r\u00e8glement sur le temps du travail et le taux des amendes a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;un commun accord; je m&rsquo;y soumettrai ainsi que mes confr\u00e8res. Quant aux salaires, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 convenu parce que chacun doit \u00eatre libre de les fixer chez lui comme il l&rsquo;entend ; \u00e0 cet \u00e9gard, je n&rsquo;ai rien \u00e0 prescrire \u00e0 personne, et personne n&rsquo;a rien \u00e0 me prescrire&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 qui est clair, et qui confirme que la d\u00e9claration de l\u2019ancien patron des patrons Yvon Gattaz sur son 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est l\u2019exact contrepied de&nbsp;l\u2019opinion patronale de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La r\u00e9volte des Canuts<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on connait mieux la premi\u00e8re r\u00e9volte des canuts, qui eut lieu \u00e0 Lyon en 1831, soit un an plus tard, et qui fut l&rsquo;une des grandes insurrections sociales du d\u00e9but de l\u2019\u00e8re de la grande industrie. Le 18 octobre, les ouvriers de la soie lyonnaise appel\u00e9s les canuts avaient fait appel au pr\u00e9fet du d\u00e9partement, Louis Bouvier-Dumolart, pour qu\u2019il joue les interm\u00e9diaires afin d\u2019obtenir des fabricants l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un tarif, permettant de limiter la baisse des prix. Le pr\u00e9fet avait mis en place une commission paritaire pour fixer un tarif minimum. Mais en recevant les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ouvriers, celui-ci avait enfreint la loi Le Chapelier, et le tarif enfreignait la sacro-sainte propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u2014 le patron \u00e9tant maitre chez lui \u2014, ce qui lui valut d&rsquo;\u00eatre d\u00e9savou\u00e9 par Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 21 novembre 1831, plusieurs centaines de tisseurs parcourent la Croix-Rousse, qui est alors une commune ind\u00e9pendante. Ils obligent ceux qui travaillent encore \u00e0 arr\u00eater leurs m\u00e9tiers \u00e0 tisser, puis descendent de la Croix-Rousse par la mont\u00e9e de la Grande-C\u00f4te jusqu\u2019\u00e0 la rue Vieille-Monnaie. La 1re l\u00e9gion de la Garde nationale, compos\u00e9e principalement de n\u00e9gociants et qui barre le passage, fait feu. Trois ouvriers sont tu\u00e9s, plusieurs sont bless\u00e9s. Les canuts remontent \u00e0 la Croix Rousse et alertent la population en criant : \u00ab Aux armes, on assassine nos fr\u00e8res. \u00bb On s\u2019arme de pioches, de pelles, de b\u00e2tons, quelques-uns ont des fusils. Des barricades sont dress\u00e9es et les ouvriers marchent sur Lyon, drapeau noir en t\u00eate, et bient\u00f4t, les tisseurs de la Croix-Rousse sont rejoints par ceux des Brotteaux et de la Guilloti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 22 novembre, \u00e0 Lyon, des combats sanglants ont lieu Les soldats et gardes nationaux, sont battus, et les canuts prennent possession de la caserne du Bon Pasteur et pillent les armureries. Des ouvriers de tous les quartiers se joignent aux canuts qui sont bient\u00f4t ma\u00eetres de toute la ville, \u00e0 l\u2019exception du quartier des Terreaux. Plusieurs corps de garde de l\u2019arm\u00e9e ou de la Garde nationale sont attaqu\u00e9s et incendi\u00e9s. L\u2019infanterie essaie vainement de les arr\u00eater, puis recule sous les tuiles et les balles, tandis que la Garde nationale, dont nombre de membres se recrutent parmi les canuts, passe du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9meutiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme d\u2019une rude bataille \u2013 environ 600 victimes dont quelque 100 morts et 263 bless\u00e9s c\u00f4t\u00e9 militaire, et 69 morts et 140 bless\u00e9s c\u00f4t\u00e9 civil \u2013, les \u00e9meutiers se rendent ma\u00eetres de la ville que fuient, dans la nuit du 22 au 23 novembre, le g\u00e9n\u00e9ral Roguet, commandant la 7e division militaire, ainsi que le maire, Victor Prunelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 novembre, les insurg\u00e9s sont ma\u00eetres de la ville et se gardent de tout pillage. Ils occupent l\u2019H\u00f4tel de Ville, mais leurs chefs, qui n\u2019\u00e9taient \u00ab entr\u00e9s en gr\u00e8ve \u00bb que pour obtenir la correcte application de l\u2019accord collectif, ne savent plus que faire de leur victoire. Un comit\u00e9 insurrectionnel se forme sous l\u2019impulsion de quelques r\u00e9publicains, mais ne prend pas de mesures concr\u00e8tes, faute d\u2019un v\u00e9ritable programme et aussi du soutien des canuts, qui refusent de voir leur mouvement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 des fins politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La semaine suivante, les ouvriers, pensant avoir gagn\u00e9 et tenir leur tarif, reprennent le travail. Mais la Loi <em>Le Chapelier <\/em>n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remise en cause, et ils vont vite d\u00e9chanter.<\/p>\n\n\n\n<p>A Paris, le gouvernement d\u00e9cide d\u2019envoyer 20&nbsp;000 hommes r\u00e9tablir l\u2019ordre \u00e0 Lyon. Ils entrent dans la ville le 3 d\u00e9cembre, sans effusion de sang, sans n\u00e9gociation, sans engagement de quelque nature que ce soit. Le 6 d\u00e9cembre le pr\u00e9fet est r\u00e9voqu\u00e9, la Garde nationale dissoute et une importante garnison est plac\u00e9e dans la ville. Le 7 d\u00e9cembre le tarif est annul\u00e9. Le gouvernement d\u00e9cide la construction d\u2019un fort, pour s\u00e9parer la Croix-Rousse de la ville de Lyon. 90 ouvriers sont arr\u00eat\u00e9s, dont 11 qui seront poursuivis en justice, mais qui seront acquitt\u00e9s en juin 1832.<\/p>\n\n\n\n<p>Une deuxi\u00e8me insurrection des canuts aura lieu en 1834. Le patronat juge que la bonne conjoncture \u00e9conomique a fait augmenter de mani\u00e8re excessive les salaires des ouvriers et pr\u00e9tend leur imposer une baisse. En r\u00e9sulte un conflit, des gr\u00e8ves, dont les meneurs sont arr\u00eat\u00e9s et traduits en justice. Leur proc\u00e8s commence le 5 avril, au moment o\u00f9 la Chambre des pairs discute d\u2019une loi destin\u00e9e \u00e0 durcir la r\u00e9pression contre les associations r\u00e9publicaines. Les r\u00e9publicains parviennent \u00e0 cr\u00e9er un amalgame entre les associations politiques, qui sont en r\u00e9alit\u00e9 vis\u00e9es par ce texte, et les associations mutuelles ouvri\u00e8res auxquelles les canuts lyonnais sont tr\u00e8s attach\u00e9s. Aussi, le 9 avril, des milliers d\u2019artisans se soul\u00e8vent tandis que les meneurs \u00e9dictent des \u00ab ordres du jour \u00bb qu\u2019ils n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 dater du \u00ab 22 germinal an XLII de la R\u00e9publique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019ensuit une \u00ab&nbsp;Sanglante semaine&nbsp;\u00bb au cours le laquelle, dans les premiers temps les ouvriers ont le dessus. Mais Adolphe Thiers, alors ministre de l\u2019int\u00e9rieur, fait abandonner la ville aux insurg\u00e9s, puis, comme il fera en 1871 pour la Commune de Paris, la fait encercler, puis la reprendre. Le 15 avril c\u2019est la fin. La deuxi\u00e8me grande insurrection des canuts est mat\u00e9e dans le sang. Plus de 600 victimes sont \u00e0 d\u00e9plorer. 10 000 insurg\u00e9s faits prisonniers seront jug\u00e9s dans un \u00ab proc\u00e8s monstre \u00bb \u00e0 Paris en avril 1835, et seront condamn\u00e9s \u00e0 la d\u00e9portation ou \u00e0 de lourdes peines de prison.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pertes des militaires sont de 131 morts, tu\u00e9s au combat ou bless\u00e9s mortellement, et 192 bless\u00e9s. Du c\u00f4t\u00e9 des civils on compte au total 190 morts, mais dans ce nombre figure aussi bien les civils insurg\u00e9s que les civils tu\u00e9s sans armes. Du c\u00f4t\u00e9 de bless\u00e9s on en rel\u00e8ve 122 \u00e0 la date du 28 avril, dont 31 d\u00e9c\u00e8dent par la suite, mais le total des bless\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des insurg\u00e9s est certainement plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Des gr\u00e8ves malgr\u00e9 la loi <em>Le Chapelier<\/em>, entre 1830 et 1848<\/strong> :<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019existence de la loi Le Chapelier n\u2019emp\u00eache pas les gr\u00e8ves. Entre 1830 et 1848, <em>l&rsquo;Office du travail <\/em>enregistre 1&nbsp;049 gr\u00e8ves dans un cadre national<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. 382 d&rsquo;entre elles font l&rsquo;objet de poursuites devant les tribunaux de justice&nbsp;: elles concernent 71 m\u00e9tiers et 121 localit\u00e9s. Parmi ces conflits s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9s, les salaires sont les principales revendications. Seule une minorit\u00e9 d\u2019entre eux pose la question de la r\u00e9duction du temps de travail, comme celui des fileurs de l\u2019agglom\u00e9ration rouennaise en 1830, celui fileurs de Paris en 1833, des mineurs \u00e0 Anzin en 1837, des fileurs \u00e0 Sentheim, dans le Haut-Rhin, en 1846.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Radepont (Eure), en ao\u00fbt 1839, la journ\u00e9e de travail des fileurs passe \u00e0 14&nbsp;heures sans que l\u2019on sache combien de temps ils travaillaient jusque-l\u00e0. Toujours est-il qu\u2019ils sont contraints de payer l&rsquo;huile n\u00e9cessaire au fonctionnement de leur quinquet, indispensable pour travailler \u00e0 la tomb\u00e9e du jour. Ils refusent \u00e0 la fois l&rsquo;accroissement de la dur\u00e9e du travail et la fourniture de l&rsquo;huile sur leurs propres subsides&#8230; avant d&rsquo;accepter de travailler plus longtemps, mais sans fournir l&rsquo;\u00e9clairage<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Ce n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent \u00e0 Roubaix&nbsp;: en 1842, les ouvriers d\u00e9noncent la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e8glement de la fabrique stipulant que d\u00e9sormais, dans les usines de la ville, <em>\u00ab&nbsp;le travail hors d&rsquo;heure, celui des nuits est obligatoire. L&rsquo;ouvrier ne peut s&rsquo;y soustraire sans se rendre passible des peines qu&rsquo;encourt l&rsquo;ouvrier s&rsquo;absentant un jour de travail<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi va la vie ouvri\u00e8re en l\u2019absence de syndicat et sous la f\u00e9rule de la loi <em>Le Chapelier<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Les syndicats ont-ils \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires au 19e\u202fsi\u00e8cle&nbsp;? Regards sur la R\u00e9volution de 1848 et l\u2019Empire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au lendemain de la proclamation de la R\u00e9publique, une d\u00e9l\u00e9gation de 2000 ouvriers m\u00e9caniciens en armes arrive \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris le 24 f\u00e9vrier 1848. Un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 en armes d\u00e9pose aupr\u00e8s du gouvernement provisoire, une p\u00e9tition qui r\u00e9clame l\u2019organisation&nbsp; du travail le droit au travail, un minimum garanti pour l\u2019ouvrier et sa famille en cas de maladie. Sous la pression populaire, le gouvernement est incit\u00e9 \u00e0 c\u00e9der. Louis Blanc r\u00e9dige un texte par lequel le gouvernement s\u2019engage \u00e0 garantir du travail \u00e0 tous les ouvriers et \u00e0 autoriser leurs associations.<\/p>\n\n\n\n<p>En une semaine 300 associations \u00ab&nbsp;ouvri\u00e8res&nbsp;\u00bb sont cr\u00e9\u00e9es \u00e0 Paris. Cr\u00e9\u00e9 le 27 f\u00e9vrier 1848, la <em>commission du Luxembourg<\/em><a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a> promet de limiter \u00e0 10 heures la dur\u00e9e du travail. A son initiative, Le 2 mars le gouvernement provisoire publie un d\u00e9cret qui limite \u00e0 10 heures la dur\u00e9e du travail quotidienne \u00e0 Paris, et \u00e0 11 heures en province, en m\u00eame temps qu\u2019il abolit le marchandage. La mesure qui verra \u00e0 peine un d\u00e9but d\u2019application, avant que la dur\u00e9e du travail ne soit remont\u00e9e \u00e0 12 heures apr\u00e8s les journ\u00e9es sanglantes de juin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 27 avril, le Gouvernement provisoire proclame l\u2019abolition de l\u2019esclavage dans toutes les colonies fran\u00e7aises.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9volution de 1848 consacre une libert\u00e9 d&rsquo;association \u00e9ph\u00e9m\u00e8re : l&rsquo;article 8 de la Constitution du 4 novembre 1848 proclame le droit de s&rsquo;associer et s&rsquo;assembler paisiblement et sans armes ; l&rsquo;article 13 encourage les associations volontaires. Mais pendant le Second Empire, le r\u00e9gime de l&rsquo;autorisation pr\u00e9alable est r\u00e9tabli (d\u00e9cret du 25 mars 1852). Seules les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels \u00e9chappent \u00e0 la r\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avec la R\u00e9volution de 1848, et l\u2019av\u00e8nement de la r\u00e9publique, va-t-on connaitre la fin de la loi <em>Le Chapelier<\/em>&nbsp;? Pas du tout. Apr\u00e8s la victoire de la r\u00e9action, le 15 mars 1849 une nouvelle loi fut vot\u00e9e contre les coalitions ouvri\u00e8res et patronales, r\u00e9affirmant les termes de la loi <em>Le Chapelier<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, en pleine R\u00e9volution, on note des conflits en province o\u00f9 l\u2019on continue comme auparavant \u00e0 r\u00e9primer les coalitions de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019auparavant. Par exemple, \u00e0 la mi-mars 1848, soit une quinzaine de jours apr\u00e8s la proclamation de la R\u00e9publique, une gr\u00e8ve se d\u00e9clenche dans les filatures de Lillebonne (Seine-Inf\u00e9rieure, Seine-Maritime). Comme si rien n\u2019avait chang\u00e9 on arr\u00eate les \u00ab&nbsp;meneurs&nbsp;\u00bb, on les incarc\u00e8re au Havre, et on les poursuit en correctionnelle pour d\u00e9lit de coalition. Mais les ouvriers qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s n\u2019arr\u00eatent pas leur gr\u00e8ve pour autant, et r\u00e9clament la lib\u00e9ration de leurs camarades. Pour eux le temps a chang\u00e9&nbsp;: c\u2019est la R\u00e9publique&nbsp;! Elle doit \u00eatre sociale&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers en gr\u00e8ve se r\u00e9unissent tous les jours \u00e0 plus de 500, pendant quinze jours, sur la place de la mairie de Lillebonne, mais rien n\u2019y fait. Aussi le 31 mars, ils d\u00e9cident d\u2019y planter pacifiquement un \u00ab&nbsp;arbre de la Libert\u00e9&nbsp;\u00bb. La foule est plus nombreuse qu\u2019\u00e0 l\u2019habitude, car elle&nbsp; s\u2019est renforc\u00e9e d\u2019ouvriers de l\u2019atelier national mis en place par la mairie pour la r\u00e9fection d\u2019une route. Un peuplier d\u00e9cor\u00e9 des couleurs de la r\u00e9publique est avanc\u00e9 port\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 par des jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019arr\u00eate, et l\u2019on commence \u00e0 creuser le trou n\u00e9cessaire \u00e0 sa plantation. Mais le maire ne l\u2019entend pas de cette oreille. Il a mobilis\u00e9 la Garde nationale et obtenu le renfort de d\u00e9tachements des 28<sup>e<\/sup> et 69<sup>e<\/sup> r\u00e9giments de Ligne. Accompagn\u00e9 de son adjoint, il emp\u00eache une premi\u00e8re fois la plantation, mais n\u2019arrive pas \u00e0 se saisir de l\u2019arbre qui est prot\u00e9g\u00e9 par la foule. Il fait positionner la troupe en large carr\u00e9 devant la mairie. Avec pr\u00e8s de 200 hommes, elle occupe ainsi une bonne partie de la place. D\u00e9termin\u00e9e, la foule se d\u00e9place un peu plus loin et commence \u00e0 creuser un nouveau trou. Maire le maire intervient de nouveau, &nbsp;prot\u00e9g\u00e9 par des gardes nationaux ba\u00efonnettes au canon. Une nouvelle fois l\u2019arbre, toujours prot\u00e9g\u00e9 par les manifestants, est d\u00e9plac\u00e9, et se pr\u00e9parer \u00e0 creuser plus loin. Le maire intervient de nouveau, et somme \u00e0 trois reprises la foule de se disperser, mais rien n\u2019y fait. Cette fois ci la foule exc\u00e9d\u00e9e s\u2019\u00e9nerve et se met \u00e0 lancer des pierres sur les gardes. C\u2019est alors qu\u2019un coup de feu claque, tir\u00e9 d\u2019un coin de la place, derri\u00e8re les manifestants, pendant que des pierres pleuvent sur les soldats. Les militaires ripostent et tirent dans \u00e0 l\u2019aveuglette. On comptera imm\u00e9diatement 6 morts et 25 bless\u00e9s<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a> dont 15 graves parmi les manifestants. Par la suite, plusieurs d\u2019entre eux moururent \u00e0 l\u2019hospice des suites de leurs blessures. Du cot\u00e9 des forces de l\u2019ordre, on rel\u00e8vera quelques ecchymoses sur 14 gardes nationaux et 9 soldats. Deux ouvriers furent condamn\u00e9s pour r\u00e9bellion \u00e0 8 mois de prison, et trois autres \u00e0 6 mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Violence exceptionnelle \u00e0 cette \u00e9poque ? Absolument pas, car quelques mois plus tard, le maire de Rouen fera liquider dans le sang la r\u00e9volte des ouvriers de Rouen, qui protestaient contre l\u2019\u00e9lection de l\u2019ensemble des d\u00e9put\u00e9s de la Seine-inf\u00e9rieure chez les r\u00e9actionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les gr\u00e8ves ont lieu, malgr\u00e9 la r\u00e9activation de la loi <em>Le Chapelier<\/em>. D\u00e8s 1852, le minist\u00e8re de la justice enregistre 86 gr\u00e8ves de coalitions, concernant 573 pr\u00e9venus. En 1853, 109 poursuites sont ouvertes pour le m\u00eame motif, 68 poursuites en 1854, 168 poursuites en 1855<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>La mont\u00e9e de l\u2019opposition r\u00e9publicaine conduit le gouvernement \u00e0 infl\u00e9chir sa politique dans un sens plus social. Il vise \u00e0 diviser l\u2019opposition, en favorisant \u00e0 l\u2019\u00e9mergence sur sa gauche d\u2019un courant populaire. C\u2019est ainsi que nait le projet de loi sur les coalitions, sign\u00e9e d\u2019\u00c9mile Ollivier, avocat et d\u00e9put\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-x-large-font-size\"><strong>De 1864 \u00e0 1884<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Par la loi du 25 mai 1864, la coalition \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019association ou la gr\u00e8ve \u2014 n\u2019est plus d\u00e9clar\u00e9e illicite. Cependant elle reste un exercice autoris\u00e9 soigneusement limit\u00e9, et la punit s\u00e9v\u00e8rement si l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une association, comme la participation \u00e0 une gr\u00e8ve, sont obtenus par la violence c&rsquo;est-\u00e0-dire les pressions physiques ou morales (man\u0153uvres frauduleuses), les menaces, les coups et voies de faits, etc..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Loi du 25 mai 1864 sur les coalitions<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><strong>[25]<\/strong><\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<strong>Article 1<sup>er<\/sup><\/strong>: les articles 414, 415 et 416 du code p\u00e9nal sont abrog\u00e9s. Ils sont remplac\u00e9s par les articles suivants<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Art. 414&nbsp;<strong>: <\/strong>Sera puni d&rsquo;un emprisonnement de six jours \u00e0 trois ans et d&rsquo;une amende de 16 fr. \u00e0 3 000 fr, ou de l&rsquo;une de ces deux peines seulement, quiconque, \u00e0 l&rsquo;aide de violences, voies de fait, man\u0153uvres frauduleuses, aura amen\u00e9 ou maintenu, tent\u00e9 d&rsquo;amener ou de maintenir une cessation concert\u00e9e de travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires ou de porter atteinte au libre exercice de l&rsquo;industrie ou du travail.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Art. 415&nbsp;: Lorsque les faits punis \u00e0 l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent auront \u00e9t\u00e9 commis par la suite d\u2019un plan concert\u00e9, les coupables pourront \u00eatre mis, par l\u2019arr\u00eat ou le jugement, sous la surveillance de la haute police pendant deux ans au moins et cinq ans au plus<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Art. 416&nbsp;: seront punis d\u2019un emprisonnement de 6 jours \u00e0 trois mois, et d\u2019une amende de 16 frs \u00e0 300 frs, ou de l\u2019une de ces deux peines seulement tous ouvriers patrons ou entrepreneurs d\u2019ouvrage qui, \u00e0 l\u2019aide d\u2019amende, d\u00e9fenses, proscriptions ou interdictions prononc\u00e9es par suite d\u2019une plan concert\u00e9, auront port\u00e9 atteinte au libre exercice de l\u2019industrie ou du travail.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Art.2&nbsp;: Les articles 414, 415, et 416 ci-dessus, sont applicables aux propri\u00e9taires et fermiers ainsi qu\u2019aux moissonneurs, domestiques et ouvriers de la campagne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les articles 19 et 20 du titre 2 de la loi des 28 septembre -6 octobre 1791 sont abrog\u00e9s.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant les articles 260 et 291 du Code p\u00e9nal maintiennent l\u2019interdiction de constituer et de r\u00e9unir des associations de r\u00e9sistance. Elle cr\u00e9e le d\u00e9lit d\u2019atteintes \u00ab&nbsp;au libre exercice de l\u2019industrie et du travail&nbsp;\u00bb, et sa r\u00e9pression est s\u00e9v\u00e8re. Enfin, la gr\u00e8ve constitue toujours une rupture du contrat de travail et peut justifier un licenciement du salari\u00e9 gr\u00e9viste ou une intervention de la force arm\u00e9e avec heurts sanglants et victimes Les \u00ab&nbsp;meneurs&nbsp;\u00bb s\u2019exposent toujours \u00e0 des risques certains.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc un cadeau dangereux que fait aux travailleurs le r\u00e9gime du second empire, mais cadeau dont les ouvriers n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 se servir. La loi a cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019existence des organisations ouvri\u00e8res, et de nombreuses chambres syndicales voient le jour. Elle cr\u00e9e aussi les conditions&nbsp; d\u2019existence de la gr\u00e8ve moderne, et elle a eu un effet stimulant imm\u00e9diat, \u00e0 Bordeaux et \u00e0 Limoges<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>A Limoges, d\u00e8s le 18 mai une gr\u00e8ve \u00e9clate dans la porcelaine contre les amendes que les patrons porcelainiers pratiquent<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. La gr\u00e8ve touche bient\u00f4t 25 fabriques, employant 4000 travailleurs. Le mouvement d\u00e9borde sur d\u2019autres corporations, et s\u2019\u00e9tend dans la r\u00e9gion. Le 30 mai la gr\u00e8ve est g\u00e9n\u00e9rale. On organise la solidarit\u00e9. On collecte tr\u00e8s loin de limoges, jusqu\u2019\u00e0 Vierzon et Bourges. Le patronat d\u00e9cide le lock-out le 8 juin. Le gouvernement intervient. D\u2019un cot\u00e9, il menace de dissoudre les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels non approuv\u00e9es qui emploient leur ressources \u00e0 \u00ab&nbsp;prolonger et \u00e0 subventionner les gr\u00e8ves&nbsp;\u00bb, et de l\u2019autre envoie des renforts militaires sur place. Une intense action psychologique, par le truchement de la presse affaiblit l\u2019action des gr\u00e9vistes, qui reprennent le travail en juillet sans avoir rien obtenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de cette gr\u00e8ve sont consid\u00e9rables. Les travailleurs limougeauds, ont appris \u00e0 s\u2019organiser, \u00e0 inventer dans la lutte. Ils r\u00e9digent des tracts, fabriquent une affiche ronde, l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s, dans laquelle, \u00e0 partir du centre figurent tous leurs noms<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir lib\u00e9rateur de la loi de 1864 se v\u00e9rifie un peu partout, jusque dans des r\u00e9gions o\u00f9 jamais ne s\u2019\u00e9taient manifest\u00e9s de conflits sociaux aigus, comme en fin d\u00e9cembre 1864, chez les cardeurs de Cours (Rh\u00f4ne). En 1864, 110 gr\u00e8ves int\u00e9ressent 19740 ouvriers, pour atteindre 116 gr\u00e8ves concernant 88232 gr\u00e9vistes en 1870, avec des pouss\u00e9es nettes en 1867 et 1869<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>L\u2019Association internationale des travailleurs (AIT)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de l\u2019ann\u00e9e 1865, une association s\u2019implante en France malgr\u00e9 son interdiction\u00a0: il\u00a0 s\u2019agit de l\u2019<em>Association internationale des travailleurs<\/em> (AIT), c&rsquo;est-\u00e0-dire la premi\u00e8re internationale (1864-1876). Elle se d\u00e9veloppe \u00e0 Paris puis en banlieue, \u00e0 partir de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s qui ont particip\u00e9 \u00e0 un meeting international \u00e0 Londres. En mars elle s\u2019\u00e9tend \u00e0 Lyon. En juin sont cr\u00e9\u00e9es de sections \u00e0 Caen, Lisieux, \u00e0 Neufch\u00e2teau. En juillet, elle s\u2019\u00e9tend \u00e0 Rouen et puis \u00e0 Elbeuf. En 1866, elle atteint Rennes, Bordeaux, Villefranche-sur-Sa\u00f4ne, Alger, la Guadeloupe. En 1867, c\u2019est le Nord, avec Roubaix, les Bouches-du-Rh\u00f4ne, avec Marseille, etc. Les sections de l\u2019AIT commencent par prendre la forme de Soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9tudes \u00e9conomiques et sociales, qui deviennent des soutiens aux gr\u00e8ves. En avril 1868, <strong>Aubry<\/strong>, lithographe \u00e0 Rouen, anim\u00e9 du souci d\u2019affirmer l\u2019autonomie ouvri\u00e8re dans les actes lance une formule qui va servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: celle de la f\u00e9d\u00e9ration des soci\u00e9t\u00e9s ouvri\u00e8res qui rassemble autour d\u2019un cercle d\u2019\u00e9tude sociales, des associations aussi diverses que celles des lithographes, des fileurs de laine, des teinturiers, etc., ce qui permet de soutenir et d\u2019organiser des solidarit\u00e9s, lors, par exemple, des gr\u00e8ves des fileurs de laines d\u2019Elbeuf qui recevra des souscriptions de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La loi du 24 juillet 1867 reconna\u00eet les coop\u00e9ratives ouvri\u00e8res et celle du 6 juin 1868 le droit de r\u00e9union : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sans abolir les dispositions du code p\u00e9nal et de la loi de 1834, la loi du 24 juillet 1857 autorise les r\u00e9unions publiques sur d\u00e9claration pr\u00e9alable et signature d&rsquo;au moins sept personnes responsables. Le mouvement ouvrier va les utiliser \u00e0 son profit. A Paris et dans les grandes villes c\u2019est un d\u00e9ferlement, o\u00f9 les limites fix\u00e9es (interdiction des sujets politiques ou religieux) sont transgress\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, on note une croissance fulgurante de gr\u00e8ves qui culmine entre 1870 et 1872. Entre ces deux dates, c\u2019est la guerre, puis <strong>la Commune<\/strong> et son \u00e9crasement par les versaillais. <\/p>\n\n\n\n<p>Au lendemain de la Commune, la r\u00e9pression a une connotation sociale indiscutable. Elle est l\u2019expression d\u2019une haine et d\u2019une peur de classe. Elle est antiouvri\u00e8re et antisociale<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.\u00a0 Mais d\u00e8s le 2<sup>e<\/sup> semestre de 1871, et durant toute l\u2019ann\u00e9e 12871, certaines chambres syndicales cr\u00e9es \u00e0 la fin de l\u2019Empire, revivent. Ce sont les corps de m\u00e9tiers les mieux organis\u00e9s avant 1870 qui ont le mieux r\u00e9sist\u00e9\u00a0: \u00e0 Paris, Lyon, Givors, Vienne, Rouen, Elbeuf, Saint-\u00c9tienne, dans l\u2019Is\u00e8re, etc. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Paris, d\u00e8s 1876, le mouvement ouvrier est reconstitu\u00e9\u00a0; suivi par Lyon, en 1878, Marseille en 1879<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle vague de gr\u00e8ves culmine en 1880 et 1882, car les ouvriers s&rsquo;av\u00e8rent, en effet, tr\u00e8s sensibles au climat politique qui joue un r\u00f4le certain dans leur d\u00e9cision de faire ou ne pas faire gr\u00e8ve. La politique agit tant\u00f4t comme un frein (R\u00e9publique de Thiers, Ordre moral) tant\u00f4t comme un excitant: les gr\u00e8ves de 1879-80 naissent de l&rsquo;esp\u00e9rance r\u00e9publicaine. La R\u00e9publique assum\u00e9e, les ouvriers pensent une nouvelle fois que le temps du social est venu, comme ce fut le cas en 1830, 1864, et ce sera le cas en 1905, 1919, ou 1936.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, entre 1871 et 1890, il n\u2019y a pas moins de 2923 gr\u00e8ves<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Cette derni\u00e8re p\u00e9riode est une p\u00e9riode de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, et les gr\u00e8ves sont nombreuses, rapides et g\u00e9n\u00e9ralement triomphantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le 21 mars 1884,<\/strong> <strong>la loi<\/strong><em><strong> <\/strong><\/em><strong><em>\u00ab\u00a0Waldeck-Rousseau\u00a0\u00bb, <\/em>abroge la loi <em>Le Chapelier<\/em>\u00a0:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois ci c\u2019est la bonne\u00a0! Le 21 mars 1884<em> La loi \u00ab\u00a0Waldeck-Rousseau\u00a0\u00bb, <\/em>relative \u00e0 la cr\u00e9ation de syndicats professionnels abroge la loi <em>Le Chapelier<\/em>\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Art. 1er<\/em><\/strong><em>. Sont abrog\u00e9s la loi des 14, 27 juin 1791 <\/em>[Loi Le Chapelier] <em>et l\u2019article 416 du Code p\u00e9nal. Les articles 291, 292, 293, 294 du Code p\u00e9nal et la loi du 18 avril 1834 ne sont pas applicables aux syndicats professionnels.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant l\u2019article 416, il s\u2019agit bien de l\u2019article cr\u00e9\u00e9 par la loi de 1864, qui punissait <em>\u00ab&nbsp;d\u2019un emprisonnement de 6 jours \u00e0 trois mois, et d\u2019une amende de 16 frs \u00e0 300 frs, ou de l\u2019une de ces deux peines seulement tous ouvriers patrons ou entrepreneurs d\u2019ouvrage qui, \u00e0 l\u2019aide d\u2019amende, d\u00e9fenses, proscriptions ou interdictions prononc\u00e9es par suite d\u2019une plan concert\u00e9, auront port\u00e9 atteinte au libre exercice de l\u2019industrie ou du travail.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les articles 291, 292, 293, 294 du Code p\u00e9nal visaient \u00e0 l\u2019encadrement tr\u00e8s strict des associations (interdiction des association \u00e0 bt politique et des r\u00e9unions et \u00e0 la r\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>La loi du 18 avril 1834 aggravait les dispositions du code p\u00e9nal napol\u00e9onien. Depuis cette date m\u00eame les membres d&rsquo;associations divis\u00e9es en sections de moins de 20 personnes encouraient de lourdes amendes et des peines de prison.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on compte bien, il aura fallu 93 ann\u00e9es de lutte, en France, pour supprimer la loi <em>Le Chapelier<\/em>, et reconqu\u00e9rir une libert\u00e9 d\u2019association, le droit de s\u2019associer entre travailleurs d\u2019une m\u00eame entreprise ou d\u2019une m\u00eame corporation pour poser ses revendications et d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a fallu un si\u00e8cle de luttes, souvent sanglantes, pour r\u00e9tablir des droits qui avaient \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s&nbsp;en 1791, avec le vote de la loi Le Chapelier qui interdit la gr\u00e8ve, l\u2019association des travailleurs, et toute action collective visant \u00e0 avancer des revendications.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il comme le pr\u00e9tend Yvon Gattaz, qui consid\u00e8re que les syndicats seraient devenus Inutiles et nuisibles au 21e, consid\u00e9rer qu\u2019ils doivent dispara\u00eetre&nbsp;? Faudrait-il donc comme il le souhaite, r\u00e9habiliter la loi <em>Le Chapelier<\/em>, dont on a vu les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour les travailleurs&nbsp;? En r\u00e9alit\u00e9, Yvon Gattaz sp\u00e9cule sur l\u2019id\u00e9e que les travailleurs aurait oubli\u00e9 leur pass\u00e9, et qu\u2019ils seraient m\u00fbr pour le revivre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, cette contribution s\u2019inspirait de la c\u00e9l\u00e8bre formule dont on attribue la paternit\u00e9 \u00e0 de nombreux personnages c\u00e9l\u00e8bres (Winston Churchill, Karl Marx, etc.)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Un peuple qui oublie son pass\u00e9, se condamne \u00e0 le revivre<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Compl\u00e9ment\u00a0: Comment cela s&rsquo;est-il pass\u00e9 en Angleterre? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>En Angleterre,<\/u><\/strong> le m\u00eame genre de loi appel\u00e9e&nbsp; <em>The Combination Act<\/em> fut vot\u00e9 le 12 juillet <strong>1799. L<\/strong>es associations d&rsquo;ouvriers furent proscrites sous peine de poursuites judiciaires, et le droit de gr\u00e8ve fut interdit. \u00ab <em>Les Combination Acts furent adopt\u00e9s par un Parlement d&rsquo;antijacobins et de propri\u00e9taires terriens dont le souci majeur \u00e9tait d&rsquo;ajouter \u00e0 la l\u00e9gislation existante des lois d&rsquo;intimidation contre les r\u00e9formateurs politiques <\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a> \u00e9crit l\u2019historien anglais Edward P. Thompson. Ce dispositif sera compl\u00e9t\u00e9 en 1800.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette loi sera abrog\u00e9e en 1824, \u00e0 la suite d\u2019une intense action de lobbying du radical Francis Place, dans un environnement marqu\u00e9 par le droit de vote. Il fut imm\u00e9diatement suivi d&rsquo;\u00ab <em>une vague de cr\u00e9ation de syndicats l\u00e9gaux et de gr\u00e8ves <\/em>\u00bb ce qui conduisit le gouvernement \u00e0 vouloir r\u00e9tablir les dispositions r\u00e9pressives des Combination Acts.<\/p>\n\n\n\n<p>Un nouveau <em>Combination Act<\/em> fut vot\u00e9 en 1825, mais devant le risque d&rsquo;insurrection, le gouvernement se contenta de faire voter un texte qui transformait toute forme de persuasion ou d&rsquo;intimidation des non-syndiqu\u00e9s en d\u00e9lit, mais pr\u00e9servait la d\u00e9p\u00e9nalisation du syndicalisme et de la gr\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-x-large-font-size\"><strong>Compl\u00e9ment\u00a0: Comment cela s&rsquo;est-il pass\u00e9 en Belgique? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>En Belgique,<\/u><\/strong> la Loi Le chapelier a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e quasiment depuis son origine, puisque le pays \u00e9tait partie int\u00e9grante de l\u2019Empire napol\u00e9onien.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la fondation de la Belgique, en&nbsp; 1830, les nouveaux dirigeants ont fait figurer un droit d\u2019association dans la Constitution. Mais ce droit n\u2019\u00e9tait toutefois pas destin\u00e9 \u00e0 la classe ouvri\u00e8re \u00e0 qui la fameuse loi <em>Le Chapelier<\/em> interdisait toute coalition en vue d\u2019obtenir de meilleurs salaires.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1867, cette loi fut abrog\u00e9e, mais les gouvernants introduisirent un article dans le Code p\u00e9nal belge, l\u2019article 310, qui pr\u00e9voyait des sanctions contre les gr\u00e9vistes. Ce n\u2019est qu\u2019en 1921 que cet article fut supprim\u00e9. Ce fut un acquis de la classe ouvri\u00e8re et ce n\u2019est pas un hasard si cela eut lieu apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, on ne put plus se retrouver en prison pour fait de gr\u00e8ve. Il existait quand m\u00eame une autre fa\u00e7on de r\u00e9primer les gr\u00e8ves : invoquer la rupture de contrat. Ce n\u2019est qu\u2019en 1967 que la Cour de cassation belge interdira cette pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>__________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-x-large-font-size\"><strong>Loi \u00ab\u00a0Waldeck-Rousseau\u00a0\u00bb du 21 mars 1884, relative \u00e0 la cr\u00e9ation de syndicats professionnels<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le S\u00e9nat et la Chambre des D\u00e9put\u00e9s ont adopt\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique promulgue la loi dont la teneur suit :<\/p>\n\n\n\n<p>ARTICLE 1er. Sont abrog\u00e9s la loi des 14, 27 juin 1791 et l\u2019article 416 du Code p\u00e9nal. Les articles 291, 292, 293, 294 du Code p\u00e9nal et la loi du 18 avril 1834 ne sont pas applicables aux syndicats professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 2. Les syndicats ou associations professionnelles, m\u00eame de plus de vingt personnes exer\u00e7ant la m\u00eame profession, des m\u00e9tiers similaires, ou des professions connexes concourant \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de produits d\u00e9termin\u00e9s, pourront se constituer librement sans l\u2019autorisation du Gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 3. Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l\u2019\u00e9tude et la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, industriels, commerciaux et agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 4. Les fondateurs de tout syndicat professionnel devront d\u00e9poser les statuts et les noms de ceux qui, \u00e0 un titre quelconque, seront charg\u00e9s de l\u2019administration ou de la direction. Ce d\u00e9p\u00f4t aura lieu \u00e0 la mairie de la localit\u00e9 o\u00f9 le syndicat est \u00e9tabli, et \u00e0 Paris \u00e0 la pr\u00e9fecture de la Seine. Ce d\u00e9p\u00f4t sera renouvel\u00e9 \u00e0 chaque changement de la direction ou des statuts. Communication des statuts devra \u00eatre donn\u00e9e par le maire ou par le pr\u00e9fet de la Seine au procureur dela R\u00e9publique. Les membres de tout syndicat professionnel charg\u00e9s de l\u2019administration ou de la direction de ce syndicat devront \u00eatre Fran\u00e7ais et jouir de leurs droits civils.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 5. Les syndicats professionnels r\u00e9guli\u00e8rement constitu\u00e9s d\u2019apr\u00e8s les prescriptions de la pr\u00e9sente loi pourront librement se concerter pour l\u2019\u00e9tude et la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, industriels, commerciaux et agricoles. Ces unions devront faire conna\u00eetre, conform\u00e9ment au deuxi\u00e8me paragraphe de l\u2019article 4, les noms des syndicats qui les composent. Elles ne peuvent poss\u00e9der aucun immeuble ni ester en justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 6. Les syndicats professionnels de patrons ou d\u2019ouvriers auront le droit d\u2019ester en justice. Ils pourront employer les sommes provenant des cotisations. Toutefois ils ne pourront acqu\u00e9rir d\u2019autres immeubles que ceux qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 leurs r\u00e9unions, \u00e0 leurs biblioth\u00e8ques et \u00e0 des cours d\u2019instruction professionnelle. Ils pourront, sans autorisation, mais en se conformant aux autres dispositions de la loi, constituer entre leurs membres des caisses sp\u00e9ciales de secours mutuels et de retraites. Ils pourront librement cr\u00e9er et administrer des offices de renseignements pour les offres et les demandes de travail. Ils pourront \u00eatre consult\u00e9s sur tous les diff\u00e9rends et toutes les questions se rattachant \u00e0 leur sp\u00e9cialit\u00e9. Dans les affaires contentieuses, les avis du syndicat seront tenus \u00e0 la disposition des parties, qui pourront en prendre communication et copie.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 7. Tout membre d\u2019un syndicat professionnel peut se retirer \u00e0 tout instant de l\u2019association, nonobstant toute clause contraire, mais sans pr\u00e9judice du droit pour le syndicat de r\u00e9clamer la cotisation de l\u2019ann\u00e9e courante. Toute personne qui se retire d\u2019un syndicat conserve le droit d\u2019\u00eatre membre des soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels et de pensions de retraite pour la vieillesse \u00e0 l\u2019actif desquelles elle a contribu\u00e9 par des cotisations ou versements de fonds.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 8. Lorsque les biens auront \u00e9t\u00e9 acquis contrairement aux dispositions de l\u2019article 6, la nullit\u00e9 de l\u2019acquisition ou de la lib\u00e9ralit\u00e9 pourra \u00eatre demand\u00e9e par le procureur de la R\u00e9publique ou par les int\u00e9ress\u00e9s. Dans le cas d\u2019acquisition \u00e0 titre on\u00e9reux, les immeubles seront vendus et le prix en sera d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la caisse de l\u2019association. Dans le cas de lib\u00e9ralit\u00e9, les biens feront retour aux disposants ou \u00e0 leurs h\u00e9ritiers ou ayants cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 9. Les infractions aux dispositions des articles 2, 3, 4, 5 et 6 de la pr\u00e9sente loi seront poursuivies contre les directeurs ou administrateurs des syndicats et punies d\u2019une amende de 16 \u00e0 200 francs. Les tribunaux pourront en outre, \u00e0 la diligence du procureur de la R\u00e9publique, prononcer la dissolution du syndicat et la nullit\u00e9 des acquisitions d\u2019immeubles faites en violation des dispositions de l\u2019article 6. Au cas de fausse d\u00e9claration relative aux statuts et aux noms et qualit\u00e9s des administrateurs ou directeurs, l\u2019amende pourra \u00eatre port\u00e9e \u00e0 500 francs.<\/p>\n\n\n\n<p>Art. 10. La pr\u00e9sente loi est applicable \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie. Elle est \u00e9galement applicable aux colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la R\u00e9union. Toutefois les travailleurs \u00e9trangers et engag\u00e9s sous le nom d\u2019immigrants ne pourront faire partie des syndicats.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sente loi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et adopt\u00e9e par le S\u00e9nat et la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, sera ex\u00e9cut\u00e9e comme loi de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Fait \u00e0 Paris, le 21 mars 1884.<\/p>\n\n\n\n<p>Sign\u00e9 : Jules GREVY.<\/p>\n\n\n\n<p>(..)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Loi \u00ab\u00a0Waldeck-Rousseau\u00a0\u00bb <\/strong>du 21 mars 1884, relative \u00e0 la cr\u00e9ation de syndicats professionnels, d\u00e9cide que les articles ci-dessous ne seront plus applicables aux syndicats professionnels<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\">Code p\u00e9nal napol\u00e9onien (1810)&nbsp;:<\/h6>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><em>SECTION VII. &#8211; DES ASSOCIATIONS OU R\u00c9UNIONS ILLICITES.<\/em><\/h6>\n\n\n\n<p><em>ART. 291: Nulle association de plus de vingt personnes, dont le but sera de se r\u00e9unir tous les jours ou \u00e0 certains jours marqu\u00e9s pour s&rsquo;occuper d&rsquo;objets religieux, litt\u00e9raires, politiques ou autres, ne pourra se former qu&rsquo;avec l&rsquo;agr\u00e9ment du gouvernement, et sous les conditions qu&rsquo;il plaira \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 publique d&rsquo;imposer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans le nombre de personnes indiqu\u00e9 par le pr\u00e9sent article, ne sont pas comprises celles domicili\u00e9es dans la maison o\u00f9 l&rsquo;association se r\u00e9unit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>ART. 292&nbsp;: Toute association de la nature ci-dessus exprim\u00e9e qui se sera form\u00e9e sans autorisation, ou qui, apr\u00e8s l&rsquo;avoir obtenue, aura enfreint les conditions \u00e0 elle impos\u00e9es, sera dissoute.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les chefs, directeurs, ou administrateurs de l&rsquo;association seront en outre punis d&rsquo;une amende de seize francs \u00e0 deux cents francs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>ART. 293&nbsp;: Si, par discours, exhortations, invocations ou pri\u00e8res, en quelque langue que ce soit, ou par lecture, affiche, publication ou distribution d&rsquo;\u00e9crits quelconques, il a \u00e9t\u00e9 fait, dans ces assembl\u00e9es, quelque provocation \u00e0 des crimes ou \u00e0 des d\u00e9lits, la peine sera de cent francs \u00e0 trois cents francs d\u00a0\u00bbamende, et de trois mois \u00e0 deux ans d&#8217;emprisonnement, contre les chefs, directeurs et administrateurs de ces associations&nbsp;; sans pr\u00e9judice des peines plus fortes qui seraient port\u00e9es par la loi contre les individus personnellement coupables de la provocation, lesquels, en aucun cas, ne pourront \u00eatre punis d&rsquo;une peine moindre que celle inflig\u00e9e aux chefs, directeurs et administrateurs de l&rsquo;association.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>ARTICLE 294&nbsp;: Tout individu qui, sans la permission de l&rsquo;autorit\u00e9 municipale, aura accord\u00e9 ou consenti l&rsquo;usage de sa maison ou de son appartement, en tout ou en partie, pour la r\u00e9union des membres d&rsquo;une association m\u00eame autoris\u00e9e, ou pour l&rsquo;exercice d&rsquo;un culte, sera puni d&rsquo;une amende de seize francs \u00e0 deux cents francs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>____________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Pour m\u00e9moire, le texte int\u00e9gral de la discussion du 14 juin 1791 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, concernant la loi <em>Chapelier-Le Chapelier&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-x-large-font-size\"><strong>Discussion et vote de la loi <em>Le Chapelier<\/em>, le 14 juin 1791<\/strong> <a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. CHAPELIER:<\/strong> Je viens, au nom de votre Comit\u00e9 de la constitution, vous d\u00e9f\u00e9rer une contravention aux principes constitutionnels qui suppriment les corporations, contravention de laquelle naissent de grands dangers pour l&rsquo;ordre public.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs personnes ont cherch\u00e9 \u00e0 recr\u00e9er les corporations an\u00e9anties en formant des assembl\u00e9es d&rsquo;arts et m\u00e9tiers, dans lesquelles il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 des pr\u00e9sidents, des secr\u00e9taires, des syndics et autres officiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le but de ces assembl\u00e9es qui se propagent dans le royaume, et qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli entre elles des correspondances, est de forcer les entrepreneurs de travaux, les ci-devant ma\u00eetres, \u00e0 augmenter le prix de la journ\u00e9e de travail; d&#8217;emp\u00eacher les ouvriers et les particuliers qui les occupent dans leurs ateliers de faire entre eux des conventions \u00e0 l&rsquo;amiable; de leur faire signer sur des registres l&rsquo;obligation de se soumettre aux taux de la journ\u00e9e de travail fix\u00e9 par ces assembl\u00e9es, et aux autres r\u00e8glements qu&rsquo;elles se permettent de faire.<\/p>\n\n\n\n<p>On emploie m\u00eame la violence pour faire ex\u00e9cuter ces r\u00e8glements; on force les ouvriers de quitter leurs boutiques, lors m\u00eame qu&rsquo;ils sont contents du salaire qu&rsquo;ils y per\u00e7oivent; on veut d\u00e9peupler les ateliers; et d\u00e9j\u00e0 plusieurs ateliers se sont soulev\u00e9s, et diff\u00e9rents d\u00e9sordres ont \u00e9t\u00e9 commis.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers ouvriers qui se sont assembl\u00e9s en ont obtenus la permission de la municipalit\u00e9 de Paris. A cet \u00e9gard, la municipalit\u00e9 parait avoir commis une faute. Il doit sans doute \u00eatre permis \u00e0 tous les citoyens de s&rsquo;assembler; mais il ne doit pas \u00eatre permis aux citoyens de certaines professions de s&rsquo;assembler pour leurs pr\u00e9tendus int\u00e9r\u00eats communs; il n&rsquo;y a plus de corporation dans l&rsquo;\u00c9tat; il n&rsquo;y a plus que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier de chaque individu, et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Il n\u2019est permis \u00e0 personne d&rsquo;inspirer aux citoyens un int\u00e9r\u00eat interm\u00e9diaire, de les s\u00e9parer de la chose publique par un esprit de corporation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les assembl\u00e9es dont il s&rsquo;agit ont pr\u00e9sent\u00e9, pour obtenir l&rsquo;autorisation de la municipalit\u00e9, des motifs sp\u00e9cieux; elles se sont dites destin\u00e9es \u00e0 procurer des secours aux ouvriers de la m\u00eame professions, malades ou sans travail; ces caisses de secours ont paru utiles; mais qu&rsquo;on ne se m\u00e9prenne pas sur cette assertion: c&rsquo;est \u00e0 la Nation, c&rsquo;est aux officiers publics, en son nom, \u00e0 fournir des travaux \u00e0 ceux qui en ont besoin pour leur existence, et des secours aux infirmes. Les distributions particuli\u00e8res de secours, lorsqu&rsquo;elles ne sont pas dangereuses par leur mauvaise administration, tendent au moins \u00e0 faire renaitre les corporations; elles exigent la r\u00e9union fr\u00e9quente des individus d&rsquo;une m\u00eame profession, la nomination de syndics et autres officiers, la formation de r\u00e8glements, l&rsquo;exclusion de ceux qui ne se soumettraient pas \u00e0 ces r\u00e8glements; c&rsquo;est ainsi que renaitraient les privil\u00e8ges, les maitrises, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Votre comit\u00e9 a cru qu&rsquo;il \u00e9tait instant de pr\u00e9venir les progr\u00e8s de ce d\u00e9sordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces malheureuses soci\u00e9t\u00e9s ont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;y \u00e9tait \u00e9tablie sous le nom de <strong><em>Soci\u00e9t\u00e9 des Devoirs<\/em><\/strong>. Ceux qui ne satisfaisaient pas aux devoirs, aux r\u00e8glements de cette Soci\u00e9t\u00e9, \u00e9taient vex\u00e9s de toutes mani\u00e8res. Nous avons les plus fortes raisons de croire que l&rsquo;institution de ces assembl\u00e9es a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9e dans l&rsquo;esprit des ouvriers, moins dans le but de faire augmenter, part leur coalition, le salaire de la journ\u00e9e de travail, que dans l&rsquo;intention secr\u00e8te de fomenter de troubles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc remonter au principe que c&rsquo;est aux conventions libres, d&rsquo;individus \u00e0 individus, \u00e0 fixer la journ\u00e9e pour chaque ouvrier ; c&rsquo;est ensuite \u00e0 l&rsquo;ouvrier \u00e0 maintenir la convention qu&rsquo;il a faite avec celui qui l&rsquo;occupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans examiner quel doit \u00eatre raisonnable le salaire de la journ\u00e9e de travail, et avouant seulement qu&rsquo;il devrait \u00eatre un peu plus consid\u00e9rable qu&rsquo;il en l&rsquo;est \u00e0 pr\u00e9sent (murmures) et ce que je dis l\u00e0 est extr\u00eamement vrai, car dans une nation libre les salaires doivent \u00eatre un peu plus consid\u00e9rables pour celui qui les re\u00e7oit hors de cette d\u00e9pendance absolue que produit la privation des besoins de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, et qui es tpresque celle de l&rsquo;esclavage; c&rsquo;est ainsi que les ouvriers anglais sont pay\u00e9s davantage que les fran\u00e7ais ; je disais donc que, sans fixer ici le taux pr\u00e9cis de la journ\u00e9e de travail, taux qui doit d\u00e9pendre des conventions librement faites entre les particuliers, le comit\u00e9 de constitution avait cru indispensable de vous soumettre le projet de d\u00e9cret suivant qui a pour objet de pr\u00e9venir tant les coalitions que formeraient les ouvriers pour faire augmenter le prix de la journ\u00e9e de travail, que celles que formeraient les entrepreneurs pour la faire diminuer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Art.1er:<\/em><\/strong><em> L&rsquo;an\u00e9antissement de toutes esp\u00e8ces de corporations de citoyens d&rsquo;un m\u00eame \u00e9tat et profession \u00e9tant l&rsquo;une des bases fondamentales de la constitution, il est d\u00e9fendu de les r\u00e9tablir de fait, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>II:<\/em><\/strong><em> Les citoyens d&rsquo;un m\u00eame \u00e9tat ou profession, entrepreneurs, ceux qui ont boutique ouverte, les ouvriers et compagnons d&rsquo;un art quelconque, ne pourront lorsqu\u2019ils se trouveront ensemble se nommer pr\u00e9sident ni secr\u00e9taire ou syndic, tenir des registres, prendre des arr\u00eat\u00e9s ou d\u00e9lib\u00e9rations, former des r\u00e8glements sur leurs pr\u00e9tendus int\u00e9r\u00eats communs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>III:<\/em><\/strong><em> Il est interdit \u00e0 tous corps administratifs ou municipaux de recevoir aucune adresse ou p\u00e9tition sous la d\u00e9nomination d&rsquo;un \u00e9tat ou d&rsquo;une profession, d&rsquo;y faire aucune r\u00e9ponse; Il leur est enjoint de d\u00e9clarer nulles les d\u00e9lib\u00e9rations qui pourraient \u00eatre prises de cette mani\u00e8re et de veiller soigneusement \u00e0 ce qu&rsquo;il leur soit donn\u00e9 aucune suite ni ex\u00e9cution.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>IV:<\/em><\/strong><em> Si contre les principes de la libert\u00e9 et de la constitution, des citoyens attach\u00e9s aux m\u00eames professions, arts et m\u00e9tiers, prenaient des d\u00e9lib\u00e9rations faisaient entre eux des d\u00e9lib\u00e9rations tendant \u00e0 refuser de concert ou n&rsquo;accorder qu&rsquo;\u00e0 un prix d\u00e9termin\u00e9 le secours de leur industrie ou de leurs travaux, les dites d\u00e9lib\u00e9rations, accompagn\u00e9es ou non de serment, on d\u00e9clar\u00e9es inconstitutionnelles et attentatoires \u00e0 la libert\u00e9&nbsp; et \u00e0 la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme, et de nul effet; les corps administratifs et municipaux sont tenus de les d\u00e9clarer telles; les auteurs, chefs et instigateurs qui les auront provoqu\u00e9es, r\u00e9dig\u00e9es ou pr\u00e9sid\u00e9es, seront cit\u00e9s devant le tribunal de police, \u00e0 la requ\u00eate du procureur de la commune, et condamn\u00e9s \u00e0 500 livres d&rsquo;amende, et suspendus pendant un an de l&rsquo;exercice de tous leurs droits de citoyens actifs, et de l&rsquo;entr\u00e9e dans les assembl\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>V:<\/em><\/strong><em> Il est d\u00e9fendu \u00e0 tous corps administratifs et municipaux, \u00e0 peine par leurs membres d&rsquo;en r\u00e9pondre en leur propre nom, d&#8217;employer, admettre ou souffrir qu&rsquo;on admette aux ouvrages de leurs professions, dans aucun travaux publics, ceux des entrepreneurs, ouvriers et compagnons, qui provoqueraient ou signeraient lesdites d\u00e9lib\u00e9rations ou conventions, si ce n&rsquo;est dans le cas o\u00f9, de leur propre mouvement, ils se seraient pr\u00e9sent\u00e9s au greffe du tribunal de police&nbsp; pour les r\u00e9tracter ou les d\u00e9savouer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>VI:<\/em><\/strong><em> Si lesdites d\u00e9lib\u00e9rations ou conventions, affich\u00e9es ou distribu\u00e9es par lettres circulaires, contenaient quelque menace contre les entrepreneurs, artisans, ouvriers ou journalier \u00e9tranger qui viendraient travailler dans le lieu, ou contre ceux qui se contentent d&rsquo;un salaire inf\u00e9rieur, tous auteurs, instigateurs et signataires des actes ou \u00e9crits seront punis d&rsquo;une amende de 1000 livres chacun, et de trois mois de prison.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>VII:<\/em><\/strong><em> Si la libert\u00e9 individuelle des entrepreneurs et ouvriers est attaqu\u00e9e par des menaces ou des violences de la part de ces coalitions, les auteurs des violences seront poursuivis comme perturbateurs du repos public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>VIII:<\/em><\/strong><em> Les attroupements d&rsquo;ouvriers qui auraient pour but de g\u00eaner le travail et la libert\u00e9 que la constitution accorde au travail de l&rsquo;industrie, et de s&rsquo;opposer \u00e0 des r\u00e8glements de police ou \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de jugements en cette mani\u00e8re, seront regard\u00e9s comme attroupements s\u00e9ditieux, et punis en cons\u00e9quence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. L&rsquo;ABB\u00c9:<\/strong> Je demande que l&rsquo;article qui d\u00e9fend aux soci\u00e9t\u00e9s des personnes de la m\u00eame profession de se donner des pr\u00e9sidents soit \u00e9tendu \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s quelconques (on murmure), et j&rsquo;insiste sur mon amendement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plusieurs membres de la gauche: <\/strong>Et nous insistons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. CHABROUD:<\/strong> Je demande que l&rsquo;opinant soit rappel\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre, ou du moins que l&rsquo;assembl\u00e9e passe sur le champ \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;assembl\u00e9e passe \u00e0 l&rsquo;ordre du jour<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. BIAUZAT:<\/strong> J&rsquo;ai la m\u00eame opinion que le comit\u00e9 sur le fond du projet de d\u00e9cret; mais je crois convenable que l&rsquo;Assembl\u00e9e se donne le temps de la r\u00e9flexion. Je ne veux pas proposer un ajournement qui pourrait avoir des inconv\u00e9nients, mais un renvoi \u00e0 la s\u00e9ance de demain matin. A la simple lecture qui vient d&rsquo;\u00eatre faite, je crois entrevoir quelques discordes entre l&rsquo;article qui interdit des assembl\u00e9es de personnes qui se trouveraient avoir la m\u00eame profession, et les d\u00e9crets constitutionnels sur la libert\u00e9 de tenir des assembl\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;assembl\u00e9e d\u00e9cide que le projet sera mis en d\u00e9lib\u00e9ration article par article.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. BIAUZAT:<\/strong> Je voudrais que la corporation des ci-devant procureurs du Chatelet f\u00fbt nominativement comprise dans le d\u00e9cret; cette corporation tient fr\u00e9quemment des assembl\u00e9es; elle a arr\u00eat\u00e9 que ses membre demanderont respectivement des remises, les pr\u00e9sents pour les absents, et non pour les autres avou\u00e9s qui n&rsquo;ont pas fait partie de leur corporation; elle a arr\u00eat\u00e9 de ne pas admettre les autres avou\u00e9s, qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 procureurs, \u00e0 faire des ench\u00e8res dans le cas de vente par licitation et sur saisie r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. CHAPELIER<\/strong>: Le d\u00e9cret comprenant les corporations de toute profession, il s&rsquo;\u00e9tend aux ci-devant procureurs comme aux autres corporations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. BIAUZAT:<\/strong> Je demande que mon observation et la r\u00e9ponse de M. le rapporteur soient consign\u00e9es dans le proc\u00e8s-verbal.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. MARTINEAU:<\/strong> Quelles sont les preuves de cette assertion ? Pouvez-vous faire une loi sur un fait qui n&rsquo;est pas prouv\u00e9, sur un fait qui ne peut l&rsquo;\u00eatre ? Car comment saurez-vous que deux procureurs ont fait entre eux la convention secr\u00e8te de ne point demander la remise pour les avou\u00e9s \u00e9trangers \u00e0 la leur corporation ? Pourrez-vous les forcer \u00e0 rendre service \u00e0 de gens qu&rsquo;ils ne connaissent pas?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. BIAUZAT:<\/strong> J&rsquo;ai chez moi, nous avons journellement sous les yeux des affiches imprim\u00e9es dans lesquelles il est dit que les ench\u00e8res seront re\u00e7ues que par des avou\u00e9s ci-devant procureurs au Ch\u00e2telet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. LAVIE:<\/strong> Au lieu de parlements, nous avons des juges de districts. Cependant les ci-devant procureurs continuent \u00e0 exiger le m\u00eame salaire, les m\u00eames droits qu&rsquo;auparavant. Je demande que l&rsquo;on arr\u00eate cette d\u00e9pr\u00e9ciation des anciens corbeaux de la justice&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. CHABROUD:<\/strong> Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;une contravention \u00e0 la loi; il est \u00e9tonnant que les corps administratifs et les tribunaux ne l&rsquo;aient pas encore r\u00e9prim\u00e9e. L&rsquo;exclusion de nouveaux avou\u00e9s du droit de faire des ench\u00e8res est un d\u00e9lit du ressort des tribunaux, qui doit \u00eatre pris en consid\u00e9ration par des officiers charg\u00e9s du minist\u00e8re public. Je demande donc que l&rsquo;on passe \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;Assembl\u00e9e passe \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rents articles propos\u00e9s par M. Chapelier sont successivement mis aux voix et d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. JALET,<\/strong> <strong><em>cur\u00e9 de Noyon<\/em><\/strong>: On a vu l&rsquo;an dernier, dans les campagnes, une foule d&rsquo;attroupements s\u00e9ditieux ayant pour objet, apr\u00e8s la moisson, de faire augmenter le prix de la coupe des bl\u00e9s.&nbsp; On a vu ces journaliers pousser l&rsquo;atrocit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 descendre un vieillard, un p\u00e8re de famille, dans un puits, le mena\u00e7ant de l&rsquo;y noyer s&rsquo;il ne souscrivait un salaire double ou triple de celui dont on \u00e9tait convenu avant la mission. Je demande que chaque commune s&rsquo;assemble le 1er juillet pour taxer (on murmure) les moissons, et que les moissonneurs soient mand\u00e9s&nbsp; \u00e0 cette assembl\u00e9e pour convenir du prix avec les propri\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. DESMENIERS: <\/strong>la r\u00e9daction de&nbsp; la loi que le pr\u00e9opinant vous propose n&rsquo;est pas aussi facile qu&rsquo;il le pense. Le Comit\u00e9 de constitution vous pr\u00e9sentera, apr\u00e8s que vous ayez termin\u00e9 le code p\u00e9nal, un code municipal et un code de police correctionnelle. Le Comit\u00e9 de l&rsquo;agriculture et de commerce s&rsquo;est aussi occup\u00e9, de concert avec le Comit\u00e9 de constitution, des moyens de r\u00e9primer les d\u00e9sordres qui ont eu lieu l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re au temps des moissons; ces moyens font partie d&rsquo;un plan g\u00e9n\u00e9ral de police rurale qui va \u00eatre livr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;impression.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre, relativement aux moissons dans les d\u00e9partements du Nord, pourra-t-on prendre un d\u00e9cret provisoire ayant pour objet de pr\u00e9venir les d\u00e9sordres dont on vient de parler. Je demande que M. Le Pr\u00e9sident soit charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire sur-le-champ \u00e0 M. le Rapporteur charg\u00e9 de ce travail, pour savoir s&rsquo;il peut le d\u00e9tacher du travail g\u00e9n\u00e9ral sur la police rurale et correctionnelle, et que sur le surplus on passe \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le texte complet d\u2019Yvon Gattaz&nbsp;(2010) :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>De fa\u00e7on soci\u00e9tale, les syndicats ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires au XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, utiles puis abusifs au XX<sup>\u00e8me<\/sup>, inutiles et nuisibles au XXI<sup>\u00e8me<\/sup>. Ils doivent dispara\u00eetre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est vrai qu\u2019historiquement l\u2019homme a \u00e9t\u00e9 souvent oubli\u00e9 dans la recherche de l\u2019outil, de l\u2019industrialisation, de la performance, du progr\u00e8s technique et de la productivit\u00e9 \u00e0 tout prix. C\u2019est l\u2019origine m\u00eame des \u00ab&nbsp;syndicats d\u2019ouvriers&nbsp;\u00bb du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, o\u00f9 des hommes courageux ont pris la d\u00e9fense des exploit\u00e9s avec le succ\u00e8s que l\u2019on sait<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais depuis cette \u00e9poque, les relations entreprises-salari\u00e9s ont \u00e9volu\u00e9 de fa\u00e7on surprenante. Ceux qui ne le croient pas ne sont g\u00e9n\u00e9ralement jamais entr\u00e9s dans une usine moderne, o\u00f9 ils seraient surpris de constater la nature confiante des relations entre direction et salari\u00e9s, aujourd\u2019hui conscients de leurs droits, bien s\u00fbr, mais aussi de leurs responsabilit\u00e9s. C\u2019est pourquoi le dialogue \u00ab&nbsp;humain \u00e0 la base&nbsp;\u00bb s\u2019instaure souvent spontan\u00e9ment avec un succ\u00e8s honorable. Ce que les tenants irr\u00e9ductibles du conflit social n\u2019ont pas encore compris, c\u2019est la mont\u00e9e vertigineuse de la compr\u00e9hension \u00e9conomique des salari\u00e9s depuis quarante ans, et leur capacit\u00e9, de ce fait, \u00e0 n\u00e9gocier habilement avec leur direction de presque tous les probl\u00e8mes directs tels que salaire, temps de travail, conditions de travail, \u00e0 l\u2019exception bien s\u00fbr des grands accords exigeant la repr\u00e9sentation de masse telle l\u2019assurance retraite ou l\u2019assurance ch\u00f4mage, justifiant la survie des syndicats, aujourd\u2019hui obsol\u00e8tes et d\u00e9pass\u00e9s pour toutes les autres fonctions pour lesquelles les salari\u00e9s leur ont retir\u00e9 leur confiance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette recherche du mod\u00e8le social perdu se conclura in\u00e9vitablement par le renforcement local d\u2019un dialogue humain, direct et personnalis\u00e9, entre une direction n\u00e9cessairement compr\u00e9hensive et des salari\u00e9s de plus en plus avertis. Et ces fameux conflits sociaux qui alimentent les faits divers s\u2019att\u00e9nueront d\u2019eux-m\u00eames, puisque, toujours d\u2019apr\u00e8s G\u00e9linier, le secret de la paix sociale c\u2019est le traitement des griefs d\u00e8s leur origine pour \u00e9viter leur amplification, comme pour un incendie dont les caract\u00e9ristiques sont tr\u00e8s proches.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les pessimistes d\u00e9nonceront notre constat en d\u00e9montrant que les actionnaires ont repris vigueur depuis les rapports Cadbury, puis Vi\u00e9not et la nouvelle gouvernance qui prot\u00e8gent des actionnaires autrefois un peu oubli\u00e9s, et aujourd\u2019hui \u00e0 nouveau prot\u00e9g\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce d\u00e9bat actionnaires contre salari\u00e9s est en r\u00e9alit\u00e9 st\u00e9rile. Les actionnaires, m\u00eame s\u2019ils ne sont pas dirigeants eux-m\u00eames, donc simples \u00ab&nbsp;capitalistes&nbsp;\u00bb, doivent comprendre que l\u2019int\u00e9r\u00eat de leur entreprise est ind\u00e9fectiblement li\u00e9 au climat humain qui r\u00e8gne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Aucune entreprise terrass\u00e9e par les conflits sociaux n\u2019a \u00e9t\u00e9 performante. Et l\u2019on se pose parfois cette question na\u00efve : les entreprises ont-elles des syndicats nuisibles parce qu\u2019elles vont mal ? Ou vont-elles mal parce qu\u2019elles ont des syndicats nuisibles ? C\u2019est la premi\u00e8re r\u00e9ponse qui est la bonne car nous avons la preuve que les syndicats sont peu pr\u00e9sents dans les entreprises performantes o\u00f9 les salari\u00e9s font confiance \u00e0 leur direction et o\u00f9 s\u2019est instaur\u00e9 ce bon climat humain \u00ab&nbsp;direct et personnalis\u00e9&nbsp;\u00bb, secret incontournable du succ\u00e8s \u00e9conomique. <\/em>(\u2026) \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> En 1986, Yvon Gattaz d\u00e9clarait&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>La suppression de l&rsquo;autorisation de licenciement devrait permettre de cr\u00e9er 300 000 \u00e0 400 000 emplois\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Gaudin-Bordes Lucile,<em> \u00ab La tyrannie tautologique : l&rsquo;\u00e9vidence comme outil \u00e9nonciatif et strat\u00e9gie discursive. \u00bb, <\/em>Langue fran\u00e7aise 4\/2008 (n\u00b0 160), p. 55-71<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Karl Marx et Friedrich Engels, \u00ab\u00a0<em>Manifeste du parti communiste<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; 1848<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Compte rendu int\u00e9gral de la r\u00e9union de l\u2019Assembl\u00e9e nationale du 14 juin 1791 se trouve sans la \u00ab&nbsp;<em>Gazette nationale ou le Moniteur Universel&nbsp;\u00bb<\/em>, N\u00b0166, mercredi 15 juin 1791, in <em>R\u00e9impression de l\u2019Ancien Moniteur (mai 1789, novembre 1799) <\/em>(voir Gallica.fr)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Cot\u00e9 patronal, l\u2019Article 414 est sens\u00e9 \u00eatre le pendant de l\u2019article 415&nbsp;:<em> \u00abArticle 414&nbsp;: &nbsp;Toute coalition entre ceux qui font travailler des ouvriers, tendant \u00e0 forcer injustement et abusivement l&rsquo;abaissement des salaires, suivie d&rsquo;une tentative ou d&rsquo;un commencement d&rsquo;ex\u00e9cution, sera punie d&rsquo;un emprisonnement de six jours \u00e0 un mois, et d&rsquo;une amende de deux cents francs \u00e0 trois mille francs.&nbsp;\u00bb<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Action patronale, pouvoir, organisation. R\u00e8glements d\u2019usines et contr\u00f4le de la main d\u2019\u0153uvre au XIXe si\u00e8cle<\/em>, par Alberto Mellucci, in <em>Bulletin de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes jaur\u00e9ssiennes<\/em>, n\u00b063, octobre d\u00e9cembre 1976.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> S. Mony, \u00ab\u00a0<em>Manifeste aux ouvriers, 10 f\u00e9vrier 1857<\/em>\u00ab\u00a0, cit\u00e9 dans : <em>La Soci\u00e9t\u00e9 de Commentry-Fourchambault (1854-1954)<\/em>, Paris, 1954, p199)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ibid<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Action patronale, pouvoir, organisation<\/em>, etc. par Alberto Mellucci. Ouvrage cit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Ibid<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Le Patron, De l&rsquo;av\u00e8nement \u00e0 la conservation<\/em>, Tournai, 1969, p33, cit\u00e9 dans <em>Action patronale, pouvoir, organisation<\/em>, etc. par Alberto Mellucci. Ouvrage cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Arch. d\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 10M330.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Le Journal de Rouen<\/em>, d\u2019ao\u00fbt \u00e0 novembre 1825, en ligne sur le site des archives de Seine-Maritime.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Jean Bruhat cite le pr\u00e9fet de Seine-Inf\u00e9rieure, dans son livre <em>Histoire du Mouvement ouvrier fran\u00e7ais<\/em>, \u00c9ditions sociales, 1952, p 210&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Un exemple d\u2019une haute s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 me paraissait indispensable dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019industrie comme pour le maintien de la tranquillit\u00e9 publique<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Ibid, p 210, 211, 212.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Lire \u00e0 ce sujet <em>Le Mouvement ouvrier parisien (1830-1834)<\/em> par A. Faure, dans la revue<em> Le Mouvement social <\/em>n\u00b088 (juillet-septembre 1974), <a href=\"http:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb156075913\">http:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb156075913<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Le <em>Journal de Rouen, <\/em>num\u00e9ro du 28 ao\u00fbt 1830.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Arch. D\u00e9p. de Seine-Maritime, cote 3U4-1320<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Le Journal de Rouen<\/em> est consultable en ligne sur le site des archives d\u00e9partementales de Seine-Maritime.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> <strong>Corine <\/strong><strong>Maitte<\/strong><strong> and Didier <\/strong><strong>Terrier<\/strong>, <em>\u00ab&nbsp;Conflits et r\u00e9sistances autour du temps de travail avant l\u2019industrialisation <\/em>&nbsp;\u00bb, <em>Temporalit\u00e9s<\/em> [Online], 16&nbsp;|&nbsp;2012, Online since 13 December 2012, connection on 27 March 2016. URL&nbsp;: http:\/\/temporalites.revues.org\/2203<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> <strong>Corine <\/strong><strong>Maitte<\/strong><strong> and Didier <\/strong><strong>Terrier<\/strong>, ibid<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> La <em>Commission du gouvernement pour les travailleurs<\/em>, fut cr\u00e9e le 28 f\u00e9vrier 1848 par le gouvernement provisoire de la R\u00e9publique. Elle si\u00e9gea au Palais du Luxembourg et prit le nom de Commission du Luxembourg<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Archives d\u00e9partementales de Seine maritime, cote 2U 630.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00c9douard Dol\u00e9ans, et De Hov, Histoire du travail en France, Paris 1953-1955, time I, p 245, et Mich\u00e8le Perrot, les ouvriers en gr\u00e8ve, EHESS, Paris 1974. Cit\u00e9s dans <em>La France Ouvri\u00e8re<\/em>, tome 1, <em>des origines \u00e0 1920, <\/em>\u00c9ditions sociales, scand\u00e9ditions, 1993<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Commentaire de la loi du 25 mai 1864 sur les coalitions, par M. \u00c9mile Ollivier, \u00c9d. Marescq a\u00een\u00e9 (Paris), 1864.&nbsp; In-16, 128 p.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> <em>La France Ouvri\u00e8re<\/em>, tome 1, <em>des origines \u00e0 1920, <\/em>\u00c9ditions sociales, Scand\u00e9ditions, 1993.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> <em>La France Ouvri\u00e8re<\/em>, tome 1, <em>des origines \u00e0 1920, Renaissance et recomposition <\/em>(Rolande Tremp\u00e9) \u00c9ditions sociales, scand\u00e9ditions, 1993,<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Bernard Moss, Aux origines du mouvement ouvrier fran\u00e7ais, belles Lettres, Paris, 1985.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> <em>Les ouvriers en gr\u00e8ve (France 1871-1890)<\/em> par Mich\u00e8le Perrot, dans la revue<em> Le Mouvement social <\/em>n\u00b082 (janvier-mars 1973),<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Edward P. Thompson, <em>La formation de la classe ouvri\u00e8re anglaise<\/em>, Traduit de l\u2019anglais par G.&nbsp;Dauv\u00e9, M.&nbsp;Golaszewski et M.-N. Thibault, Paris, \u00c9ditions du Seuil, coll. \u00ab&nbsp;Points&nbsp;\u00bb, 2012, 1&nbsp;164&nbsp;p.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> <em>Gazette nationale ou le Moniteur Universel<\/em>, N\u00b0166, mercredi 15 juin 1791, in R\u00e9impression de l\u2019Ancien Moniteur (mai 1789, novembre 1799)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une d\u00e9claration de Philippe Martinez \u2014 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT du 3 f\u00e9vrier 2015 au 31 mars 2023 \u2014 du 18 f\u00e9vrier 2016, \u00e0 propos du projet de \u00ab&nbsp;Loi travail&nbsp;\u00bb, appel\u00e9 projet El Khomri, contenait cette phrase:&nbsp;\u00ab&nbsp;(\u2026) le&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/2025\/03\/02\/1791-1884-quasiment-un-siecle-dexploitation-sans-syndicats-en-france\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,8,13],"tags":[194],"class_list":["post-1629","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-histoire-sociale","category-syndicalisme","tag-greves"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1629","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1629"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1629\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1631,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1629\/revisions\/1631"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1629"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1629"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gillespichavant.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1629"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}